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France: Dans le Loiret avant le second tour des législatives : «On a bossé toute notre vie, et il y a des étrangers qui ont plus que nous»

2024-07-06 05:53:37 - Dans le paisible bourg rural de Beaune-la-Rolande, 2000 habitants dans le Loiret, le candidat du Rassemblement national Jean-Lin Lacapelle a raflé 52,6 % des voix au premier tour des élections législatives. Ni son parachutage, ni son activisme pro-russe, ni son passé dans le groupuscule fasciste du GUD n’ont freiné la vague d’extrême droite dans la commune. Où personne pourtant n’ignore que, de 1941 à 1943, des milliers d’enfants juifs furent enfermés ici, en camp de transit, avant d’être envoyés à Auschwitz-Birkenau.

Croisé devant le centre de contrôle technique, un électeur RN du coin, ouvrier du bâtiment qui préfère rester anonyme, ne regarde pas l’histoire. Il vote comme on se débat dans un présent anxiogène. «Le RN est le parti le plus réel, le plus raisonnable par rapport à la vie courante des Français. Chaque fin de mois, on est en galère ! Pas de loisirs, pas de vacances. La paye suffit juste à nourrir les enfants et payer les factures. On espère bien que Bardella va arranger ça, et on y croit !» assume l’homme de 35 ans.

«Bardella, il a de la pitié pour les gens normaux»

Le vote du groupe frontiste à l’Assemblée contre l’augmentation du smic en 2022 ou la récente marche arrière sur le retour à la retraite à 62 ans n’entament pas sa foi en celui qu’il envisage comme un sauveur. «Bardella est obligé de s’avancer sur certaines choses, faut être réaliste, il peut pas tout accomplir non plus. Il est pas tout seul. Mais lui il a vécu la galère, il a de la pitié pour les gens normaux. Il ferait un bon président», juge le père de famille, qui indique être «devenu raciste» et valide la ligne xénophobe du parti. «On accepte des gens d’autres pays alors qu’on n’est pas foutus d’aider le pauvre gars qui a perdu son boulot et sa maison, qui se retrouve sous un pont, pendant qu’aux autres on donne tant par jour, le téléphone portable et tout ? On leur paye à bouffer et eux ils disent nique ta mère la France !»

Sur la place du village, malgré le score massif du candidat d’extrême droite, difficile d’obtenir des Beaunois plus qu’un sourire en coin et un refus poli de parler politique. Le patron de la supérette du village, arrivé du Maroc à l’âge de 8 ans, naturalisé à 13 ans, vit mal la période : «Je n’en peux plus de cette ambiance pourrie. Ici, je travaille, je paye mes impôts. C’est pas parce que je passe un mois au Maroc tous les deux ans que je ne suis pas Français. Mais combien de temps encore on va nous traiter comme des étrangers dans ce pays ?»

A dix minutes de route, à Pithiviers, sous-préfecture tristement célèbre pour son camp de transit sous l’Occupation et dont la gare est devenue un lieu de mémoire et d’éducation sur l’histoire de la Shoah, Christine, proche de la retraite, grille une cigarette avant de prendre son service de caissière au supermarché. «Ça fait plus de dix ans que je vote Front national. Je suis pas raciste, mais nous on a bossé toute notre vie, et il y a des étrangers qui ont plus que nous.» Même si l’électrice RN a des liens familiaux avec l’Ukraine, la russophilie de Jean-Lin Lacapelle ne l’empêchera pas de lui donner encore son vote dimanche : «Les liens avec la Russie, c’est dommage mais c’est secondaire. Le plus important pour moi, c’est la préférence nationale.»

Article de Antoine Pecquet-Liberation

 

: Afrique Monde