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Non, la France ne « donne » pas 35 millions d’euros à la Côte d’Ivoire pour le métro d’Abidjan

2026-09-25 04:55:14 - Fake off - Des publications virales accusent la France de « donner » 35 millions d’euros à la Côte d’Ivoire pour le métro d’Abidjan

En scrollant sur X, vous êtes peut-être tombé sur ces publications indignées. Le compte@lemedia100filtr, dans un post publié le 11 août 2026 et vu plus de 540.000 fois, lance l’alerte : « Métro d’Abidjan : la Côte d’Ivoire décroche 23 milliards de FCFA de financement auprès de la France. » L’information est rapidement reprise. Le militant d’extrême droite Damien Rieu la repartage avec une légende : « La Corrèze plutôt que le Zambèze. » Myriam Palomba s’indigne également : « Pas d’argent en France, pour les écoles, les retraites, les hôpitaux […]. Mais 35 millions pour le métro d’Abidjan ! » De nombreux internautes dénoncent alors un « cadeau » du gouvernement français. Même la candidate de téléréalité@kim.glow.off s’est indignée dans une vidéo publiée sur Instagram. Sauf que la réalité économique de ce projet est toute autre.
 
L’idée d’un métro destiné à désengorger Abidjan date des années 1970, explique Prao Yao Séraphin, professeur titulaire en sciences économiques à l’Université Alassane Ouattara de Bouaké (Côte d’Ivoire). Le projet est ensuite relancé en 2011 par le président de l’époque. En 2013, des entreprises sud-coréennes sont d’abord pressenties pour réaliser le chantier. Mais c’est finalement la France qui accepte de financer le projet, à une condition : l’argent prêté doit bénéficier à des entreprises françaises. « Pour les autorités ivoiriennes, les groupes sud-coréens n’avaient pas réussi à trouver les financements suffisants pour le projet, alors que la France a accepté de financer le chantier dans le cadre d’une enveloppe plus large de 2 milliards d’euros comprenant plusieurs autres projets, à condition que des entreprises françaises soient chargées des travaux », explique le professeur.
 
Les Sud-Coréens ont donc été écartés au profit d’un consortium français. Aujourd’hui, Bouygues pilote les infrastructures, Alstom fournit les rames, Colas Rail pose les voies et Keolis doit assurer l’exploitation. S’y ajoutent notamment Systra, Schneider Electric et Thales, précise le professeur d’économie. Le coût global du projet a depuis été fortement revu à la hausse, passant de 1,32 milliard d’euros à environ 1,77 milliard d’euros, selon Le360 Afrique. Contacté, le Trésor français n’a pas encore répondu à nos sollicitations.
 
FAKE OFF
 
À quoi correspondent ces 35 millions d’euros ?
 
Le chiffre qui agite les réseaux sociaux fait suite à un nouvel accord signé le 6 août 2026. Ces 35 millions d’euros correspondent à deux conventions : l’une destinée au déplacement d’un collecteur d’eaux usées situé sur le tracé du métro, l’autre consacrée à la construction d’infrastructures sportives de proximité dans le cadre du programme Agora, dans plusieurs localités ivoiriennes, notamment Guiglo et Dabou. Donc pas seulement pour le métro.
 
Surtout, il ne s’agit pas d’un don. Comme l’explique le professeur d’économie ivoirien : « Contrairement à ce que pensent certains Français, ces 35 millions d’euros ne sont pas un cadeau à fonds perdu. C’est un crédit garanti par la France, assorti d’une condition stricte : chaque euro prêté doit obligatoirement revenir aux industriels français retenus sur le chantier. L’objectif affiché est clair : alimenter les carnets de commandes des usines françaises en métropole et soutenir l’emploi industriel. » Ce montage financier est porté conjointement par le Trésor ivoirien, le Trésor français et un pool bancaire français, composé notamment de Société Générale et de BNP Paribas.
 
L’universitaire ivoirien rappelle la logique derrière ces accords : « Depuis les indépendances jusqu’à ce jour, tous les prêts français sont toujours “liés”. Grâce à ces prêts, la France ne gagne pas seulement de l’argent grâce aux intérêts de ces dettes, mais également des contrats pour les entreprises françaises. » Pour pérenniser ce système, la France s’appuie notamment sur des mécanismes comme le C2D, le Contrat de désendettement et de développement. « Ce dispositif a été créé en 2001 à la suite de la décision des pays donateurs d’annuler les dettes des États ayant rempli les conditions de l’initiative pour les Pays pauvres très endettés (PPTE) du FMI et de la Banque mondiale. »
 
Affirmer que la France « donne » 35 millions d’euros à la Côte d’Ivoire au détriment des contribuables français est donc faux. Comme le conclut avec ironie le professeur ivoirien, les Français qui s’indignent de cet accord sont « semblables à un propriétaire d’une banque qui refuse que ses employés financent des projets rentables ».
 
Par ailleurs, la vidéo qui accompagne le post partagé, où l’on voit le président ivoirien Alassane Ouattara et Emmanuel Macron se faire un signe de la main à l’Élysée, est trompeuse : elle date en réalité du 21 novembre 2023 (voir AFP), et non d’août ou de septembre 2026.

Article de Virginie Schadler - 20 Minutes

: Afrique Monde