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Pourquoi de plus en plus de Réunionnais se retrouvent en situation de surendettement

2026-03-31 11:56:10 - Les commissions de surendettement des Outre-mer ont enregistré un niveau record de dossiers en 2025. Selon l’IEDOM, près de 4.000 ménages ont saisi la procédure l’an dernier. Derrière cette hausse, des situations marquées par la précarité des revenus, le chômage ou les ruptures de parcours de vie. À La Réunion, le phénomène reste particulièrement visible. […] 

Les commissions de surendettement des Outre-mer ont enregistré un niveau record de dossiers en 2025. Selon l’IEDOM, près de 4.000 ménages ont saisi la procédure l’an dernier. Derrière cette hausse, des situations marquées par la précarité des revenus, le chômage ou les ruptures de parcours de vie. À La Réunion, le phénomène reste particulièrement visible.
 
Le surendettement gagne du terrain dans les territoires ultramarins. En 2025, 3.915 dossiers ont été déposés auprès des commissions de surendettement, soit une hausse de 20,2 % en un an et la troisième augmentation consécutive depuis la période post-Covid. Sur l’ensemble de l’année, 3.689 dossiers ont été traités, confirmant l’ampleur d’un phénomène qui atteint désormais un niveau inédit dans ces territoires.
 
Dans la grande majorité des cas, les demandes aboutissent. 81 % des dossiers déposés ont été jugés recevables, ouvrant la voie à un examen approfondi de la situation financière des ménages concernés. Les délais restent relativement courts : environ un mois entre le dépôt d’un dossier complet et la décision de recevabilité, puis quatre mois en moyenne pour parvenir à une solution.
 
La Réunion a le taux le plus important
 
Si l’ensemble des Outre-mer est touché par cette progression, La Réunion figure parmi les territoires les plus concernés. Le taux de surendettement y atteint 282 dossiers pour 100.000 habitants, l’un des niveaux les plus élevés de la zone étudiée. La moyenne ultramarine se situe à 223 dossiers pour 100.000 habitants, un niveau paradoxalement inférieur à celui observé dans l’Hexagone.
 
Pour l’IEDOM, cet écart s’explique en partie par des mécanismes sociaux propres aux territoires ultramarins. L’institution souligne ainsi que « ce paradoxe peut s’expliquer par une solidarité familiale plus marquée dans les territoires ultramarins mais aussi par une méconnaissance du dispositif de surendettement dans certaines géographies ».
 
Le rapport met également en lumière le profil des ménages les plus fragilisés. Les femmes représentent 64 % des personnes surendettées, une proportion nettement supérieure à leur poids dans la population générale. Les familles monoparentales apparaissent particulièrement exposées : elles représentent 36 % des ménages surendettés dans les Outre-mer, contre 21 % dans l’Hexagone.
 
Dans bien des cas, les difficultés financières résultent d’un enchaînement de facteurs. L’étude rappelle que « trois catégories de ménages sont principalement touchées : ceux vivant en-dessous du seuil de pauvreté, ceux fragilisés par un changement imprévu de situation comme une séparation ou une perte d’emploi, et ceux rencontrant des difficultés à gérer leur budget ».
 
Le poids du chômage apparaît en filigrane. Les personnes actives représentent près de 70 % des dossiers, mais plus de la moitié d’entre elles sont sans emploi, un indicateur révélateur du lien entre fragilité professionnelle et difficultés financières.
 
De faibles revenus
 
La faiblesse des ressources explique aussi la difficulté de ces ménages à sortir de l’endettement. Près des trois quarts des ménages surendettés disposent de moins de 1.416 euros de revenus mensuels, et 57 % vivent avec moins de 1.122 euros par mois. Par ailleurs, 86 % possèdent un patrimoine inférieur à 2.000 euros, ce qui limite fortement leurs marges de manœuvre financières.
 
Conséquence directe : plus d’un ménage sur deux ne dispose d’aucune capacité de remboursement. Dans ces situations, la procédure peut conduire à un effacement total ou partiel des dettes. En 2025, 37 % des dossiers ont ainsi abouti à un rétablissement personnel avec effacement des dettes, tandis que 15 % ont donné lieu à un effacement partiel.
 
122 millions d'euros d'endettement
 
Au total, l’endettement global des ménages concernés atteint désormais 122 millions d’euros, en hausse de 26,5 % sur un an. L’endettement médian s’élève à 19.542 euros par dossier, avec un poids croissant des crédits à la consommation qui représentent désormais près de la moitié des dettes.
 
Dans ce contexte, l’étude souligne que la progression du surendettement intervient dans un environnement économique encore fragile. Malgré une inflation retombée autour de 1,1 % en 2025, les territoires ultramarins restent marqués par des niveaux de revenus plus faibles, une pauvreté plus élevée et des tensions persistantes sur l’emploi.
 
Autant de facteurs qui continuent de fragiliser les budgets des ménages. Et qui expliquent pourquoi, dans des territoires comme La Réunion, le recours à la procédure de surendettement reste pour certains la dernière solution pour retrouver un équilibre financier.
 
Par Zinfos

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