2026-03-03 15:08:47 - L’Iran se trouve sous les bombes depuis trois jours. Ces frappes, dirigées par les États-Unis et Israël depuis samedi 28 février, ont déjà fait 555 morts, d’après le bilan relayé par l’AFP. Le conflit s’étend dans tout le pays, où 131 villes ont été touchées. Si la France n’est pas directement engagée dans cette guerre, elle entraîne déjà des conséquences sur le territoire. Mesinfos fait le point sur la situation.
Sécurité intérieure : Laurent Nuñez appelle les forces de l’ordre à se tenir en alerte
Dès le début de l’opération militaire, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, dans un télégramme envoyé aux préfectures et aux directions de la police, a demandé"la mise en vigilance" des forces de l’ordre. Le but : "détecter toute action susceptible de troubler l’ordre public."
Selon l’AFP, le document envoyé par Laurent Nuñez mentionne plusieurs points : le renforcement de la sécurité concernant les représentations diplomatiques et de "certains points d’intérêt des parties impliquées". Les manifestations et rassemblements de la communauté iranienne ou, en lien avec le conflit, devront faire l’objet d’une attention particulière. "Bien que l’ampleur de la mobilisation reste moindre qu’entre mi-janvier et début février, une partie de la communauté iranienne en France continue de soutenir le peuple iranien par des actions sur la voie publique, y compris dans les prochains jours."
Dimanche 1er mars, au lendemain du début du conflit et de la mort du guide suprême et chef d’État de l’Iran, Ali Khamenei, plusieurs rassemblements ont été organisés à Paris. Des milliers de personnes sont venues protester contre les frappes. D’autres rassemblements en ce sens ont eu lieu à Nice ou encore Toulouse.
Économie : le pétrole et le gaz s’envolent, déstabilisant le cours des bourses
L’économie souffre de l’escalade des tensions au Moyen-Orient, en particulier sur le plan des ressources énergétiques.
Le baril de pétrole atteint des prix exorbitants. Vers 6h30, heure GMT, ce lundi 2 mars 2026, le baril de Brent de la mer du Nord, référence internationale pour suivre les cours de l’or noir, grimpait de 7,56 % à 78,37 dollars. À l’ouverture, il était même à plus de 82 dollars. En conséquence, les prix à la pompe devraient eux aussi s’envoler.
En effet, cette situation crée de nombreuses incertitudes quant à la possibilité d’acheminer les hydrocarbures. Plusieurs navires dans le détroit d’Ormuz, reliant le Golfe d’Oman au Golfe du Persique, ont été attaqués et l’Iran a annoncé vouloir fermer le détroit.
Le gaz fait lui aussi preuve d’une hausse spectaculaire. Un cinquième des échanges internationaux de gaz naturel liquide passent par le détroit d’Ormuz, notamment depuis le Qatar. Ce lundi matin vers 9 heures, le contrat à terme du TTF néerlandais, référence européenne des coûts du gaz, s’affichait en hausse de plus de 20 %, après avoir bondi de 22 %, à 38,885 euros. Les cours du gaz n’ont cependant pas encore atteint les niveaux connus lors de la vague de froid cet hiver.
À l’ouverture, les bourses accusent le coup des instabilités géopolitiques. Vers 08h05 GMT, dans les premiers échanges, Paris perdait 1,96 %, Francfort 1,99 %, Milan 2,13 % et Londres 0,55 %.
Les compagnies aériennes sont elles aussi affectées : Air France-KLM descendait de 7,24 % à Paris, Lufthansa de 5,77 % à Francfort et EasyJet de 4,22 % à Londres.
Les seuls à se réjouir de l’instabilité : les majors pétroliers européens, bénéficiant de la hausse des prix du pétrole.
Vers 08h30 GMT, TotalEnergies prenait 3,97 % à la Bourse de Paris. Ailleurs en Europe, Eni avançait de 3,53 % à Milan, Shell de 5,32 % et BP de 4,70 % à Londres. Repsol gagnait 4,29 % à Madrid. Equinor s’envolait de 7,81 % à Oslo.
Sécurité extérieure : une base navale française touchée
Le conflit a touché plusieurs bases militaires, dont un site naval français. Aux Émirats arabes unis, à Abu-Dhabi, un drone iranien s’est abattu sur un hangar de l’armée française, situé dans la zone portuaire de la capitale émiratie. Emmanuel Macron et le ministère des Armées ont confirmé qu’aucune victime n’était à déplorer, les dégâts étant uniquement matériels.
L’autre grande ville émiratie, Dubaï, est touchée par des frappes de drones iraniens. Le trafic est à l’arrêt dans cet aéroport international, touché samedi 28 février.
Si hier, Jean-Noël Barrort a affirmé que la France se tenait prête à défendre "les pays amis qui ont été ciblés délibérément par les missiles et les drones des Gardiens de la Révolution (Iran)", dans une prise de parole ce lundi 2 mars, il appelle à stopper le conflit.
Il a également précisé que cette participation se ferait "conformément aux accords qui la lient à ses partenaires et au principe de légitime défense collective", a-t-il ajouté.
La France n’est pas en conflit ouvert contre l’Iran mais renforce sa posture
En revanche, ni le chef de la diplomatie française, ni le président de la République n’ont annoncé, à ce jour, une guerre directe et ouverte de la France envers l’Iran, ou les États-Unis et Israël.
Dans un post sur X, Emmanuel Macron a appelé à cesser "l’escalade en cours". Il a convoqué depuis samedi deux conseils de défense à l’issue desquels le président s’est exprimé.
"Dans ce contexte-là, notre priorité, je l’évoquais hier, c’est la sécurité de nos ressortissants, évidemment de nos emprises militaires, diplomatiques, des ressortissants qui vivent ou font séjour dans ces pays partenaires. Et je remercie le ministre et les équipes d’avoir avancé sur la base des instructions d’hier, et nous ferons le point détaillé pays par pays de la situation, à la fois pour protéger et pour pouvoir rapatrier dès que les espaces aériens seront ouverts", a expliqué Emmanuel Macron.
Les espaces aériens sont effectivement perturbés. De nombreuses compagnies aériennes, dont Air France, ont annulé leurs vols vers le Moyen-Orient en raison de la situation instable. La compagnie française a annulé, samedi 28 février, ses vols à destination de Tel-Aviv (Israël) et Beyrouth (Liban) et "communiquera ultérieurement" sur son programme de vol des prochains jours.
Le président a également donné un discours sur la dissuasion nucléaire, prévu de longue date par l’Élysée, depuis l’Île Longue. Il a notamment demandé d’augmenter le nombre de têtes nucléaires. Un réhaussement "indispensable", selon les propos du président. Il a également annoncé un nouveau sous-marin, l’Invincible.
La France va travailler avec l’Allemagne et le Royaume-Uni pour concevoir des missiles à très longue portée. "Cela nous donnera de nouvelles options pour gérer conventionnellement l’escalade", a souligné Emmanuel Macron. Évoquant le conflit en Iran, le président a ajouté que l’intensification des conflits "a des implications très directes pour nous. Le risque de franchissement est plus grand. D’abord parce que les conflits impliquant des puissances dotées des États possesseurs ou proliférant s’accroissent".
Un conflit armé qui perturbe même la campagne des municipales
À moins de deux semaines du premier tour, la guerre en Iran a des répercussions jusque dans l’organisation des municipales. À Nice, BFMTV devait accueillir le débat, ce lundi soir, entre les candidats Christian Estrosi (La France audacieuse, droite), le maire sortant, et Éric Ciotti (Union des droites pour la République, extrême droite).
Néanmoins, la chaîne a pris la décision de consacrer la soirée à une édition spéciale sur le conflit opposant l’Iran aux États-Unis et à Israël. Il doit être reprogrammé en fin de semaine ou début de semaine prochaine.
Article de RUIZ-YESTE - mesinfos
: Afrique Monde

