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À la frontière de Ceuta, des familles marocaines à la recherche de leurs enfants disparus

2026-08-21 01:54:59 - Des familles marocaines sont à la recherche de leurs proches, partis fin juillet pour l’enclave espagnole de Ceuta, lors d'une importante vague migratoire. Nombre d’entre elles campent devant le poste-frontière de Tarajal, côté marocain, dans l’espoir d’obtenir des informations. L'Espagne a donc ouvert un bureau spécial pour les personnes disparues. 

Plus de deux semaines après la vague migratoire à Ceuta, en Espagne, depuis le Maroc, des familles marocaines attendaient toujours, mardi 18 août, des nouvelles de leurs proches. Pères, mères et frères se déplacent dans les hôpitaux, les commissariats et à la frontière à la recherche d’informations.
 
Au total, plus de 70 000 personnes ont traversé la frontière entre le Maroc et l’enclave espagnole les 30 et 31 juillet. La quasi-totalité est repartie, mais entre 2 000 et 5 000 migrants se trouvent toujours à Ceuta.
 
Le bilan humain de cette crise s’élève à 91 morts, dont 80 en Espagne et 11 côté marocain.
 
Les autorités espagnoles ont repêché des dizaines de corps en mer, mais elles rencontrent des difficultés pour identifier les victimes, laissant plusieurs familles dans la crainte du pire.
 
"Notre responsabilité se limite à l’inhumation"
 
Bien que tous les corps n'aient pas été identifiés, une autorisation judiciaire a été délivrée pour commencer les inhumations dès jeudi, a confié Saïd Mohammed Mohammed, responsable du cimetière musulman de Sidi Mbarek, à Ceuta. "Les plus de 80 dépouilles" ne sont pas toutes enterrées dans la journée, faute de moyens, a-t-il précisé.
 
Malgré les nombreux avis de recherche, appels et photos, le responsable du cimetière explique ne plus pouvoir attendre que les familles arrivent. "Il y a des corps dont on ne connaît pas l’identité, et on ignore qui ils sont mais notre responsabilité se limite à l’inhumation, souligne Saïd Mohammed Mohammed. Nous ne sommes pas chargés de rechercher les disparus". 
 
"Même si une personne est enterrée sans que son identité soit connue, elle dispose d’un numéro et d’un dossier auprès du tribunal avec toutes les informations la concernant. Au cimetière, nous conservons ce numéro. Ainsi, si une famille vient plus tard chercher un proche, nous pouvons consulter ce numéro, confirmer l’identité et transférer les restes", poursuit-il. 
 
"Jusqu’à présent, nous n’avons reçu aucune nouvelle" 
 
À Fnideq, ville marocaine proche de la frontière avec Ceuta, Rahali a passé près d’une semaine à recueillir des informations sur le sort de son fils, Zakaria. 
 
"Zakaria est parti de Tanger avec son ami le jour de la Fête du trône, le 30 juillet. Ils travaillaient, et ce jour-là, les gens ont commencé à parler d’une frontière ouverte à Ceuta [...]. Les rues étaient bondées. Son ami lui a dit : ‘Allons-y’, et ils ont pris le taxi jusqu’à Tétouan [à 36 km au sud de la frontière, NDLR]. De là, ils ont continué à pied jusqu’à la zone frontalière." 
 
"En arrivant, ils ont trouvé le passage, qu’on disait ouvert, fermé. C’était vers 1 h du matin. Ils ont vu un jeune près d’un mur. Il leur a dit que des gens tentaient de traverser. Alors ils ont enveloppé leurs téléphones pour les protéger de l’eau, puis sont entrés dans la mer", poursuit-il. 
 
Rahali marque une pause, retenant ses larmes, avant de poursuivre : "Son ami savait nager, mais mon fils, non. Une fois dans l’eau, ils ont été séparés par la foule. Son ami est ressorti de la mer, mais il n’a pas retrouvé mon fils. Il l’a cherché parmi les migrants, mais en vain." 
 
Depuis, Rahali n’a plus eu de nouvelles de son fils : "Son téléphone a sonné jeudi et vendredi. Mais samedi, vers 10 h, la communication a été coupée. Jusqu’à aujourd’hui, nous n’avons aucune information."
 
L’homme, terrassé par la douleur, explique qu’il s’est rendu à Tanger et Tétouan, à la recherche du moindre indice dans les hôpitaux. 
 
"La police m’a orienté vers l’endroit où sont transférés les corps. J’ai demandé après mon fils, je leur ai donné son âge et ses papiers. Ils m’ont dit qu’ils enregistraient les empreintes et faisaient des analyses pour identifier les personnes, connaître leur identité, leur lieu de résidence et leur âge." 
 
Mais en vain. "Jusqu’à présent, nous n’avons reçu aucune nouvelle. Même les gens que nous connaissons et que nous avons sollicités pour le chercher à Ceuta ne nous ont rien appris." 
 
Les réseaux sociaux comme outil de recherche 
 
De l’autre côté de la frontière, les familles se rendent dans les camps de migrants. Certaines retrouvent un parent, d’autres repartent bredouille. 
 
Depuis le 31 juillet, les réseaux sociaux se sont transformés en outils de recherche. Des photos d’enfants et de jeunes circulent sur Facebook, Instagram, TikTok et d’autres plateformes, accompagnées de messages de détresse. 
 
Mehdi, 32 ans, a disparu. Sa famille a trouvé une vidéo de lui sur les réseaux sociaux où on le voit sortir de la mer. Sa sœur, Zineb, raconte : "J’ai vérifié sa présence dans la vidéo, et j’ai aussi trouvé une autre photo publiée par des jeunes sur Instagram, où il apparaît au milieu d’un groupe de migrants. Mais depuis, 18 jours se sont écoulés sans aucune nouvelle." 
 
Pour leur mère, c’est "une situation sanitaire et psychologique très difficile", déplore-t-elle. 
 
Un bureau dédié aux disparus 
 
Les autorités espagnoles à Ceuta ont donc créé un bureau spécial pour les disparus. Ce dernier reçoit les signalements des familles, il collecte des photos et des informations personnelles comme les signes distinctifs : tatouages, vêtements, objets...
 
Des échantillons biologiques sont également prélevés sur les membres des familles afin de les comparer à l’ADN des corps non identifiés. Selon les autorités espagnoles, depuis l’ouverture de ce bureau, 32 cas de disparition ont été consignés, dont 29 correspondent à des ADN enregistrés dans leur base.  
 
La première identification d’un corps par cette méthode a été confirmée le 5 août. Au total, neuf personnes ont été identifiées.
 
Parallèlement, des experts en criminalistique de la Garde civile espagnole comparent les empreintes et les données biologiques. Ils parviennent parfois à envoyer des informations sur les victimes aux autorités marocaines pour faciliter leur identification. 
 
De l’autre côté de la frontière, pour ces dizaines de familles marocaines, le temps s’est arrêté quand leurs enfants sont partis en mer.
 
Cet article a été adapté de l'arabe par Eléonore Pointeau avec l'aide d'une IA générative. L'original est à retrouver ici.
 
Article de Hamza HABHOUB - France 24/Photo:AFP
 
 

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