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France - Nantes: Le proxénétisme nigérian face à la justice

2022-08-02 15:33:45 - Jeudi 30 juin, un homme et une femme d’origine nigériane répondaient de proxénétisme aggravé. Une lourde peine a été requise contre l’homme, absent à l’audience. Le jugement est en délibéré.

La « mama » à la barre du tribunal correctionnel de Nantes, ce jeudi 30 juin, a demandé l’aide d’une interprète. Bien qu’en France depuis longtemps, cette femme de 48 ans s’exprime en anglais. Oui, elle reconnaît s’être longtemps prostituée, avoir envoyé de l’argent au Nigeria, fruit, selon elle de son travail de femme de ménage et de son activité de prostitution.

Mais non, elle ne reconnaît pas avoir aidé à entrer en France et à se prostituer la jeune femme qui la met en cause. Absente à l’audience, mais, partie civile, celle-ci est représentée par une avocate. Elle dit être arrivée en 2016 en passant par l’Italie et avoir été accueillie à Nantes par deux « Madam », la prévenue et une autre Nigériane, qu’elle a ensuite mise hors de cause.

« Il s’agit d’un dossier classique de réseau nigérian, pense son avocate. On reproche aux prévenus la traite d’être humains. Mais Cathy (1) a été traitée comme une marchandise dont on assure l’acheminement, sans aucune humanité. On lui fait miroiter un avenir meilleur, on organise son voyage, on lui donne de l’argent, on lui indique sa destination finale. À l’arrivée, on lui donne des vêtements, on lui indique les tarifs, l’endroit où elle va travailler et on la conduit à une plateforme de demandeurs d’asile. Car elle est jeune, jolie, rentable, on s’assure qu’elle va rester. »

Et on lui dit qu’elle doit rembourser une dette de 29 000 €. Elle est frappée si elle ne rapporte pas assez d’argent. En octobre 2019, Cathy sort de cet enfer grâce à l’association Paloma, qui la soutient et la protège dans sa dénonciation de ce réseau de proxénétisme nantais.

Le tribunal de Nantes rendra son jugement le 1er septembre.

La « mama » qui l’a accueillie était alors hébergée par l’homme mis également en cause, dont elle a été un temps la compagne et qui avait un autre logement. Elle collectait pour lui la part de loyer que devait chacune des prostituées hébergées. L’une de celle-ci, citée en tant que victime, ne se considère pas comme telle et c’est presque avec colère qu’elle assure n’avoir jamais donné d’argent aux prévenus.

La défense de la femme, contre qui deux ans avec sursis sont requis, plaide la relaxe, considérant que tout repose sur les déclarations de la jeune femme partie civile. Selon le procureur, le rôle central dans ce dossier revient à l’homme ; « qui fait en sorte de ne pas comparaître ». Trois ans de prison ferme avec mandat d’arrêt sont requis à son encontre. Le jugement est en délibéré, il sera rendu le 1er septembre.

(1) Le prénom a été modifié.

Photo:archives Franck Dubray / Ouest-France

 

: Afrique Monde