2026-05-05 15:27:15 -La question des objets spoliés pendant la colonisation française en Algérie refait surface dans un musée de Charente. Un collier conservé à Angoulême soulève des interrogations sur les méthodes d'acquisition de certaines collections. Les recherches menées par la directrice de l'établissement ont mis au jour des révélations inattendues.
Le musée d'Angoulême détient une collection de 3200 pièces données dans les années 1930 par le Docteur Lhomme, un médecin originaire de La Rochefoucauld, en Charente. Ces œuvres ont été acquises, selon la directrice de l'établissement, « en pleine période de l'apogée de l'empire colonial ». Leur origine soulève des interrogations.
Émilie Salaberry, directrice du musée d'Angoulême, s'exprime dans un reportage diffusé ce lundi 4 mai 2026 sur l'antenne de Franceinfo. Elle déclare : « Comment peut-on rassembler autant d'objets sans quitter la France à la fin du XIXe et au début du XXe siècle ? » Elle précise que le Docteur Lhomme est « un homme qui n'a jamais voyagé ». Cette contradiction alimente les doutes sur les conditions dans lesquelles ces pièces ont été réunies.
Le collier de Sétif, un exemple documenté
Parmi les objets de la collection, un collier d'amulettes retient particulièrement l'attention. Émilie Salaberry le décrit comme « caractéristique de l'Afrique de l'Ouest et du Maghreb » et indique avoir « de forts doutes sur la légitimité d'acquisition ». Les recherches menées par le musée ont permis de retracer l'origine précise de cet objet.
La directrice a découvert un courrier qui documente le parcours du collier. Elle déclare : « Ce collier aurait été extrait d'une tombe dans le cimetière de Sétif par un lieutenant qui en fait don au docteur Lhomme. Ceci est tracé dans un courrier qu'on a découvert il y a peu de temps. » Sétif est une ville située dans le nord-est de l'Algérie. Le collier aurait donc été prélevé par un militaire français durant la colonisation, puis transmis au médecin charentais avant d'arriver dans les réserves du musée.
Les moyens limités des musées de province
Contrairement au Musée d'Orsay, point de départ du reportage, les musées de province disposent de ressources restreintes pour enquêter sur la provenance de leurs collections. La recherche d'informations sur l'origine des œuvres exige du temps, du personnel et un accès à des archives souvent dispersées.
Émilie Salaberry reconnaît avoir « toujours été interpellée » par la collection du Docteur Lhomme. Le musée d'Angoulême a néanmoins déjà montré sa volonté de traiter cette question : il y a deux ans, l'établissement a restitué une cinquantaine de pièces archéologiques au Cameroun. Cette démarche témoigne d'une prise en compte des questions de restitution, y compris en dehors des grands établissements parisiens.
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