2026-07-17 03:54:41 - À Madagascar, pas un jour ne passe sans qu’un avis de recherche soit relayé sur les réseaux sociaux, signalant la disparition d’un nouvel habitant. Signe d’une insécurité grandissante sur la Grande Île, depuis le 1er janvier 2026, les services de police ont enregistré 172 plaintes, dont 164 qui concernent des disparitions de personnes – en majorité des mineurs. Rien qu’à Antananarivo, 90 jeunes ont été victimes de meurtre ou d’enlèvement, dont huit enfants qui ont été retrouvés morts, peut-on lire dans la presse malgache.
En l’espace d’une semaine, début juillet, plusieurs corps ont été retrouvés dans la capitale et ses environs, dans des carrières ou des zones isolées. Il s’agit d’une fillette de 12 ans, un adolescent de 17 ans et d’un père de famille de 35. Le dernier en date, un lycéen de 19 ans, a été découvert mutilé le 7 juillet dernier dans un canal d’eaux usées, à quelques centaines de mètres de son domicile, à Ambatomaro.
« Il n’y a jamais eu de demande de rançon, aucune menace, rien. Personne ne lui en voulait dans le quartier. C’était un garçon calme. Ce n’était pas un délinquant. Il devait passer le bac cette année », témoigne son père auprès d’Outre-Mer la 1ère. À ce stade, des enquêtes sont en cours et plusieurs ravisseurs présumés ont été interpellés, mais aucun coupable n’a été clairement désigné.
Des actes de « terrorisme »
Si la situation alimente diverses théories complotistes, pour les dirigeants malgaches, il s’agit clairement d’une tentative de déstabilisation du pays. Leur discours est alarmiste, à l’image du contexte. « Nous sommes en guerre », a ainsi assuré le Premier ministre Mamitiana Rajaonarison, qui a dénoncé des événements « abjects ».
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De son côté, le président de la République de la Refondation de Madagascar, le colonel Michaël Randrianirina, a jugé ces actes « diaboliques », comme le rapporte Midi-Madagascar. « Ce qui se passe actuellement ne relève plus de la politique, c’est du terrorisme. C’est peut-être une chose que l’on cherche à montrer à la Communauté internationale pour faire croire que Madagascar est un pays totalement instable », a fustigé celui qui est arrivé au pouvoir en octobre dernier, à la suite d’un mouvement de contestation populaire porté notamment par des jeunes de la Gen Z.
Outre le renforcement des patrouilles – 1 500 policiers, militaires et gendarmes étant désormais chargés d’assurer jour et nuit la sécurité de la capitale -, le colonel a demandé la mise en place d’un système d’urgence similaire à l’« alerte enlèvement » existant en France, mais adapté aux réalités locales. « Dès qu’un enfant disparaît, les églises font sonner les cloches et les présidents de fokontany [des subdivisions administratives] utilisent des sifflets pour que la population soit immédiatement informée », a-t-il préconisé. Le président s’est en outre dit prêt à financier des comités de vigilance citoyens dont la mission sera d’assurer une surveillance de proximité.
Des attaques ciblant les personnes atteintes d’albinisme
À Antananarivo, la psychose grandit. Nombre d’habitants n’osent plus sortir de chez eux seuls, même de jour. Les contrôles de véhicules et les vérifications d’identité se multiplient. Et ces tensions provoquent des scènes de violences urbaines contre des personnes soupçonnées d’être impliquées dans des enlèvements. La presse malgache rapporte notamment l’exemple d’un homme accusé d’avoir tenté d’enlever une enfant de 6 ans et qui a été violemment frappé en pleine rue avant l’intervention des forces de l’ordre. Pire, un autre individu soupçonné du meurtre d’une commerçante a été brûlé vif par une foule en colère, révèle le média Zinfos974.
Face à ce bilan macabre, la capacité de réaction du gouvernement est particulièrement scrutée et attendue. D’autant qu’à ces disparitions, s’ajoute une vague d’attaques ciblant les personnes atteintes d’albinisme à Madagascar, depuis début avril. Quatre d’entre elles ont été tuées, dont un enfant de 12 ans, et un bébé de huit mois est porté disparu après avoir été enlevé le 17 mai dans le sud du pays. L’an dernier, l’Assemblée nationale avait adopté un texte pour protéger les personnes atteintes d’albinisme sur la Grande île, mais la Haute-Cour constitutionnelle en a empêché la promulgation en raison d’incohérences juridiques.
Article de Paris Match-Photo: AFP or licensors
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