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Démission en Côte d’Ivoire : La candidature à la présidentielle 2020 que cache la rupture entre Ouattara et Kablan Duncan (!?)

2020-07-17 16:10:16 - Après six mois de tractations, d’hésitations et de rumeurs sur fond de fuites plus ou moins organisées sur le sujet,  le vice-président ivoirien, Daniel Kablan Duncan, a définitivement rendu son tablier, ainsi que l’attestent des communiqués rendus publics lundi à Abidjan.

L’un, lu par le secrétaire général de la présidence Patrick Achi, affirme que c’est le 27 février que le Vice-président a remis au chef de l’Etat « sa démission (…) pour des raisons de convenance personnelle (…) », et qu’à la suite de nombreux « entretiens dont le dernier a eu lieu le 7 juillet, le président Alassane Ouattara a pris acte »  et accepté le 8 juillet, la démission de celui dont il avait fait son vice-président il a trois ans et demi.

Selon monsieur Achi, Ouattara a rendu “hommage à un grand serviteur de l’Etat, un homme de pouvoir et d’engagement”.  

Son de cloche quasi identique chez le vice-président démissionnaire de 77 ans qui a diffusé un autre communiqué lundi  après-midi, dans lequel il fait savoir que son intention de démissionner remonte au mois de février, non sans exprimer sa « profonde gratitude » à l’endroit du président qui lui a donné l’opportunité de « travailler pour servir notre beau pays ».

Fin du dernier acte du feuilleton au long cours d’une démission qui a perdu de sa saveur à force d’avoir été laissée à mariner, la reddition du tablier de Kablan Duncan, rendu publique une fois de plus en différé ce 13 juillet, alors que cet acte politique majeur avait pourtant été finalement entériné cinq jours plus tôt, ressemble cependant à s’y méprendre au début de l’entrée dans la zone des turbulences d’une crise successorale tranchant radicalement avec la transmission du pouvoir presque de gré à gré, que le président Ouattara croyait avoir rondement menée, quand il a décidé, en bon marionnettiste, de se choisir pour successeur le “placide” Amadou Gon Coulibaly.

Ne venait-il pas de neutraliser l’”impudent”  Guillaume Kigbafori Soro ? N’avait-il pas “apaisé” le “turbulent” et non moins ambitieux Hamed Bakayoko, en lui faisant comprendre que tout vient à point à qui sait attendre ? N’était-il pas convaincu qu’en les casant çà et là, il avait fait passer l’envie d’être président de la République aux transfuges du clan Bedié qui l’avaient adoubé comme la figure totémique du houphouétisme ? Le cas justement de Daniel Kablan Duncan, unique Premier ministre de Bédié pendant les six ans de pouvoir de celui-ci (1993-1999) était à ce propos des plus exemplaires du succès avec lequel Ouattara avait apprivoisé les têtes fortes du camp de son ancien  rival des années Houphouët, devenu « cher aîné » le temps d’une Gbagbophobie bien sentie, et redevenu “ennemi juré” depuis belle lurette.

Selon des personnalités bien en cour au palais des bords de la Lagune Ebrié, le Bédiéiste défroqué qu’était devenu Kablan Duncan au plus fort de la crise entre les deux éléphants Konan Bédie et Dramane Ouattara n’a pas trouvé élégant que dès la fin de l’année dernière il se fut susurré avec insistance dans le sérail ivoirien, que c’est le président qui désignerait et imposerait à tous son successeur en la personne du “jeune” Gon Coulibaly, son successeur à la Primature, sans tenir compte du sacrifice fait par ceux qui avaient fugué de la maison PDCI, les exposant de cette façon aux moqueries du « fossile de Daoukro », surnommé « le sphinx »  finalement conforté, après la désertion des hommes de peu de foi, dans son titre de gardien du temple du houphouétisme originel.  

Et s’il avait mis son ressentiment en veilleuse pour ne pas se dédire après son  « Je suis RHDP des pieds à la tête », le décès mercredi du Premier ministre et dauphin désigné de Ouattara, qui a fait envisager un peu plus sérieusement une éventuelle candidature à la présidentielle d’octobre du président Ouattara par des caciques du Ouattarisme, qui suspectent Hamed Bakayoko d’être en embuscade pour le dauphinat, ainsi que le rôle qu’aurait joué HamBak après le décès d’AGK, ont fini de convaincre ADO que DKD était un caillou dans sa chaussure,et DKD, qu’ADO n’était pas finalement un homme aussi fiable qu’il le pensait.

Il n’aurait pas boudé le cadeau, lui, l’homme expérimenté, ministre sous Houphouët, Premier ministre sous Konan Bedié, ministre, Premier ministre et Vice-président sous Ouattara. Ses soutiens y croyaient même après la sortie de scène de Amadou Gon Coulibaly : l’heure de celui qui était «RHDP des pieds à la tête » avait sonné.

Par Ndam Njoya Nzoméné

 
 

: Afrique Monde