2025-05-29 17:26:03 - Le commerce agroalimentaire entre la France et l’Algérie traverse une nouvelle zone de turbulences. Après des restrictions sur le blé, une décision récente des autorités algériennes affecte directement le secteur bovin français.
Depuis plusieurs semaines, les exportations de jeunes bovins français vers l’Algérie sont totalement suspendues, rapporte le journal français Le Progrès dans son édition de lundi 26 mai 2025. Ces animaux de 8 à 15 mois, appelés broutards, sont traditionnellement exportés pour l’engraissement puis l’abattage. La France, premier fournisseur de broutards vers l’Algérie, voit ainsi l’un de ses principaux débouchés s’évaporer du jour au lendemain.
Ce blocage résulte d’un changement de politique commerciale des autorités algériennes. Mi-avril 2025, la direction générale algérienne des services vétérinaires a cessé de délivrer les certificats sanitaires nécessaires à l’importation des bovins français. Cette interruption, non officiellement annoncée, s’est imposée progressivement comme un fait établi, paralysant les flux commerciaux entre les deux pays.
Les professionnels français, en particulier dans les régions d’élevage comme la Bretagne, la Nouvelle-Aquitaine et l’Auvergne-Rhône-Alpes, déplorent « une décision unilatérale sans concertation préalable ». Jusqu’en mars 2025, environ 90 000 broutards avaient déjà été exportés vers l’Algérie, sur une prévision annuelle de 220 000 têtes.
Tensions commerciales entre l’Algérie et la France
Ce nouvel épisode s’inscrit dans une série de tensions commerciales entre la France et l’Algérie. En septembre 2023, Alger avait déjà instauré une suspension des importations de blé dur français, reprochant des problèmes de qualité et des écarts de prix. La France, qui figurait parmi les principaux fournisseurs de céréales à l’Algérie, avait alors subi un manque à gagner significatif.
La répétition de ces mesures protectionnistes semble traduire une volonté algérienne de renforcer sa souveraineté alimentaire et de soutenir sa production locale. Les éleveurs algériens, parfois confrontés à une concurrence jugée déloyale, réclament depuis plusieurs années une limitation des importations pour encourager l’élevage national.
Une filière bovine fragilisée côté français
La France exporte chaque année environ 1,3 million de broutards, dont près de 20 % étaient destinés au marché algérien. Ce débouché est donc essentiel pour l’équilibre économique de nombreux élevages. Depuis l’arrêt des flux vers l'Algérie, plusieurs lots de bovins ont dû être redirigés vers d’autres marchés comme l’Italie, l’Espagne ou encore la Turquie, mais à des conditions tarifaires moins avantageuses.
Certains éleveurs dénoncent un manque de soutien de l’État face à cette perte brutale de revenu. Les syndicats agricoles, tels que la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs, appellent à une intervention rapide du ministère français de l’Agriculture pour soutenir les professionnels impactés.
Sur le terrain, le stockage prolongé des animaux non exportés pose également des problèmes de coût et de logistique. La pression sur les exploitations s’accroît, dans un contexte déjà marqué par la hausse des prix de l’alimentation animale et de l’énergie.
Face à cette incertitude, les opérateurs français cherchent à diversifier leurs marchés d’exportation. Des contacts sont en cours avec des pays du Moyen-Orient, comme le Liban et les Émirats arabes unis, ainsi qu’avec l’Asie du Sud-Est. Mais ces débouchés nécessitent souvent une adaptation logistique et sanitaire importante, rendant la transition complexe.
Article de Ali Aomar - ObservAlgerie
: Afrique Monde

