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RDC: Le transfert d'une influenceuse en RDC, signe d'une offensive judiciaire et numérique de Kinshasa

2026-09-02 23:57:47 - Arrêtée le 30 août en Tanzanie sur la base d'un mandat congolais, l'influenceuse Denise Mukendi a été transférée dans la nuit à Kinshasa, selon nos informations. Ancienne partisane de Félix Tshisekedi devenue critique virulente du pouvoir et un soutien déclaré de l'AFC/M23, elle est visée par plusieurs dossiers dont les autorités n'ont pas encore précisé le contenu. Le porte-parole du gouvernement a présenté cette arrestation comme la première d'une série à venir.

Denise Mukendi a été transférée dans la nuit à Kinshasa après son arrestation, le 30 août 2026, par les autorités tanzaniennes, selon les informations de RFI. Le ministère congolais de la Justice avait annoncé son interpellation dans un communiqué diffusé dans la nuit du 31 août au 1er septembre, précisant qu'elle avait été effectuée en exécution d'un mandat d'arrêt délivré par les autorités judiciaires de la RDC.

Kinshasa indique que cette procédure s'inscrit dans plusieurs dossiers pénaux en cours d'instruction. Le ministère ne révèle toutefois ni les faits précis visés par le mandat ni les chefs d'accusation qui pourraient être retenus contre l'influenceuse. « L'arrestation de Mme Denise Dusauchoy (Mukendi) constitue un acte de procédure judiciaire et ne préjuge en rien de sa culpabilité », insiste le communiqué. Le ministère rappelle qu'elle demeure présumée innocente jusqu'à une éventuelle décision judiciaire définitive.

Son arrivée à Kinshasa ouvre désormais une nouvelle étape. Les autorités n'ont pas encore indiqué devant quel parquet elle sera présentée, ni selon quel calendrier la procédure se poursuivra.

« La première d'une longue liste »

Le ton officiel, prudent, contraste avec celui adopté par le porte-parole du gouvernement sur les réseaux sociaux. Dans un message publié sur X quelques heures après l'annonce du transfert, Patrick Muyaya, ministre de la Communication, a présenté l'arrestation de Denise Mukendi comme « la première d'une longue liste », avertissant que « où que vous vous trouviez dans le monde, la justice vous atteindra ». Il invoque également « l'obligation de protéger nos enfants ».

Le ministre présente ce transfert comme la mise en application d'une mise en garde qu'il avait publiquement adressée,  le 13 août, à celles et ceux qui, à travers les réseaux sociaux, excellent dans les insultes, la calomnie et des attaques personnelles . Le droit sera dit, conclut-il.

Cette prise de parole confirme par ailleurs, cette fois publiquement et nommément, ce qu'une source gouvernementale avait précédemment indiqué : que d'autres personnalités proches de la mouvance M23 seraient visées par des mandats encore non rendus publics.

Une ancienne partisane du pouvoir passée à l'AFC/M23 

Ancienne candidate à la députation nationale et figure très active sur les réseaux sociaux, Denise Mukendi s'était longtemps présentée comme une défenseuse de Félix Tshisekedi. Elle avait également annoncé, en juin 2024 à Kinshasa, le lancement de son propre parti politique. Son nom avait ensuite été placé au centre de l'affaire Jacky Ndala, ancien responsable de la jeunesse du parti Ensemble pour la République et actuel président du Mouvement de réveil et de prise de conscience.

L'opposant affirme avoir été battu et violé par sodomie pendant sa détention dans les locaux de l'Agence nationale de renseignements. Dans une vidéo diffusée en 2024, Denise Mukendi avait revendiqué un rôle dans son arrestation et dans l'agression qu'il dit avoir subie. Lors de la procédure judiciaire, elle avait ensuite déclaré avoir menti afin de provoquer une confrontation avec lui sur les réseaux sociaux.

Condamnée à trois ans de prison en 2024 

Arrêtée en septembre 2024 à Brazzaville alors qu'elle cherchait à prendre un vol pour la France, elle avait été remise aux autorités congolaises puis détenue à la prison de Makala. Le tribunal de paix de Kinshasa-Ngaliema l'avait condamnée, le 16 décembre 2024, à trois ans de prison pour faux bruits, faux en écriture et injures publiques à l'égard de Jacky Ndala et des services de renseignements. Elle avait bénéficié d'une libération conditionnelle en mars 2025 sur décision de l'ancien ministre de la Justice, Constant Mutamba.

Après son départ de la RDC, Denise Mukendi avait rompu avec le pouvoir. Elle s'était montrée notamment à Goma, ville contrôlée par l'Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23), ainsi qu'à Kigali. Dans plusieurs vidéos, elle avait publiquement soutenu l'AFC/M23, affirmé que ce mouvement prendrait d'autres villes et déclaré vouloir dégrader l'image de Félix Tshisekedi à l'étranger. 

Elle avait également diffusé les numéros de téléphone de plusieurs responsables congolais et de personnes présentées comme proches du président. D'autres vidéos contenaient des insultes et des attaques visant le chef de l'État congolais, son épouse et plusieurs membres de leur entourage.

Selon le ministère de la Justice, en octobre et novembre 2025, le procureur général près la Cour de cassation avait adressé trois commissions rogatoires internationales aux autorités judiciaires belges. Ces demandes concernaient des dossiers ouverts au parquet de grande instance de Kinshasa-Gombe et impliquant Denise Mukendi ainsi que d'autres personnes. Des mandats d'arrêt internationaux avaient également été émis. 

L'influenceuse fait l'objet d'une procédure distincte en Belgique. Le 30 juin, la Cour d'appel de Liège l'a condamnée par défaut à trois ans de prison ferme pour non-présentation d'enfant. Les faits avaient été dénoncés en 2017 par le père de sa fille, à qui l'hébergement principal de l'enfant avait été accordé. Denise Mukendi était partie vivre en RDC avec celle-ci. 

« Frapper au cœur » du système

Le transfert de Tanzanie vers la RDC de Denise Mukendi intervient dans un contexte de durcissement plus général du discours gouvernemental sur les réseaux sociaux. Trois jours avant son arrestation, Patrick Muyaya avait présenté au Conseil des ministres  une note consacrée à la protection de l'espace informationnel congolais et à la régulation des contenus abusifs sur les plateformes numériques. Selon lui, la réponse de l'État doit évoluer vers une stratégie globale capable de « frapper au cœur du modèle économique de la nuisance ».Le ministre vise notamment les réseaux coordonnés les  campagnes commanditées et les mécanismes d'amplification algorithmique. 

Patrick Muyaya a recommandé la création d'une task force interministérielle, élargie aux services spécialisés et pilotée par son ministère. Celle-ci serait chargée d'installer un dispositif permanent de veille et de définir un cadre de coopération, de transparence et de représentation légale des grandes plateformes en RDC. Le ministre propose également une campagne nationale permanente de sensibilisation, un mécanisme citoyen d'alerte strictement encadré et l'intégration progressive de l'éducation aux médias dans les programmes scolaires. Un rapport technique et juridique doit, en outre, déterminer les adaptations législatives et réglementaires nécessaires. Le Code du numérique de 2023 est présenté comme le socle des obligations imposées aux plateformes.

La présentation de Patrick Muyaya avait été complétée par Guillaume Ngefa. Le ministre de la Justice avait informé le gouvernement d'initiatives en cours pour engager des poursuites contre des Congolais accusés d'avoir participé, au cours des derniers jours, à des campagnes massives d'insultes. Il avait également évoqué des démarches internationales afin que les réseaux sociaux ne servent plus de vecteurs à la propagation de discours de haine et à la diffusion d'insultes. 

Dans ce positionnement, la RDC mobilise plusieurs institutions : le ministère de la Communication revendique un rôle d'initiative et de coordination. Le ministère de la Justice supervise les poursuites. Le Conseil supérieur de l'audiovisuel et de la communication conserve ses compétences de régulation. Quant aux services spécialisés et aux plateformes, ils doivent être associés au dispositif. 

Article de Patient Ligodi,RFI / Photo:Pascal Mulegwa / RFI

 
 

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