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France-Commission d’enquête TNT : l’audition surréaliste de Vincent Bolloré

2024-03-14 01:56:21 - Il est sagement assis comme un écolier. Costume gris foncé impeccable qui se marie avec ses cheveux gris soigneusement peignés, Vincent Bolloré attend le début de son conseil de classe devant les députés français : son audition par la commission d'enquête sur l'attribution des services de télévision numérique terrestre, créée à la demande du groupe La France insoumise.

Les employés de l'Assemblée nationale font entrer la vingtaine de photographes qui attendaient. « Oulala ! », s'étonne l'homme fort du groupe Vivendi en reculant face à la meute.

Après les auditions de Pascal Praud, Sonia Mabrouk ou encore Maxime Saada, patron de Canal+, Vincent Bolloré, actionnaire principal avec sa famille du géant Vivendi, propriétaire du groupe Canal + et notamment des chaînes gratuites C8 et CNews, titulaires de fréquences TNT, sait qu'il sera passé au grill. Mais on sent que cet oral face aux députés insoumis ne lui déplaît pas. « Je lis des trucs dans les journaux ou les petites lettres quand je suis tranquillement en Bretagne ou en Méditerranée.

Au fond, c'est normal, je suis le sale type, le bouc émissaire, le paratonnerre. Là où Attila a passé, l'herbe ne repousse plus », fait-il mine de se plaindre. Officiellement retraité depuis février 2022, l'homme de 71 ans s'amuse. Comme lorsqu'il évoque Alberto, pizzaïolo de sa connaissance qui a investi toutes ses économies en actions Vivendi et qu'il veut satisfaire en faisant monter leur cours de Bourse afin de ne pas plonger « le nez dans la carte des pizzas » quand il va dans son restaurant.

CNews n'est pas une chaîne d'opinion mais d'information

Questionné sur la manière dont il a repris en main Canal+ et le fameux documentaire sur le Crédit Mutuel qu'il aurait fait déprogrammer, il répond : « En 2015, j'ai changé pas mal d'équipes parce qu'ils n'avaient pas envie de changer de train de vie. C'était des gens habitués à vivre dans le luxe. Pour le dessus du panier, c'était la fête au village ! [?] Sur les contenus, c'est la tarte à la crème, on me ressort indéfiniment cette histoire sur le Crédit Mutuel parce que le Crédit Mutuel me finance, d'ailleurs il ne me finance pas plus que les cinq principales banques françaises [?] Je ne suis jamais intervenu dans les contenus dans le groupe Canal et en plus je n'ai pas le temps. »

Le président de la commission d'enquête, le député Renaissance Quentin Bataillon, le relance : « Êtes-vous le grand organisateur d'un grand projet idéologique et politique comme certains se plaisent à dire, écrire ou chuchoter ? » La question fait rire le Breton qui pose ses lunettes et lance : « J'ai des convictions, mais les contenus du groupe Canal n'ont qu'un objectif qui est de servir ses abonnés ou ses téléspectateurs [?]. CNews a du succès car elle dit la vérité et que c'est un espace de liberté. » Il précise plus tard : « CNews n'est pas une chaîne d'opinion mais d'information, le Conseil d'État comme l'Arcom le disent. » Ses convictions, Vincent Bolloré les détaille : « Je suis démocrate-chrétien, confesse-t-il. Je suis pour la démocratie et la vie de la nation et chrétien, ce n'est pas un vilain mot, cela fait référence à la charité et l'espérance, cela coule dans mes veines. »

Le conseil de classe de Bolloré

Pendant deux heures, il donne le change face aux questions souvent en forme d'attaques du rapporteur de la commission, le député insoumis Aurélien Saintoul. Ce dernier cite des propos prêtés dans des journaux à Vincent Bolloré, qui, officiellement, n'est plus que conseiller du président du directoire de Vivendi, Arnaud de Puyfontaine, même si de nombreux proches confient qu'il « décide toujours de tout ». L'homme d'affaires breton défend la stratégie de Canal+ et Vivendi, où il dit n'aller plus « qu'un mardi sur trois » pour des réunions du comité stratégique.

Les dizaines de sanctions contre C8 et en particulier l'émission de Cyril Hanouna  ? « Plus de deux millions, notamment les jeunes, les regardent chaque soir. Il a une liberté, une joie [?]. Les chaînes de Canal sont scrutées à la loupe pour des raisons diverses de concurrence ou par certains qui n'ont pas envie qu'elles demeurent », dit-il. Puis, un brin complotiste, il déclare : « Je pense qu'il y a un dossier préparé depuis un certain temps. » À un moment de son audition qui durera deux heures, il lâche : « C'est comme à l'école. Si la copie n'est pas bonne, après on se retrouve sur le toboggan ».

L'Arcom osera-t-il refuser le renouvellement des licences TNT de C8 et CNews ? L'entrepreneur breton admet que supprimer le clair sur Canal serait vécu comme « une gifle » et que ne pas renouveler la licence de CNews « poserait problème » même si « on s'adaptera. On ne va pas s'arrêter parce que le directeur a dit qu'on n'était pas gentils ». Il recommande néanmoins aux députés de « choyer votre champion national, Canal+, la seule marque de média française réputée à l'international comme Bertelsmann en Allemagne ou Disney aux États-Unis. »

En partant sans dire un mot à la presse, Vincent Bolloré serre les mains des députés. Il sourit. Il a l'impression d'avoir réussi son conseil de classe. Secrètement, il espère bien ne pas redoubler.

Par Olivier Ubertalli / Photo:Jacques Witt/SIPA / SIPA / Jacques Witt/SIPA

 

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