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France - Présidentielle: Marine Le Pen soigne son image face à la menace Zemmour

2021-09-12 17:23:36 - Bousculée par l'émergence du polémiste Eric Zemmour dans les sondages, la candidate du RN Marine Le Pen cherche avant tout à améliorer sa crédibilité auprès des Français. 

Depuis des semaines, Marine Le Pen peaufine sa rentrée. Tout a été minutieusement programmé. Avec la date du 12 septembre marquée d'une pierre blanche. Le matin, à Fréjus lors d'un grand raout militant, elle transmettra symboliquement les rênes du Rassemblement national à son numéro deux, Jordan Bardella, pour un intérim de sept mois. Manière de se présenter comme une candidate au-dessus des partis. Et d'espérer se défaire de l'étiquette RN, qui reste un repoussoir pour beaucoup de Français. Le soir, au journal de 20 heures de TF1, elle lancera officiellement sa campagne avec des premières propositions sur le thème de la liberté.
 
Seulement voilà, Eric Zemmour est venu bousculer ce calendrier bien réglé (lire page 36) . Dès la fin août, le polémiste réactionnaire a asséné que "tout le monde a compris au RN que Marine Le Pen ne gagnerait jamais". Le 3 septembre, il provoquait la candidate en duel pour un "débat public". Une proposition que la patronne du RN a immédiatement déclinée, ouvrant plutôt la porte à un "dîner privé" que l'entourage de Zemmour a aussitôt qualifié de "magouilles d'arrière-cuisine"… Ambiance. "La vérité, c'est qu'Eric Zemmour, on s'en fout. Il ne nous gêne pas, évacue Philippe Olivier, conseiller de Marine Le Pen. Au contraire, il recentre notre candidate et, s'il se présente, pourrait nous constituer un réservoir de voix pour le second tour."
 
Base électorale solide
 
De fait, si le trublion de CNews, qui n'est pas officiellement candidat, grimpe dans les sondages et chasse sur les terres de l'extrême droite, il ne joue pas dans la même catégorie que la candidate RN. Car, loin de se limiter à la droite de la droite, la solide base électorale de Marine Le Pen s'ancre d'abord chez les ouvriers et les employés, où elle recueille près de 45% des intentions de vote. "Et les femmes ne se détournent plus d'elle comme elles se détournaient de son père , relève Nonna Mayer, chercheuse au CNRS. Ce qui contribue grandement à la progression des scores du RN."
 
En réalité, plus qu'Eric Zemmour, c'est son manque de crédibilité qui constitue le pire ennemi de Marine Le Pen. Et l'empêche d'approcher la barre fatidique des 50% au second tour. D'après notre sondage, seuls 34% des Français jugent qu'elle a la stature d'une cheffe d'Etat, loin derrière les 48 % récoltés par Emmanuel Macron et proche des principaux candidats de droite, pourtant bien plus bas qu'elle dans les sondages de premier tour.
 
Pas plus que son père, Marine Le Pen n'est parvenue à convaincre les Français les plus diplômés, les plus de 65 ans ou les cadres et professions intellectuelles. "Soit elle apprend à 'parler' à l'électorat bourgeois conservateur âgé ayant voté Fillon en 2017, analyse l'historien Nicolas Lebourg, soit elle est condamnée à être une sorte de bulle spéculative avec de superbes scores de premier tour."
 
 
22 grandes mesures en 2022
 
Le défi est de taille. Après avoir prôné la sortie de l'euro et déclaré que "70% de son programme ne pourrait être mis en œuvre" sans le Frexit il y a cinq ans, la patronne du RN va devoir expliquer comment son projet est miraculeusement devenu euro-compatible. "Elle va égrener ses propositions au fil des mois pour les tester auprès des Français, précise l'eurodéputé RN Jean-Lin Lacapelle. Le projet définitif comportera 22 grandes mesures et sera dévoilé en 2022."
 
Au printemps, Marine Le Pen avait annoncé dans Challenges qu'elle rétablirait l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF) et conditionnerait sa promesse d'un retour à la retraite à 60 ans à des économies budgétaires durant les deux premières années de son quinquennat. "Quoi qu'elle dise, le protectionnisme économique qu'elle défend depuis des années est incompatible avec les traités européens", tacle son ancien lieutenant, Florian Philippot. A l'extrême droite, la bataille ne fait que commencer.
 
Laurent Fargues - Photo Fournis par Challenges et A. Robert/Sipa

: Afrique Monde