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Billets trop chers, supporters interdits… Avant même de commencer, la Coupe du monde de foot aux États-Unis scandalise

2026-04-23 06:28:47 - Quatre ans après l’édition 2022 au Qatar, la Coupe du monde de football fait son retour cet été, avec un mois et demi de compétition (11 juin - 19 juillet 2026) au Canada, aux États-Unis et au Mexique. Si son éclatement dans trois pays et 16 villes différentes pose déjà des questions écologiques, tout comme la politique menée par l’administration Trump, la volonté de la Fifa d’y réaliser le plus de bénéfices possible est vivement critiquée par les observateurs.

Comme tous les quatre ans, il plane dans l’air un doux parfum de fête à l’approche du mois de juin. En ce printemps ensoleillé, les amoureux du football - mais pas que - ne pensent pour beaucoup qu’à la Coupe du monde qui approche. L’évènement sportif le plus suivi au monde, avec les Jeux olympiques, est traditionnellement source de rassemblements pour assister aux rencontres et de célébrations au fil de la progression de sa nation favorite dans la compétition. Avec dans le viseur, le graal ultime : le titre de champion du monde.

Quatre ans après l’édition 2022 disputée au Qatar, en plein hiver pour éviter aux joueurs de suffoquer sous la chaleur du Golfe, place à « United 2026 », la première Coupe du monde disputée à 48 équipes et à se dérouler dans trois pays hôtes (Canada, États-Unis, Mexique). Sur le papier, avec son retour en été et les bons souvenirs de 2018 qui en découlent pour nous, Français, le rassemblement intercontinental a tout pour plaire. En réalité, il pourrait être l’un des plus critiqués de l’histoire.

Des supporters interdits d’entrer sur le sol américain ?

La faute, notamment, à l’ensemble des mesures prises depuis quelques mois par la Fifa (Fédération internationale de football association), présidée par Gianni Infantino, grand ami de Donald Trump, le président américain à qui il a décerné, en décembre dernier, le premier « Prix de la paix ». Alors même que le président américain a lancé fin 2025 - début 2026 de vastes campagnes d’arrestations de citoyens orchestrées par la police américaine de l’immigration (ICE), avec des méthodes particulièrement brutales et arbitraires. Elles ont conduit à la mort, en janvier, de Renée Good et d’Alex Pretti, tombés sous les balles des agents fédéraux de l’immigration à Minneapolis

Particulièrement offensif dans sa politique contre les étrangers sur le sol américain, Donald Trump pourrait également priver quatre nations participantes (la Côte d’Ivoire, Haïti, l’Iran et le Sénégal) du soutien de leurs supporters, qui figurent toujours, ce mercredi 22 avril, sur la liste des interdictions de voyager imposées à leurs ressortissants. Une sacrée mauvaise publicité pour la Coupe du monde, évènement censé rassembler les peuples

Des prix démesurés et une colère qui enfle

Et si entrer sur le sol américain sera déjà une épreuve pour les milliers de supporters souhaitant encourager leur pays, les formalités d’entrée étant immensément complexes, que dire du train de vie imposé ensuite aux États-Unis ? La compétition est déjà annoncée comme étant la plus chère de l’histoire en termes de billetterie : les tickets pour les matches de poules dépassent déjà aisément les 300 € et ceux pour la finale grimpent jusqu’à 171 700 € (!), quand le prix le plus élevé pour assister à la finale France - Argentine de 2022 était de 1 460 €. À cela s’ajoutent toutes les dépenses annexes dont devront s’acquitter les suiveurs.

On ne parle pas forcément ici de l’avion ou de l’hébergement, qui représentent lors de chaque grand évènement une dépense évidemment élevée. Ce à quoi ne s’attendaient pas les courageux qui traverseront l’Atlantique l’été prochain pour suivre l’équipe de France, c’est la hausse brutale et peu compréhensible des tickets de métro pour rallier certains stades accueillant la compétition. À Boston, où les Bleus affronteront la Norvège (26 juin), la régie locale des transports a annoncé qu’un aller-retour entre la gare et le stade de Foxborough, à 25 km, coûterait 80 dollars (68 €). C’est près de dix fois plus qu’en temps normal (8,75 dollars) et quatre fois plus que pour un match de NFL (football américain) ou un concert au Gillette Stadium (20 dollars).

Un exemple que souhaiterait suivre la régie des transports du New Jersey, où la France affrontera le Sénégal en ouverture (16 juin), qui penserait à faire payer plus de 100 dollars (85 €) - contre 12,90 dollars habituellement - l’aller-retour entre Manhattan et le MetLife Stadium. L’enceinte accueillera huit rencontres du Mondial, dont la finale le 19 juillet. « Un scandale » pour Guillaume Auprêtre, porte-parole des Irrésistibles Français (IF), principal groupe de supporters de l’équipe de France (2 500 adhérents), qui accuse la Fifa d’exclure « les plus fidèles supporters au profit des plus aisés ».

Le football au second plan ?

De quoi se poser de plus en plus de questions sur la place accordée au football et à ceux qui le font vivre dans cette Coupe du monde 2026. L’été dernier, la Coupe du monde des clubs nouvelle version avait déjà donné un avant-goût de ce que sera le rendez-vous continental de juin - juillet, avec des joueurs éreintés par une chaleur suffocante. « Nous devons réfléchir à ce que nous pouvons améliorer : nous avons mis en place des pauses rafraîchissantes et arrosé les terrains. Nous avons des stades couverts, nous les utiliserons donc davantage en journée », concédait la Fifa au moment de faire le bilan.

Cette dernière a décidé d’imposer une pause fraîcheur lors de chacune des mi-temps des 104 matches de la prochaine Coupe du monde. Aux 23e et 66e minutes environ, l’arbitre mettra le match à l’arrêt pour permettre aux joueurs d’aller s’hydrater et aux entraîneurs de passer quelques consignes. Rien de choquant, la pratique étant désormais courante. À une exception près tout de même : la pause durera trois minutes, peu importe la température dans l’air, et, surtout, elle permettra aux diffuseurs de passer au même moment des spots publicitaires. Plus que tout, le business aux dépens du rythme de la rencontre.

« Cela va dans le sens de la commercialisation du foot, se désolait Christian Gourcuff dans un entretien à Ouest-France . On s’éloigne de l’éthique sportive, de la mise en avant du sport. Le foot, c’est aussi une question de durée, on travaille l’adversaire pour trouver la faille, on cherche à prendre l’ascendant au fur et à mesure. Là, avec cette pause au milieu des 45 minutes, on redéfinit le cadre du temps, cela crée une rupture. »

Pour les acteurs du jeu comme les suiveurs, la rupture promet effectivement d’être importante. Critiquée de toute part à un mois et demi de son lancement, reste à voir quelle image cette Coupe du monde 2026 laissera. Aujourd’hui, l’opinion publique se prend d’amour à la détester. Mi-juillet, si l’équipe de France est en course pour une troisième étoile, les sentiments seront-ils les mêmes ?

Article de Par Gabriel Pondard:Ouest-France / Photo:FREDERIC J. BROWN / AFP

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