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Cuba : Plus qu'une seule monnaie à Cuba - tout bénéfice pour les étrangers, des pertes pour les Cubains

2021-02-10 16:18:59 - Si vous avez eu la chance d’aller visiter Cuba, vous avez eu des pesos convertibles (CUC) en poche et vous vous êtes dit que vous payiez beaucoup plus cher que les Cubains qui eux, font leurs achats avec des pesos cubains (CUP). Depuis ce 1er janvier, ce système de double monnaie prend fin. D’ici six mois, plus aucun CUC ne circulera sur l’île. Il ne reste plus que le peso cubain et… le dollar américain.

Car depuis un an, les dollars américains s’échangent sur l’île. Il remplace donc en quelque sorte le peso convertible. D’autant plus que sa valeur – artificielle – est la même : 24 pesos cubains.

La différence est énorme pour les habitants. D’autant plus que certains produits ne sont plus accessibles avec des pesos cubains. Il faut des dollars américains. Lily, cubaine, nous explique : "D’abord, des magasins se sont créés où on ne peut payer qu’en dollars." Et ce sont des magasins qui vendent des produits de première nécessité comme de la nourriture.

Il n’y a que les personnes qui ont des dollars qui peuvent y accéder

"Avec l’arrivée de cette monnaie, (NDLR : le dollar américain) les magasins qui vendent des produits avec de la monnaie cubaine ferment et ils les transforment en magasins où l’on paye en dollars. Et donc, il n’y a que les personnes qui ont des dollars qui peuvent y accéder."

Expatriée au Chili, cette Cubaine envoie de l’argent à sa famille restée sur l’île. Mais avec cette réforme, elle se sent sous pression car elle nous explique que ce n’est plus suffisant. "Maintenant, c’est trop peu car le modèle a été pensé pour faire monter le change monétaire. D’une certaine manière, cela a été pensé pour aller chercher de l’argent à l’étranger."

C’est en effet le pari que font les autorités cubaines : attirer les investisseurs étrangers et les touristes sur l’île et donc, faire venir des devises. "La dévaluation de la monnaie n’intervient pas maintenant par hasard, analyse Xavier Dupret, économiste à la fondation Jacquemotte. Le régime annonce effectivement la fin du CUC depuis 2013. "Si elle intervient maintenant, c’est parce que depuis mars 2020, il n’y a plus assez de devises rentrées à Cuba. On tente donc de se relancer par une méga dévaluation. C’est assez classique."

Le prix du pain multiplié par 20

Si cette dévaluation est bénéfique pour les touristes et les investisseurs étrangers, elle l’est beaucoup moins pour les habitants de l’île. Les prix flambent. Le prix du pain par exemple a été multiplié par 20, comme nous l’explique Lily. "Avant c’étaient quelques centimes pour un pain, maintenant c’est un peso. Le prix de l’électricité a été multiplié par 5. Le prix du panier est vraiment devenu trop élevé et l’argent que j’envoie à ma famille ne suffit plus."

Les prix des services essentiels comme l’eau, le gaz, l’électricité et les transports ont effectivement augmenté. Les impôts aussi. Le carnet d’approvisionnement cubain qui permet d’avoir tous les mois un panier de nourriture à bas prix disparaît.

Une perte du pouvoir d’achat qui se traduit par une hausse générale et durable des prix : c’est ce qu’on appelle l’inflation. Pour y faire face, le régime cubain accompagne ce changement monétaire d’une réforme des salaires. Ils sont multipliés par 5. Le salaire minimum passe ainsi à 2100 pesos cubains (65 euros). Les plus hauts salaires, ceux des gouverneurs, passent à 9510 pesos cubains soit 294 euros. 32 barèmes ont ainsi été décidés par le pouvoir du président Miguel Diaz-Canel.

Selon l’économiste cubain Pedro Monreal, près de la moitié des trois millions de Cubains travaillant pour l’Etat auront des revenus bien inférieurs au salaire moyen estimé à 3838 pesos (119 euros).

Quant au secteur privé déjà fragilisé par les sanctions américaines du président Trump et par la crise sanitaire, il est aujourd’hui menacé. Le PIB s’est effondré de 11% cette année.

Une réalité soulignée par Lily qui, si elle est critique sur le comment de cette réforme, est plutôt d’accord sur le pourquoi. "L’unification monétaire est une chose qui devait se produire à Cuba. L’île en a besoin mais elle devrait être accompagnée de réformes plus importantes que la simple dollarisation de l’économie. Elle doit s’accompagner de réformes qui permettent au pays de s’ouvrir au marché libre."

Le gouvernement cubain n’a plus de réserves à cause d’une saison touristique nulle à Cuba

"Dans un premier temps, l’augmentation des salaires ne va en effet pas compenser l’inflation, confirme Xavier Dupret. Mais pour le moment, je pense que le gouvernement cubain n’a plus les moyens de refléter complètement cette hausse des prix dans les salaires, les prestations sociales et spécialement les retraites. Tout simplement car il n’a plus les réserves à cause d’une saison touristique nulle à Cuba."

Le pari est donc celui de faire venir des étrangers pour renflouer les caisses. Si ce n’est que, pour le moment, la crise sanitaire qui cloue tous les touristes au sol. Le pari est donc risqué et mise sur la fin de la pandémie de Covid 19 et la reprise des vols vers La Havane.

Marie-Laure Mathot - www.rtbf.be

 
 

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