2026-05-18 19:07:16 - Il est rare qu’un texte de loi soit examiné au même moment, mais en deux lieux et à 17 000 kilomètres de distance. C’est pourtant le cas d’une proposition de loi qui ouvrirait le corps électoral de la Kanaky-Nouvelle-Calédonie aux natifs de l’archipel en vue des élections provinciales du 28 juin prochain, soit la date limite fixée par le Conseil d’État après déjà deux reports : ces élections, les principales en Kanaky-Nouvelle-Calédonie, auraient dû se tenir… au printemps 2024.
C’est donc un sprint législatif qui va se dérouler ces 18 et 19 mai, pour répondre à une injonction de la droite, qui a toujours l’oreille du gouvernement : l’ouverture, même partielle, du corps électoral figé depuis les accords de Nouméa pour ces élections, en raison de la situation coloniale de l’archipel. L’examen débute ce lundi matin – heure de Paris – par le Congrès de Nouvelle-Calédonie. Sans surprise, la droite anti-indépendantiste, qui pousse pour cette réforme, la votera. Le FLNKS y est opposé, en tout cas dans ces termes. Pour les indépendantistes, l’ouverture du corps électoral ne peut être acceptable que dans le cadre d’un accord global de décolonisation.
Un dégel qui concerne les natifs
Le gouvernement Lecornu mesure bien la portée explosive de la question, deux ans après les révoltes de mai 2024, dues à un passage en force sur ce dégel. Il s’est donc appuyé sur la proposition de loi du sénateur calédonien Georges Naturel, lui-même non indépendantiste mais modéré et en rupture avec la droite locale. Le gouvernement a tenté d’introduire, outre le vote des natifs, celui des conjoints, mais cette mesure comporte un risque d’inconstitutionnalité.
Il s’agit donc d’ajouter aux 181 000 citoyens inscrits sur la liste spéciale pour les provinciales 10 500 électeurs nés sur l’archipel depuis l’accord de Nouméa en 1998, qui peuvent voter aux référendums mais pas aux provinciales. Georges Naturel justifie prudemment cette mesure : « Il s’agit en réalité non pas d’un dégel mais d’une correction. »
Pour le FLNKS, cela peut s’entendre : le projet indépendantiste prévoit l’ouverture de la citoyenneté à tous les Calédoniens nés sur le territoire, selon le principe démocratique du droit du sol. Mais seulement quand l’accession à la pleine souveraineté, et donc la décolonisation, sera effective. Ce que l’État français, engoncé dans sa logique coloniale, refuse, mettant en péril 38 ans de paix issue des accords de Matignon en 1988 puis de Nouméa.
Dans le détail, après le vote du Congrès calédonien, le Sénat doit se prononcer ce lundi soir, avant un examen dès mardi par l’Assemblée nationale. Un empressement qui traduit la fébrilité du gouvernement et de la droite à l’approche de ce scrutin décisif, qui se tient à un seul tour, et va déterminer les équilibres politiques en Kanaky-Nouvelle-Calédonie dans les trois provinces : Sud, Nord, et Îles Loyauté. Des assemblées qui envoient ensuite les élus au Congrès, et donc le pouvoir législatif de l’archipel.
Dernier point central : si cette proposition de loi examinée à toute hâte ne devait pas être adoptée, les élections se tiendraient avec le corps actuel gelé. Au-delà de ces questions de citoyenneté primordiales, les Calédoniens ont d’abord en tête la situation économique et sociale calamiteuse, qui sera un défi pour les élus du scrutin du 28 juin.
Article de Benjamin König - L'Humanité
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