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Immigration en France : intégration, travail, diplômes… Quatre idées reçues débunkées par une grande enquête

2026-05-21 19:17:37 - Français, Françaises - Alors qu’un Français sur trois est lié à l’immigration, une grande enquête de l’Ined portant sur leurs trajectoires paraît ce jeudi 21 mai. C’est la première enquête d’une telle ampleur – plus de 27.000 personnes interrogées – depuis quinze ans 

Un Français sur trois dans l’Hexagone est lié à la migration, c’est-à-dire soit immigrée, soit enfant d’immigré(s), soit petit-enfant d’immigré(s). Pour sortir des fantasmes et analyser les trajectoires de ces personnes, une grande enquête portant sur trois générations paraît ce jeudi, intitulée Trajectoires et origines 2, diversité des populations et inégalités sociales en France (éd. Ined).
 
Résultat de dix ans de recherches, l’ouvrage de 600 pages rassemble les contributions de trente-cinq chercheuses et chercheurs de l’Institut national d’études démographiques (Ined) et de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). Sous la direction de Mathieu Ichou, Cris Beauchemin et Patrick Simon, ils ont analysé les parcours scolaires et professionnels, les questions d’intégration ou de discriminations. Une première enquête de ce type avait eu lieu en 2008-2009.
 
« Dégonfler une partie des fantasmes »
 
Pour les chercheurs, l’immigration, loin d’être un phénomène marginal ou conjoncturel, forme une composante centrale et durable de la population française. Entre 2019 et 2021, l’enquête a été menée auprès de plus de 27.000 personnes (voir encadré), correspondant à 32 % d’immigrés originaires du Maghreb, 28 % d’Europe, 19 % d’Afrique subsaharienne, 16 % d’Asie et 5 % du reste du monde.
 
« Les immigrés et leurs descendants ne sont pas séparés du reste de la société », souligne Cris Beauchemin, directeur de recherche à l’Ined, qui ajoute que les populations se mélangent avec la formation de couples, les amitiés, les pratiques sociales. Mais de fortes inégalités persistent au fil des générations. « Ces résultats permettent de dégonfler une partie des fantasmes », appuie le sociodémographe Patrick Simon.
 
Des immigrés qui arrivent de plus en plus diplômés
 
Première idée reçue mise à mal par l’enquête : celle d’une augmentation des arrivées irrégulières en France. Parmi les 27.000 personnes interrogées, une personne sur cinq a déclaré avoir été sans papiers à un moment de son séjour en France. Cette proportion est stable dans le temps. « Cela témoigne de trajectoires administratives assez complexes, explique Cris Beauchemin, parce que la moitié d’entre elles sont entrées en France de manière régulière. Ces immigrés ont été sans papiers à un moment donné, ils ont été irrégularisés, dans le sens où ils ont perdu le droit de séjour, avant d’être finalement régularisés, voire d’obtenir la nationalité française. » L’installation en France reste marquée par une forte précarité résidentielle et administrative.
 
Deuxième résultat qui va à l’encontre des clichés : les immigrés arrivés en France sont souvent diplômés. Avant 1989, la part des diplômés représentait 29 % des personnes arrivées, elle atteint 53 % pour celles arrivées depuis 2009. Et en moyenne, la proportion des personnes qui ont un diplôme « bac + 3 ou plus » est plus élevée chez les immigrés qu’en population majoritaire, c’est-à-dire sans ascendance migratoire. C’est un « effet de sélection », les personnes émigrant en France viennent fréquemment des fractions plus instruites de leur société d’origine.
 
Une intégration « relativement positive »
 
Contrairement à une autre idée reçue, les chercheurs constatent aussi une intégration « relativement positive » avec « pas tellement d’isolats ou de communautarisme ». Ce constat est dressé en analysant l’entrée dans la société et dans les pratiques culturelles et sociales. Par exemple, 21 % des immigrés ont des amis de la même origine, signifiant que 79 % rencontrent des amis d’origine variée, y compris qui ne sont pas d’origine immigrée. Pour ceux qui descendent de deux parents immigrés, 11 % ont des amis avec le même profil qu’eux, mais 89 % ont des relations sociales d’origine mixte.
 
C’est un des indicateurs qui montre que « l’intégration socioculturelle se réalise assez fortement, d’après Patrick Simon. Finalement, ceux qui apparaissent le plus dans l’entre-soi, ce sera plutôt du côté de la population majoritaire, ce qui s’explique par les conditions d’opportunité de rencontrer des personnes d’origine diverse ». De même, sur la question de l’identification à la France, dès la deuxième génération, une identification très forte à la France est relevée, combinée, pour certains, avec une autre origine.
 
Un surrisque de chômage
 
Autre exemple de mixité et d’intégration : parmi les enfants d’immigrés, un sur deux a un parent immigré, l’autre parent ne l’est pas. Neuf petits-enfants d’immigrés sur dix ont au moins deux grands-parents qui ne sont pas des immigrés. Cette composition reflète les vagues migratoires depuis les années 1960 et les unions formées en France. « Cela veut dire que les origines immigrées sont présentes dans les généalogies, mais elles ne sont pas dominantes, indique Patrick Simon. Les héritages de l’immigration se combinent avec des héritages qui ne sont pas liés à l’immigration. » Les Européens sont plus nombreux chez les plus âgés, alors que les descendants d’origine africaine deviennent majoritaires chez les moins de 25 ans, note l’Ined.
 
Pour le sociodémographe, les obstacles à l’intégration sont plutôt à rechercher du côté des institutions ou du marché du travail. Et c’est le dernier résultat important : la naissance en France ne protège pas des discriminations, notamment sur le marché du travail, contrairement à la promesse du modèle républicain. A profil comparable, un surrisque de chômage persiste à la deuxième génération pour les immigrés du Maghreb et d’Afrique subsaharienne, avec par exemple un écart de + 6,2 points pour les hommes immigrés du Maghreb. « L’origine continue de peser sur le risque de chômage », souligne l’enquête, ce qui concerne aussi les Français originaires de l’Outre-mer et leurs descendants nés dans l’Hexagone.
 
Article de Emilie Jehanno - 20 Minutes
 

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