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France - 13 % d’immigrés, 11 % de descendants : les chiffres sur l’immigration en France

2026-05-29 02:56:47 - L’Institut national d’études démographiques (INED) et l’INSEE ont livré les résultats de leur enquête Trajectoires et Origines 2 (TeO2), la plus vaste étude quantitative jamais conduite en France sur les parcours des immigrés et de leurs descendants. Menée entre 2019 et 2020 auprès de 27 181 personnes âgées de 18 à 59 ans, elle offre une photographie inédite d’une société profondément marquée par l’histoire migratoire. 

Un tiers des Français métropolitains liés à l’immigration sur trois générations
 
L’un des premiers enseignements de TeO2 est démographique : 13 % de la population métropolitaine âgée de 18 à 59 ans est immigrée, 11 % sont des descendants d’immigrés (deuxième génération), et 10 % comptent au moins un grand-parent immigré (troisième génération). Au total, un tiers de la France hexagonale entretient un lien direct avec l’immigration sur 3 générations.
 
Ces populations ne forment pas des blocs homogènes. Parmi les immigrés interrogés sur la période 2019-2020, 32 % sont originaires du Maghreb, 28 % d’Europe, 19 % d’Afrique subsaharienne, 16 % d’Asie et 5 % du reste du monde.
 
Des immigrés souvent diplômés, mais confrontés à la précarité à l’arrivée
 
L’enquête bat en brèche une idée reçue : les immigrés ne sont pas nécessairement moins diplômés que la population majoritaire. En moyenne, la proportion de personnes titulaires d’un bac+3 ou plus est plus élevée chez les immigrés que dans la population sans ascendance migratoire. Cette tendance s’est accentuée dans le temps : si 29 % des immigrés arrivés avant 1989 avaient déjà atteint l’enseignement supérieur avant leur venue en France, cette proportion grimpe à 53 % pour ceux arrivés depuis 2009.
 
Pour autant, un niveau de diplôme élevé ne protège pas des difficultés à l’arrivée. Les immigrés entrés en France après l’âge de 16 ans font fréquemment face à une période de précarité, tant sur le plan du logement (hébergement temporaire, foyer, voire absence de domicile fixe) que sur le plan administratif. Nombreux sont ceux qui, entrés avec un visa, se retrouvent dans une situation irrégulière avant d’être finalement régularisés ou naturalisés.
 
Une société qui se mélange : la mixité progresse à chaque génération
 
TeO2 met en lumière une dynamique de mixité croissante au fil des générations. Dès la première génération, 39 % des immigrés ont un conjoint d’une autre origine, dont 29 % sans aucune ascendance migratoire. À la deuxième génération, ce taux atteint 59 %, et jusqu’à 90 % pour les descendants de couples mixtes.
 
Ces chiffres traduisent une intégration sociale réelle. Comme le souligne l’étude, malgré une ségrégation résidentielle persistante, « les immigrés et leurs descendants sont moins nombreux à déclarer que (presque) tous leurs amis sont de la même origine ». La langue en est un autre marqueur : 86 % des descendants de deux parents immigrés ont parlé français dans leur enfance, le plus souvent en combinaison avec la langue des parents.
 
Le sentiment d’appartenance nationale suit la même tendance : 71 % des immigrés se sentent français, une proportion qui monte à 94 % chez les descendants de deux parents immigrés, et à 98 % chez ceux issus de couples mixtes.
 
Des discriminations en hausse, malgré l’intégration
 
C’est là que TeO2 pose les questions les plus dérangeantes. Les chercheurs y décrivent un paradoxe : les descendants d’immigrés sont simultanément mieux intégrés à la société française que leurs parents, et davantage exposés aux discriminations fondées sur leur origine ou leur couleur de peau.
 
Les résultats indiquent que les expériences de discrimination ont augmenté depuis la première enquête (2008-2009). Les populations d’origine maghrébine et d’Afrique subsaharienne restent les plus exposées aux inégalités dans l’accès à l’emploi, au logement et à la santé. Ce constat concerne également les Français originaires des territoires d’Outre-mer et leurs descendants nés en métropole.
 
Les inégalités scolaires sont également documentées : les enfants d’immigrés se retrouvent plus souvent orientés vers des filières moins valorisées. Dans l’emploi, le risque de chômage demeure structurellement plus élevé pour les personnes d’origine africaine. Enfin, la ségrégation résidentielle (concentration dans des quartiers à forte proportion d’étrangers ou à taux de chômage élevé) continue de peser sur les trajectoires individuelles. Comme l’affirme l’étude, « cette dynamique de mélange et de convergence ne suffit pas à faire disparaître les inégalités socioéconomiques dans plusieurs domaines essentiels ».
 

: Afrique Monde