2026-10-29 02:15:53 - Comment cinq Boeing 777 immatriculés à Madagascar ont-ils pu intégrer la flotte de la compagnie iranienne Mahan Air en juillet 2025, sous la présidence d'Andry Rajoelina, malgré les sanctions internationales visant Téhéran ? Le Pôle anti-corruption (PAC) d'Antananarivo tente de démêler les responsabilités. Trente-trois prévenus étaient convoqués mardi 27 octobre, dont l'ancien président du Sénat, l'ancien ministre des Transports et plusieurs entrepreneurs indiens. Mamy Ravatomanga, détenu à Maurice et parrain du régime déchu, n'a pas pu comparaître.
Le PAC a été placé sous haute sécurité. L'ancien ministre des Transports, Valéry Ramonjavelo, était présent, tout comme l'homme d'affaires indien Khushwinder Singh. Selon l'Aviation civile de Madagascar (ACM), la société de ce dernier, UDAAN Aviation, avait requis en novembre 2024 une immatriculation provisoire des appareils sur le registre malgache, en vue de leur exploitation commerciale locale.
Après la révélation du scandale en juillet 2025, le gouvernement avait accusé cette société d'avoir falsifié les immatriculations provisoires accordées par l'ACM, en vue d'un transfert clandestin des avions vers l'Iran en dépit des sanctions américaines visant Téhéran.
Cette version est peu convaincante pour Maromanana Aliarivelo, avocat de l'ACM, organisme public qui a depuis changé de dirigeants et s'est constitué partie civile : « C'est impossible que celui qui avait les rênes de la direction de l'ACM ne soit pas au courant. Qui est responsable, dans la hiérarchisation des prises de décision, pour aboutir à ce certificat pour Udaan Aviation ? Cette décision-là a été prise de haut, de très haut. » La partie civile a demandé que le jugement soit confié à une cour criminelle.
La crainte d'une sanction de l'aviation civile internationale
L'ancien directeur général de l'ACM, Gervais Damasy, fait partie des prévenus. Le dirigeant actuel de l'ACM, Alban Rakotoarisoa, redoute pour sa part une sanction de l'Organisation de l'aviation civile internationale : « Si jamais les procédures judiciaires ne suivent pas leur cours normal et que la sanction "problème grave de sécurité" tombe, je serai personnellement tenu pour responsable et plus encore, tout le pays en paiera les frais. Nous demandons que cette affaire soit traduite devant la Cour criminelle et non devant une simple cour correctionnelle. »
Les avocats de la défense ont demandé, en vain, la liberté provisoire pour leurs clients, en mettant en avant le manque de preuves matérielles et l'expiration des délais légaux de la détention préventive. Ils n'ont pas souhaité rencontrer la presse à l'issue de l'audience. Une nouvelle audience est prévue au Pôle anti-corruption le 5 novembre.
Guilhem Fabry-correspondant à Antananarivo, RFI
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