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Spoutnik V : Sous Trump, des responsables américains ont fait pression pour que le Brésil refuse le vaccin russe

2021-04-22 21:43:37 - Enfoui au plus profond des 72 pages du rapport annuel du département américain du HHS on trouve l’aveu surprenant : des responsables américains de la santé de l’administration Trump ont œuvré afin de convaincre le Brésil de refuser le vaccin russe contre le coronavirus, Spoutnik V.

Le document sorti en janvier n’a d’abord attiré que peu d’attention. Mais lundi tout a changé quand le compte Twitter officiel du vaccin Spoutnik V a posté une capture d’écran de la demande auparavant négligée, citant un rapport de Brazil Wire [média indépendant brésilien, NdT] et qui critiquait les États-Unis pour avoir effectivement bloqué les tentatives russes de diplomatie vaccinale.

« Nous pensons que les pays devraient travailler ensemble afin de sauver des vies » précise le tweet. « Les actions discréditant les vaccins sont contraires à l’éthique et coûtent des vies ».

Le département américain de la santé a publiquement confirmé avoir incité le Brésil à refuser Spoutnik V.

Nous pensons que les pays devraient travailler ensemble afin de sauver des vies. Les actions discréditant les vaccins sont contraires à l’éthique et coûtent des vies.

Le Brésil, qui a le deuxième plus grand nombre de décès dus au coronavirus dans le monde, s’est efforcé d’obtenir des réserves suffisantes de vaccins. Mais le responsable attaché à la santé du bureau des affaires mondiale au HHS a contraint l’année dernière le pays à refuser les offres d’aide des russes, selon le rapport.

Dans une partie intitulée « Combattre les influences néfastes dans les Amériques » le rapport du HHS indique que des pays, dont la Russie « œuvrent à accroître leur influence dans la région au détriment de la sécurité et de la sûreté des États-Unis ». Le bureau des affaires mondiales collabore avec d’autres agences américaines « afin de dissuader les pays de la région d’accepter l’aide de ces états mal intentionnés » selon le rapport.

Lundi soir [Le 15 Mars 2021, NdT] une déclaration de l’ambassade américaine au Brésil indiquait que ses diplomates « n’ont jamais tenté de dissuader le Brésil d’accepter les vaccins contre la COVID-19 qui avaient été autorisés par leurs organismes de réglementation respectifs ». Mais cette réponse n’équivaut pas à un démenti formel puisque les régulateurs brésiliens doivent encore homologuer le vaccin Spoutnik V.

Un porte-parole du HHS a indiqué au Washington Post que le département n’était « pas en position de faire de déclaration sur les vaccins qui n’avaient pas été homologués par la Food and Drug Administration [administration américaine des denrées alimentaires et des médicaments, NdT] sur le territoire des États-Unis » ou de « dissuader le Brésil ou toute autre nation d’accepter des vaccins qui avaient été autorisés par leurs organismes de réglementation respectifs ».

Dans une déclaration, le ministre brésilien des affaires étrangères a affirmé que « l’ambassade du Brésil à Washington n’a reçu aucun conseil ni aucune pression des autorités ou de sociétés des Etats-Unis concernant l’éventuel achat brésilien des vaccins russes contre la COVID-19 ».

Selon cette même déclaration les négociations sur l’achat des vaccins « n’ont été guidées que par des principes tels que le sentiment d’urgence et le choix souverain des fournisseurs ».

Un porte-parole du Kremlin a refusé mardi de commenter le rapport du HHS, selon l’agence Reuters, mais a déclaré que Spoutnik V n’avait jamais eu l’opportunité de réussir car beaucoup de pays sont fortement incités à ne pas l’acheter.

« Dans de nombreux pays le niveau de pression est sans précédent » selon les mots du porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.

Le scepticisme initial envers le vaccin russe est ancré dans bien plus que de la politique : il a été mis sur le marché avant que les essais cliniques ne soient complets. Mais il est maintenant homologué dans plus d’une douzaine de pays. Une récente étude examinée par des chercheurs et publiée par le respecté journal médical britannique le Lancet a démontré que son efficacité était équivalente à celle des vaccins Pfizer-BioNTech et Moderna.

Et les pays les plus riches accaparant les vaccins « occidentaux », un nombre croissant de pays se sont tournés vers la Russie, offrant ainsi au Kremlin une amélioration de son image dans le monde entier.

Même le Brésil a pris le train en marche, malgré les pressions apparentes et le fait que ses organismes de réglementation n’ont toujours pas donné leur accord. La semaine dernière le gouvernement a annoncé avoir conclu un accord pour l’achat de 10 millions de doses du vaccin Spoutnik V.

Le gouvernement fédéral a annoncé son achat du vaccin Spoutnik V un jour après que les gouverneurs des États aient signé un accord avec la Russie afin de livrer près de quatre fois plus de doses au Brésil.

Le président brésilien Jair Bolsonaro et son gouvernement ont dû faire face à un barrage de critiques concernant les négociations trop lentes dans l’achat de vaccins aux sociétés étrangères. Au cours de la dernière année Jair Bolsonaro a, de façon répétée, démenti la menace de la COVID-19, la maladie causée par le coronavirus. Il a également été testé positif à deux reprises au coronavirus en Juillet.

Pendant ce temps le virus continue à se répandre rapidement dans le pays, mettant à rude épreuve un système de santé déjà surchargé. Seuls 2,3 % de la population a reçu les deux doses de l’AstraZeneca ou du Sinovac [vaccin chinois, NdT]

Antonia Noori Farzan est rédactrice du bureau étranger du Washington Post

Source : Washington Post, Antonia Noori Farzan, Heloísa Traiano, 16-03-2021

Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

 

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