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Françafrique-Sauce mbongo tchobi des bassa'a du Cameroun façon Jupiter Macron, sans poissons, mais à la queue de bœuf sans cuisson : Macron et l'Afrique, le grand malentendu ( vidéo en chanson )

2021-10-12 10:19:31 - Que resta-t-il du 28e Sommet Afrique-France de Montpellier? Pas grand chose, si ce n'est un décalage croissant entre une relation formelle incantatoire et la réalité de la politique africaine de Paris. 

Emmanuel Macron a fait de la jeunesse le leitmotiv de sa politique africaine. Cette frange bouillonnante et majoritaire de la population de ce continent, qui avoisinera 2 milliards d’habitants en 2050, fut le thème central de son premier discours en terre africaine, à Ouagadougou en novembre 2017. Elle fut de nouveau la thèse dominante du 28e sommet Afrique-France organisé à Montpellier, le 8 octobre dernier, face à 3.000 participants issus des diasporas et de la société civile.
 
"Cette rencontre a innové par son approche sans la présence d’institutionnels, explique-t-on à l’Elysée. Le chef de l’Etat a souhaité s’adresser directement à ces jeunes sans fard et écouter leurs doléances."  Exit la traditionnelle photo de famille avec la cohorte ronflante des chefs d’Etat africains, hôtes de marque de ce rendez-vous créé en 1973 sous l’impulsion de Léopold Sédar Senghor et de Georges Pompidou.
 
Opposants ignorés
 
Une rencontre apolitique pour une nouvelle impulsion de la relation bilatérale? Rien n’est moins sûr. Quatre ans séparent les deux interventions, dont les formats quasi identiques permettent de situer la non-évolution, voire l’échec de la politique française au sud du Sahara. "Macron nous a habitués à la communication politique, explique le gabonais Marc Ona, coordinateur de l’ONG Tournons la page. Il débute et ponctue son mandat par le même exercice de style." Et de préciser: "Aucun Africain engagé, comme ceux du Balai citoyen au Burkina Faso ou du mouvement Y’en a marre au Sénégal, n’a été associé à cet événement, qui a surtout mis en lumière les représentants d’une société civile cosmétique." Le fait d’avoir pensé ce sommet autour des diasporas, des sportifs, des artistes ou des entrepreneurs en ignorant superbement les opposants est déjà, en soi, une façon de ménager les chefs d’Etats africains, qui avaient tous été invités à Paris en mai dernier pour participer à une conférence sur le financement du développement.
 
"Faire converger des milliers de jeunes en France pour parler de l’avenir du continent africain a quelque chose de profondément anachronique et de dépassé. Si Macron voulait un réel changement, il aurait convoqué ce sommet en terre africaine, là où nous nous battons chaque jour pour bâtir des Etats de droit", explique l’opposant tchadien Succès Masra, fondateur du parti Les Réformateurs, qui déplore des dizaines de blessés parmi ses partisans après la répression d’une manifestation le 2 octobre à N’Djamena. Répression passée sous silence à Paris.
 
Maigre récolte
 
De fait, le président français s’est réfugié dans un énième exercice de contrition, dont il raffole depuis le début de son quinquennat, surfant sur la sempiternelle nécessité de "rebâtir la relation franco-africaine" sans convaincre, malgré les échanges animés avec les participants dénonçant "le paternalisme", "le militarisme" ou "l’arrogance" de l’ex-puissance coloniale. En quoi a résidé la nouveauté de Montpellier? Dans la création d’un Fonds d’innovation pour la démocratie, abondé de 30 millions d’euros, afin d’appuyer la bonne gouvernance. "Cette décision ne changera rien, explique le journaliste Francis Kpatindé, enseignant à Sciences-Po Paris. Outre la faiblesse de la somme, on sait que la démocratie et l’appui à la bonne gouvernance sont les secteurs les plus soutenus par les aides bi et multinationales pour des résultats très mitigés." Cette mesure est l’une des treize propositions du philosophe et essayiste camerounais Achille Mbembe, contempteur de la relation franco-africaine, qui avait été chargé de préparer l’événement. Une nouvelle mission lui a d’ailleurs été confiée au terme du sommet: préparer la création d’une Maison des mondes africains et des diasporas. L’Agence française de développement, elle, doit changer de nom, l’actuel étant dévalorisant aux yeux de nombreux Africains. Une bien piètre moisson.
 
Déshérence économique
 
Pour le reste, la France en déshérence économique en Afrique après avoir été reléguée au second rang des exportateurs européens derrière l’Allemagne, et arc-boutée sur sa zone d’influence méticuleusement rognée par ses concurrents comme la Chine, la Turquie, l’Inde ou la Russie, n’entend pas abandonner ce qui fonde son "pacte colonial" en vigueur depuis les indépendances. Pas question, par exemple, comme le demandent nombre d’Africains, de réviser son maillage militaire, unique en son genre, à travers l’existence de bases prépositionnées, ou de revoir la multitude d’accords de coopération avec des pays réputés pour leur autoritarisme. Sur le plan monétaire, elle ne compte pas davantage délaisser définitivement son attachement au franc CFA, malgré la réformette entérinée fin 2019.
 
Ressentiment anti-français
 
En outre, Emmanuel Macron continue d’assumer la reconnaissance de régimes notoirement antirépublicains (Rwanda, Togo, Djibouti, Gabon, Congo Brazzaville, Tchad…) dont Paris ne peut se passer pour défendre ses intérêts. Ainsi, le troisième mandat anticonstitutionnel d’Alassane Ouattara, en Côte d’Ivoire, en octobre 2020 se justifie, à ses yeux, par des "circonstances exceptionnelles" après le décès soudain de son dauphin, le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly. Au Tchad, le coup d’Etat du fils d’Idriss Déby Itno, en avril dernier, s’expliquerait par la vacance du pouvoir après la démission du président de l’Assemblée nationale, Haroun Kabadi, lequel devait organiser de nouvelles élections. C’est là que le bât blesse. Alors qu’il prétend écrire un nouveau "narratif"  en se tournant vers les ONG ou les acteurs "diasporiques", le président français ne peut évidemment pas, à l’instar de tous ses prédécesseurs, escamoter les relations inter-Etats.
 
Impératif géostratégique
 
Cet impératif géostratégique l’oblige à composer avec des pouvoirs pour lesquels les notions de liberté voisinent avec le néant. Or cette distorsion entre la forme et le fond n’a cessé d’alimenter le ressentiment anti-français ces dernières années. "En matière de droits de l’homme, la France traite l’Afrique comme quantité négligeable, juge Marc Ona, de Tournons la page. Elle doit changer son logiciel en cessant de laisser faire ou de favoriser tous ces régimes, au moment où elle dénonce les régimes russes, biélorusses ou vénézuélien. Nous voulons une politique claire." Face à l’impossibilité durant ce mandat de faire bouger les grandes lignes, que reste-t-il? Le symbolique. Emmanuel Macron en a fait son mantra. Ce dernier passe par le travail mémoriel, la prochaine panthéonisation de Joséphine Baker, la timide déclassification de certaines archives, des changements de noms d’institutions ou la restitution d’une trentaine d’œuvres d’art lorsque la Belgique s’est déjà engagée à en rendre 40.000 à la République démocratique du Congo. Pas de quoi modifier les perceptions globalement négatives des jeunes Africains.
 
Par Frédéric Lejeal, pour Challenges 
 
 
Titre : AM

: Afrique Monde