2026-03-24 00:55:04 - Au Cameroun, réunis en séance plénière ce lundi 23 mars, au Palais de verre « Paul Biya » à Yaoundé, les députés à l'Assemblée nationale ont adopté le projet de loi portant prorogation de leur mandat. Mandat déjà prolongé une première fois alors qu'il devait s'achever initialement il y a un an, en mars 2025. Arrivant à échéance ce 31 mars, dans huit jours, il est ainsi rallongé de neuf mois supplémentaires, jusqu'au 20 décembre.
Selon les auteurs du texte, cette prorogation de mandat des députés « vise […] à alléger la charge financière que font peser les élections sur le budget de l'État, dans un contexte économique difficile, particulièrement à la suite des élections » présidentielles d'octobre et régionales de novembre 2025 au Cameroun.
Indirectement, le projet de loi rappelle que « d'importants moyens ont été mobilisés » pour la prise en charge « sécuritaire » de ces scrutins. Et « ce temps supplémentaire, peut-on lire, permettra à Elecam, l'organe en charge de l'organisation […] des élections, de se réajuster pour assurer une organisation plus sereine de ce scrutin. »
« Rien d'illégal et rien d'anormal », rappelle Patrick Rifoe, communicant du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), le parti présidentiel, « c'est devenu l'usage, une tradition au Cameroun de prolonger le mandat des députés. »
Mais pour l'Union démocratique du Cameroun (UDC), parti de l'opposition représenté au Parlement, « ces raisons passent totalement à côté des attentes légitimes des Camerounais. Ni les difficultés financières, ni les dommages subis par des bâtiments d'Elecam durant la crise postélectorale ne peuvent justifier un report des législatives ».
La présidente de l'UDC représentée à l'Assemblée, Patricia Tomaïno Ndam Njoya, maire de Foumban et candidate à la présidentielle d'octobre 2025, dénonce auprès d'Amélie Tulet de RFI un « abandon de la démocratie » et une crise de la représentation au Cameroun.
Le président camerounais Paul Biya avait annoncé le 10 février un « léger réajustement » du calendrier des élections législatives et municipales, dans son traditionnel discours annuel adressé à la jeunesse. Doyen des chefs d'État dans le monde, Paul Biya, à la tête de son pays depuis 1982, a été réélu le 12 octobre avec 53,66% des voix, selon les résultats
Cette élection pour un huitième mandat a donné lieu à des manifestations réprimées dans le sang dans plusieurs grandes villes – le gouvernement reconnaissant « plusieurs dizaines » de morts sans fournir de bilan exact.
RFI - Photo:Richard Onanena/RFI - Titre: AM
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