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Afrique du Sud : L’armée sud-africaine dans la rue pour rétablir l’ordre

2021-07-14 15:52:21 - Avant d’intervenir au Mozambique, la SANDF déployée pour épauler la police est totalement dépassée par l’ampleur des pillages et des émeutes. 

Depuis le week-end dernier, l’Afrique du Sud connaît une vague de violences sans précédent depuis l’incarcération de l’ancien président Jacob Zuma Mais cette incarcération n’a été que l’étincelle, la société sud-africaine étant en ébullition depuis plus d’un an. La faute à la crise économique chronique qui a été exacerbée par la pandémie et les confinements successifs.
 
Alors que l’hiver austral commence (il faisait -2° ce matin à Johannesburg), la situation de nombreux Sud-Africains est de plus en plus précaire. À leurs difficultés pour se nourrir et se soigner, s’ajoutent des coupures d’électricité qui perturbent les activités des entreprises et pénalisent de nombreux habitants, tant noirs que blancs.
 
L’est et le centre en feu
 
Ces mouvements d’humeur, d’abord localisés à la province du Kwazulu-Natal (est) où habite Zuma, ont ensuite touché celle du Gauteng (centre) et en particulier la région de Johannesburg où elles ont gagné en intensité. Désormais, les autorités font face à un mouvement d’une extrême violence qui se caractérise par d’immenses pillages. C’est un chaos de criminels et d’individus opportunistes à la manœuvre, selon la formule d’un porte-parole de la police, qui ciblent centres commerciaux et magasins.
 
Le bilan serait déjà de 80 morts.
 
Mardi, la région du Cap semblait épargnée mais des heurts étaient signalés dans les ghettos noirs et métis des Cape Flats ; des centres commerciaux de la péninsule du Cap ont prématurément fermé.
 
Des heurts étaient aussi signalés dans les provinces du Northern Cape (nord-ouest) et du Mpumalanga. Des pillages y ont eu lieu mardi.
 
Les forces de l’ordre en infériorité numérique
 
La police, dépassée, est appuyée par des employés des nombreuses sociétés de sécurité protégeant les centres commerciaux qui ont encore échappé au pillage et aux incendies (photo ci-dessous). Ce matin, sur 702, une station radio de Johannesburg, de nombreux Sud-Africains rendaient hommage aux sociétés de sécurité qui assurent la protection de sites menacés par les pillages, effectuent des transports sécurisés de personnels et de marchandises et remplissent les missions qui incombent à la police (SAPS) mais qu’elle s’avère incapable d’assurer.
 
Lundi soir, le président sud-africain Cyril Ramaphosa a souligné le caractère inédit de ces violences, estimant que si les frustrations et la colère exprimées ont des racines politiques, aucune cause ne peut les justifier.
 
Il a promis de restaurer le calme et la stabilité et annoncé le déploiement de 2 500 militaires.
 
 
Les troupes ont commencé à se déployer mardi, en particulier à Soweto, le grand township de l’ouest de Johannesburg où plusieurs centres commerciaux ont été pris d’assaut par la foule et totalement pillés.
 
Dans le Kwazulu-Natal, province où les émeutes ont commencé, les blindés RG-31 du 121 SA Infantry Battalion ont été déployés à Pongola. Des réservistes des iNgobamakhosi Carbineers ont été rappelés et patrouillent dans la région de Pietermaritzburg.
 
Pour la SANDF (l’armée sud-africaine), c’est une nouvelle et lourde mission qui s’ajoute à celles qu’elle a déjà du mal à remplir tant ses moyens sont comptés et dégradés. Elle est en effet déployée en République démocratique du Congo dans le cadre de la mission onusienne MONUSCO. Elle patrouille le long des frontières à l’est et au nord du pays pour prévenir les entrées de migrants ; elle soutient la lutte contre les braconniers dans les parcs nationaux et prend part régulièrement à des opérations de lutte contre la criminalité.
 
Cette mobilisation sur le territoire sud-africain ne pourra qu’avoir un effet négatif sur le futur déploiement de forces sud-africaines au Mozambique dans le cadre de la SADC, la Communauté de développement des pays d’Afrique australe.
 
Ce déploiement antiterroriste dans le nord de l’ex-colonie portugaise, dont le principe a été accepté en juin, a été pris de vitesse par celui des forces rwandaises et par l’annonce européenne du lancement de sa mission EUTM Mozambique.
 
Ouest-France - Par Philippe CHAPLEAU

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