2026-07-21 15:38:46 - En juin dernier, Joseph Kevin Keegan avait annoncé souffrir d’un cancer diagnostiqué en janvier. Il en est mort ce lundi, à 75 ans, laissant derrière lui le souvenir d’une des personnalités les plus attachantes du football anglais de ces 50 dernières années, comme joueur, entraîneur et sélectionneur.
Dans la seconde moitié des années 70, la star du foot européen post-Cruyff était anglaise et s’appelait Kevin Keegan. Ce double K intrigant était l’attaquant vedette du grand FC Liverpool, vainqueur de la Coupe des clubs champions 1977, future Ligue des champions. On l’avait vraiment découvert quand nos grands Verts avaient été éliminés (1-0, 1-3) par les Reds en quart de cette C1 77. On avait pris dans la figure toute la féérie du foot anglais : Anfield Road, You’ll Never Walk Alone, le Kop et ses vagues humaines, les hommes en rouge et leur leader d’attaque, Keegan, auteur du premier but. Rapide, technique et toujours en mouvement il avait éclipsé Berti Vogts en finale contre Mönchengladbach. À l’Olimpico de Rome, l’insaisissable homme du match avait été à l’origine du penalty du 3-1 final. La première des six C1 des gars de la Mersey sera éternellement liée à son feu follet porteur du numéro 7 légendaire. Il est décédé ce lundi, à l’âge de 75 ans, à la suite d’un cancer qu’il avait annoncé quelques mois plus tôt.
L’idole des Reds
Dans la décennie 70, en petit gabarit qui tourne autour de John Toshack, grand numéro 9 balaise, ils forment une paire d’attaquants typiquement british qui avait offert à Liverpool ses deux premiers trophées européens : la C3 en 1973 et en 1976. Pur produit du Nord-Ouest de l’Angleterre, cœur battant du foot anglais combatif et endurant, il est aussi très bon de la tête malgré son mètre 73. Après l’avoir recruté à 20 ans en 1971 à Scunthorpe United (D4), c’est le coach mythique des Reds, Bill Shankly, qui l’avait installé en second attaquant axial plutôt qu’au poste de milieu offensif droit où le rookie végétait.
À Scunthorpe, désespéré de ne pouvoir évoluer dans un club de D1, après quelques contacts infructueux (dont Arsenal), Kevin avait même failli lâcher le foot… Dans son autobiographie, il exprimera la dette à vie contractée auprès du Liverpool FC : « Liverpool m’a construit, pas simplement comme footballeur mais aussi en tant que personne. » Viendront les années de gloire avec les deux C3 et la C1 77, donc, mais aussi trois titres de champion d’Angleterre 1973, 1976, 1977, une FA Cup 1974 et 100 pions en 323 matchs. Fils de mineur, marié tôt à Jean Woodhouse (deux filles), Kevin est le reflet de l’âme liverpudlienne : humble et dispo avec les fans. L’idole d’Anfield Road confessera : « Avec Liverpool, je n’avais qu’une peur : louper un but tout fait devant le Kop. Je mourrais si cela devait arriver. »
Double Ballon d’or à Hambourg
Il incarne aussi la coolitude foot inspirée du pop-rock anglais : cheveux longs, jeans décontractés, tee-shirt, vie en roulotte ! Liverpool, ce sont les Beatles et les Reds. Et comme les Fab Four partis à l’aventure à Hambourg en 1960, lui aussi quittera la Mersey pour la ville hanséatique, en signant à l’été 1977 au Hambourg SV. Il y restera trois saisons, contribuant à en faire une place forte d’une Bundesliga dominée à l’époque par le Bayern Munich et Mönchengladbach. Acheté pour la somme record en Allemagne de 500 000 livres, il multipliera d’un coup ses revenus par 20 ! Au top de sa popularité, Keegan sort un single à succès Head Over Heels in Love (31e dans les UK charts et numéro 10 en Allemagne) qui révèlent des vrais dons de chanteur… Baptisé Mighty Mouse (« la souris surpuissante »), il offrira au club hambourgeois à l’effectif encore moyen le titre de champion 1979 ainsi qu’une finale de C1 1980 perdue 1-0 face à Nottingham Forest.
Kevin décrochera en Allemagne ses deux Ballons d’or successifs, en 1978 et 1979, le couronnant comme meilleur attaquant continental. Une distinction jamais égalée par un autre joueur anglais. En 1980, il fait un retour surprise au pays, en signant deux saisons pour Southampton, modeste club de First Division ! À la trentaine encore rugissante, Kevin réalise deux saisons prolifiques en propulsant les Saints à la 6e place en 1981 et à la 7e l’année suivante. Il est élu footballeur de l’année et anobli du titre d’OBE. Ce qui lui vaut d’être appelé chez les Three Lions pour le Mundial 1982.
En Espagne, blessé, il joue peu avec l’Angleterre éliminée au deuxième tour. International depuis 1972, Kevin Keegan appartient à la génération anglaise maudite qui a manqué les Coupes du monde 1974 et 1978 et qui a giclé en poules de l’Euro 1980 dont il était le capitaine… C’est à cause de ces trous dans son CV avec les Three Lions (63 sélections et 21 buts) qu’il n’a pas connu une postérité flamboyante au vu de son talent et de son palmarès en clubs. La suite est une fin de carrière en pente douce, avec un bail en D2 chez les Magpies de Newcastle (1982-1984), le club de cœur de son père, qu’il contribuera à faire monter en First Division avant de raccrocher à 33 ans.
Vaincu par Sir Alex !
En février 1992, il embrasse une carrière d’entraîneur à Newcastle United qu’il fait remonter dans la nouvelle Premier League en finissant champion de D2 ! Sans réinventer le football, avec des idées simples et un management humain, il s’impose parmi les managers en vue en propulsant le club à la 3e place en 1994 et à la 6e en 1995. Lors de la saison 1995-1996, la carrière de coach de « King Kev », baptisé ainsi par les supporters des Geordies, va prendre une tournure dramatique. Avec les recrues David Ginola et Les Ferdinand, Newcastle vire en tête de la PL avec 12 points d’avance début février 1996. Le titre est dans la poche !
Hélas… Le diabolique Alex Ferguson impose à King Kev un mind game destructeur fait de punchlines assassines à l’encontre des Magpies. Keegan craque lors d’une interview sur Sky Sports en chargeant les Red Devils : « I would love it if we beat them ! Love it ! » (« J’adorerais qu’on les batte ! J’adorerais ! ») Il communique malgré lui sa fébrilité à ses troupes qui s’écroulent : MU est champion avec 4 petits points d’avance ! Cet échec le marquera profondément, le privant sans doute de l’aura plus conséquente de coach à succès qu’il méritait. En janvier 1997, malgré l’arrivée d’Alan Shearer venu de Blackburn, il démissionne. Après avoir fait remonter Fulham en PL en 1999, il devient sélectionneur de l’Angleterre.
Mais s’il qualifie à l’arrache les Three Lions à l’Euro 2000, ceux-ci giclent dès le premier tour et entament si mal les éliminatoires de la Coupe du monde 2002 avec une défaite face à l’Allemagne pour le dernier match au vieux Wembley (1-0) qu’il quitte ses fonctions le 7 octobre 2000. À partir de 2001, il sera l’un des promoteurs du futur grand Manchester City qu’il fait remonter en 2002 et qu’il installe durablement en PL jusqu’à son départ en 2005. Il fait la saison de trop en revenant à Newcastle courant 2008 avant de démissionner avec un procès à la clef contre le club. De 2009 à 2013, il sera consultant TV sur ESPN UK avant une retraite bien méritée. Tout au long de sa vie, il a prêté sa célébrité au profit des bonnes œuvres caritatives. En 1979, le working class hero avait refusé une invitation de l’ultra conservatrice Premier ministre Margaret Thatcher à un rallye européen à cause de la tradition familiale liée au Parti Travailliste. « Mon père, ancien mineur, m’aurait tué pour ça », avait-il justifié. Voilà aussi pourquoi Liverpool la Rouge n’oubliera jamais son King Kev.
Article de Par Chérif Ghemmour pour SOFOOT.com
: Afrique Monde

