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Zimbabwe - Le goût du pays : les restaurants zimbabwéens ressuscitent la cuisine traditionnelle

2026-06-12 11:21:17 - Dans une gargote de Bulawayo, une cuisinière remue une épaisse bouillie de sadza, la farine de maïs qui est l'aliment de base du Zimbabwe, avec une grande cuillère de bois qu'elle manie à deux mains, pendant qu'un tripode rempli de sorgho bouillonne à côté d'elle.

À quelques pas de là, des hommes dépiautent une tête de bœuf tandis que d'autres hachent des tomates et trient des piments brûlants pour relever le goût, dans un tourbillon de préparatifs qui remontent aux sources de la cuisine traditionnelle zimbabwéenne.

C'est le rituel quotidien dans la cuisine de rue de de la restauratrice Siphatisiwe Ncube, où de plus en plus de clients s'éloignent de la junk-food et de la nourriture ultra-transformée pour se tourner vers des céréales traditionnelles comme le mil et le sorgho, attirés par leur valeur nutritionnelle.

A Bulawayo, la deuxième ville du Zimbabwe, ces restaurants de cuisine locale se multiplient, reflet d'un changement plus large des habitudes de la population, selon le spécialiste de l'alimentation et enseignant Makhosi Mahlangu.

"Il y a cinq ans, on en comptait moins de 10" établissements de ce genre à Bulawayo, contre une trentaine aujourd'hui, explique-t-il à l'AFP.

Des nutritionnistes ont mis en garde: au Zimbabwe, l'abandon progressif des céréales, des légumineuses et des légumes-feuilles traditionnels a alimenté des carences persistantes en micronutriments essentiels comme le fer, le zinc et la vitamine A.

Des études scientifiques estiment qu'un décès sur cinq dans le monde est lié à une mauvaise alimentation, avec l'extension de la restauration rapide et l'invasion des aliments ultra-transformés, qui remplacent progressivement les régimes traditionnels sur une grande partie de la planète.

Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), les régimes malsains comptent parmi les principaux facteurs de l'obésité, du diabète ou des accidents vasculaires cérébraux.

- Nostalgie -

Mme Ncube, 49 ans, n'a pas eu à se forcer pour lutter contre cette tendance. "J'ai grandi en cuisinant pour mes frères", se remémore-t-elle, expliquant qu'ils préféraient les plats bouillis traditionnels aux mets frits.

Cette préférence a façonné son style, devenu la marque de fabrique de sa petite cuisine de rue, lancée il y a 15 ans, et qui emploie désormais plus d'une douzaine de personnes à plein temps.

"Nous ne cuisinons que des plats traditionnels", dit-elle. Son établissement, qui sert par exemple un repas de poulet fermier bouilli et de sadza à petits grains pour 5 dollars (O,16 euro), attire un flux constant de clients.

Parmi eux figurent des Zimbabwéens revenus d'expatriation en Afrique du Sud ou au Royaume-Uni, où la cuisine familiale leur manquait.

Ancienne Miss Zimbabwe, Nomusa Ndiweni-Emiyoit a raconté que c'est à l'étranger, au Royaume-Uni ou en France, qu'elle a commencé à avoir la nostalgie des plats traditionnels.

"Ce qui me frustrait à l'époque, c'est que les Ghanéens, les Nigérians, les Camerounais, eux, avaient tous accès aux plats" de leur enfance, a-t-elle expliqué.

Au restaurant Kwesintu, tout proche de celui de Mme Ncube, le gérant Taurai Gona confirme: "Les gens commencent à comprendre que la prévention vaut mieux que le remède. Pourquoi ne pas adopter une alimentation saine ?" Et ainsi renouer avec les traditions.

AFP - Photo: Zinyange AUNTONY / str-jc/ho/br/eba/glr/mba

: Afrique Monde