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Haïti : le Premier ministre déclare l’état de siège après l’assassinat du président Jovenel Moïse

2021-07-07 21:57:28 - Le président haïtien Jovenel Moïse a été assassiné par un commando, ce mercredi, selon un communiqué du Premier ministre. Les faits se seraient déroulés durant la nuit, aux alentours d’une heure du matin (heure locale), dans sa résidence privée, rapporte France 24. Ce mercredi après-midi, le Premier ministre a décidé de déclarer l’état de siège , ce qui octroie davantage de pouvoirs à l’exécutif.

Le groupe d’individus armés, pour l’heure qualifiés comme étant des « mercenaires », selon les mots de l’ambassadeur d’Haïti aux Etats-Unis, était composé « d’étrangers qui parlaient l’anglais et l’espagnol », a précisé le chef du gouvernement sortant, Claude Joseph. La Première dame a également été blessée par balle a été prise en charge à l’hôpital et doit être évacuée vers Miami. Venu du monde des affaires, Jovenel Moïse était âgé de 53 ans.

Le Premier ministre a appelé la population « au calme », assurant que le pays était « sous le contrôle de la Police Nationale d’Haïti et des Forces Armées d’Haïti ». Les réactions se multiplient depuis cette annonce. La Maison Blanche a qualifié de « terrible » et de « tragique » l’assassinat, Washington se déclarant prêt à apporter de l’aide, « sous n’importe quelle forme », au pays en crise, « s’il y a une enquête ». Le porte-parolat de la Maison Blanche a également appelé le pays à maintenir les élections prévues cette année.

Réunion d’urgence à l’ONU

De son côté, le Premier ministre Boris Johnson s’est dit « choqué » par un « acte odieux ». Le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell a utilisé les mêmes mots, se disant préoccupé par le risque d’une « spirale de violence » dans le pays. Dans un communiqué de presse, le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian « condamne fermement ce lâche assassinat ». Il ajoute que « toute la lumière devra être faite sur ce crime qui intervient dans un climat politique et sécuritaire très dégradé » et « invite l’ensemble des acteurs de la vie politique haïtienne au calme et à la retenue ». Une réunion d’urgence se tient ce mercredi soir au Conseil de sécurité de l’ONU sur le sujet.

Ce lundi, le président Jovenel Moïse avait nommé un nouveau Premier ministre - le septième depuis le début de son mandat - qui n’a même pas eu le temps de prendre ses fonctions, en remplacement de Claude Joseph, qui n’aura tenu que trois mois à ce poste.

Haïti, pays des Caraïbes et nation la plus pauvre du continent américain, est gangrené par l’insécurité et notamment les enlèvements contre rançon menés par des gangs jouissant d’une quasi-impunité. Depuis juin, des affrontements entre bandes armées dans l’ouest de la capitale, Port-au-Prince, ont poussé des milliers d’habitants des quartiers pauvres à fuir leur logement. Fin juin, quinze personnes, dont un journaliste et une militante politique d’opposition, sont décédées dans une fusillade qui a eu lieu dans la capitale.

Le président, accusé d’inaction face à la crise, était confronté à une vive défiance d’une bonne partie de la population civile. En février dernier, les autorités ont même assuré avoir déjoué une tentative de coup d’Etat. « Je remercie le responsable de ma sécurité au palais. Le rêve de ces gens était d’attenter à ma vie. Grâce au bon Dieu, nous n’avons pas vu ça. Ce plan a été avorté », avait à l’époque déclaré Jovenel Moise.

Depuis janvier 2020, le président gouvernait par décret, sans Parlement. Il avait mis en chantier une réforme institutionnelle. Un référendum constitutionnel initialement prévu en avril, reporté une première fois au 27 juin puis à nouveau en raison de l’épidémie de Covid-19, devait se tenir le 26 septembre. La réforme avait pour but de renforcer les prérogatives de l’exécutif.

Ce contexte faisait redouter un basculement vers l’anarchie généralisée. Le Conseil de sécurité de l’ONU, les Etats-Unis et l’Europe ont d’ailleurs réclamé une nouvelle fois, début juillet, la « tenue urgente d’élections présidentielle et législatives libres en 2021 ». Car si Jovenel Moïse assurait que son mandat courait jusqu’au 7 février 2022, une partie de la population estimait qu’il arrivait à terme un an avant. Il avait bien été élu pour la première fois en 2015, mais le vote avait été annulé et réitéré en novembre 2016. Jovenel Moïse n’avait donc été investi qu’en février 2017.

Le Parisien avec AFP

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