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Madagascar - Un signe qu’on doit revenir dans la rue : à Madagascar, la Gen Z face au mur de la peur

2026-04-23 07:21:15 - Les arrestations arbitraires de plusieurs militants de la Gen Z à Madagascar provoquent un "climat de peur" – selon l'expression d'Amnesty International – parmi les jeunes activistes, qui assurent néanmoins vouloir continuer à dénoncer la reprise en main autoritaire de la junte au pouvoir. 

La Gen Z de Madagascar à la croisée des chemins. L’arrestation récente de plusieurs activistes pour avoir manifesté contre les militaires au pouvoir les 10 et 17 avril a jeté un froid sur le mouvement qui avait fait tomber le régime du président Andry Rajoelina en octobre dernier.
 
"Depuis les arrestations, on fait de nouveau attention au téléphone, à ce qu’on se dit en privé sur les réseaux, on va sur des applications plus sécurisées quand les sujets sont sensibles", confie à France 24 Shely Andriamihaja, une membre du collectif Gen Z Madagasikara.
 
"L’objectif du gouvernement est vraiment de décourager les jeunes à exprimer leur mécontentement. Pour moi, c’est un signe qu’on doit revenir dans les rues", estime la militante de 27 ans. Pour l'instant, "on est en train de se concerter sur ce qu’on va faire. On ne peut pas rester dans l’inertie."
 
Arrestations en pleine nuit
 
La rupture avec la junte du colonel Michael Randrianirina est consommée depuis l’arrestation de six activistes de la Gen Z peu après la "marche pacifique" du 10 avril contre la lenteur des réformes institutionnelles et la lutte insuffisante contre la corruption. Seules quelques dizaines de personnes avaient participé à ce rassemblement, selon le quotidien Le Monde.
 
Inacceptable pour les militaires au pouvoir, qui décident de faire arrêter Herizo Andriamanantena, l’un des leaders du mouvement, et de le traduire en justice pour "atteinte à la sûreté de l'État" et "trouble à l'ordre public", comme l'a rapporté TV5 Monde. Trois de ses camarades sont également interpellés dans des circonstances qui font penser aux actions d'une police politique.
 
"Avant, on les arrêtait en plein jour. Maintenant, c’est la nuit, dans des 4x4 sans plaque", rapporte la Gen Z Madagascar sur Instagram.
 
"Recul important des engagements"
 
Deux autres jeunes, Carine Soa Fy et Rija Zoky, ont été arrêtés après avoir appelé à une marche de soutien le 17 avril. Selon le mouvement, ils sont tous les deux blessés.
 
Dans un communiqué commun publié le 14 avril, plus de 60 organisations de la société civile avaient déjà fait le constat d’un "recul important des engagements pris en faveur des droits civils et politiques", ainsi que d'un "usage de plus en plus fréquent du chef d’accusation d’atteinte à la sûreté de l’État". Amnesty International a de son côté dénoncé vendredi dernier un "climat de peur" pour les militants.
 
Shely Andriamihaja affirme que des rumeurs circulent désormais sur la possibilité pour le gouvernement de surveiller les échanges numériques des membres de la Gen Z avec des logiciels ou des applications d’espionnage. Pour elle, pas question pour autant de diminuer le nombre de publications numériques, ni de changer ses messages politiques.
 
"Au contraire, on va amplifier les messages face à ce genre de réactions du gouvernement", réagit la militante engagée dans le mouvement depuis septembre. "On se sent extrêmement indignés envers ce gouvernement qui utilise les mêmes méthodes que le régime précédent quand il s’agit des voix dissidentes", poursuit la jeune femme.
 
"On ne peut pas vivre dans la peur"
 
Le mouvement parviendra-t-il à se relancer dans les rues ? La correspondante de France 24 à Madagascar, Gaëlle Borgia, relève que la mobilisation est passée de plusieurs milliers de personnes en septembre 2025 à seulement "une vingtaine de personnes" lors de la dernière manifestation.
 
Certaines personnes "se sentent traquées, surveillées, et elles ont peur d’être interceptées en descendant dans la rue", affirme la journaliste.
 
De son côté, la junte a reconduit le 25 mars la moitié des ministres de l’ancien régime après les avoir soumis au détecteur de mensonges. Les demandes de la jeunesse malgache, de la lutte contre la corruption à une concertation nationale ouvrant la voie à des élections, sont restées lettres mortes.
 
"On a peur. Mais je pense qu’il y a quelque chose qu’on a retenu des sept dernières années et des événements de septembre, c’est qu’on ne peut pas vivre dans la peur", conclut la militante Shely Andriamihaja. "Notre combat n’est pas terminé."
 
Article de Eléonore POINTEAU - France 24 / Photo: Luis Tato, AFP

: Afrique Monde