2026-05-07 16:27:48 - Des praticiens condamnés, radiés, partis s’installer dans un autre pays pour continuer d’exercer sans être inquiétés. C’est ce que révèle une vaste enquête menée conjointement par un consortium de journalistes international, l’OCCRP (l’Organized Crime and Corruption Reporting Project), le journal belge De Tijd, et les médias français le Monde et France 2. «L’Œil du 20 Heures», la cellule investigation de la chaîne publique, rapporte ainsi le cas d’un cardiologue ayant exercé en France condamné en 2024 à quatre ans de prison, dont trente mois avec sursis, pour «agressions sexuelles» commises entre 2017 et 2018 dans son cabinet sur plusieurs femmes.
Or deux mois avant sa radiation définitive par sa hiérarchie, ce praticien s’était tourné vers l’Ordre des médecins belge. A la fin de sa peine de dix-huit mois sous bracelet électronique, il a recommencé à travailler en Belgique au contact de patients sans jamais être inquiété.
Le médecin «avait pourtant fait l’objet d’une alerte du système européen d’information du marché intérieur», dit IMI, révèle «L’Œil du 20 Heures». Un mécanisme imaginé par les Etats membres de l’UE afin de se partager entre eux des informations sur les professionnels qui exercent parmi les Vingt-Sept depuis 2013.
Aucun dossier consulté par la France
Les médias concernés ont ainsi pu analyser plus de 2 000 alertes IMI concernant la suspension ou la radiation de médecins européens, toutes adressées pour «motifs graves liés à l’exercice de la profession». Or, de 2021 à 2025, «aucune consultation par une autorité française n’apparaît». Autrement dit : aucun agent français n’a ouvert les dossiers concernant ces praticiens blacklistés.
Sollicité par France 2, l’Ordre des médecins français assure n’avoir le droit d’ouvrir ces alertes que depuis janvier 2026. L’organisme met en avant des «raisons techniques». Jusqu’à présent, la charge revenait à la direction générale de l’offre de soins (DGOS), qui dépend du ministère de la Santé, racontent France 2 et Le Monde. Les médias ont sollicité en vain la DGOS sur la consultation effective des alertes. «Tout juste reconnaît-elle que le système IMI mériterait d’être amélioré, notamment les pratiques de notifications et les délais de réponse entre autorités compétentes», raconte l’enquête.
Et à l’inverse, les médias du consortium ont pu identifier au moins deux médecins radiés à l’étranger et venus s’installer en France sans jamais être inquiétés.
Article de LIBERATION, AFP - Photo: Stéphane Lagoutte
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