2026-06-27 10:35:08 - L’Afrique du Sud vit dans l’attente fébrile de la journée du mardi 30 juin 2026. Cette date n’a rien d’officiel, mais elle a été choisie par des groupes opposés à l’immigration illégale pour réclamer le départ des étrangers en situation irrégulière.
Ce mardi 30 juin, des marches sont prévues un peu partout en Afrique du Sud, et bien que les autorités se disent prêtes et que les organisateurs promettent des rassemblements pacifiques, les population immigrées craignent les débordements et les violences. Elles gardent en mémoire les manifestations xénophobes de 2008, qui avaient coûté la vie à plus de 60 personnes, ainsi que les émeutes de 2021, sans lien avec les questions migratoires, mais qui avaient fait plus de 350 victimes.
Dans le quartier de Yeoville, au cœur de Johannesburg, le sujet revient dans toutes les discussions de la diaspora congolaise. Suzanne, coiffée d’un grand chapeau en fourrure pour se protéger du froid, vend des fruits et légumes sur le trottoir d’une rue passante. Et elle est en colère lorsqu’elle entend des Sud-Africains réclamer que les étrangers en situation irrégulière rentrent chez eux pour régler les problèmes de leur pays : « J’ai quitté le Congo à cause de la guerre, puisque moi je viens de l’est, au Nord-Kivu, plus précisément de Rutshuru. Qu’est-ce que je vais faire ? Rentrer où ? Là où il n’y a pas la paix ? »
« Ils ne comprennent pas que chez nous il y a la guerre »
« Pour nous les Congolais, dit-elle encore, ils ne comprennent pas que chez nous il y a la guerre. Depuis 2012, je n’ai pas de papiers. On me donne toujours une année, six mois. Mais si tu pars là-bas pour renouveler, on ne veut pas te donner. Depuis mars on ne veut pas me donner ce papier. »
Juste à côté, Feza propose, elle, des vêtements d’occasion, assise sur une chaise, profitant des derniers rayons de soleil de la journée : « Même les enfants, ça les rend tristes aussi parce qu'ils savent que le 30 on doit nous chasser, on doit rentrer au Congo. Eux ils ne connaissent pas le Congo depuis qu’on est là, ils sont nés ici. Effectivement, on a peur. Parce que ces gens ici ils peuvent marcher avec les machettes et tout, on ne sait pas ce qu’ils peuvent faire. »
« Je vais renforcer les cadenas »
Face à l’incertitude et après avoir connu d’autres épisodes de violences xénophobes, Monda, artiste musicien, compte rester cloîtré chez lui : « Je ne sais pas ce qui va se passer, mais si ça se passe mal, moi je ne sortirai pas, je serai à la maison, je vais m’enfermer, je vais renforcer les cadenas. C’est ça. »
D’après le gouvernement sud-africain, la RDC fait partie des pays qui souhaitent organiser le rapatriement volontaire de ses citoyens, après le Ghana, le Nigeria, le Mozambique ou encore le Malawi. Selon la ministre de la justice, ces deux dernières semaines, plus de 6 700 ressortissants malawites et près de 1 500 zimbabwéens ont déjà été rapatriés par bus.
Par Claire Bargelès correspondante en Afrique du Sud, RFI / Photo:(image d'illustration)AFP - EMMANUEL CROSET
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