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Air France-KLM : près de 2 milliards de pertes et un lourd plan social en vue

2020-05-08 15:25:41 - La compagnie accuse des pertes records pour le premier trimestre du fait de la crise sanitaire. Bien que l'Etat français lui ait accordé 7 milliards d'euros de prêt, elle se prépare à supprimer des milliers de postes. Des discussions ont déjà commencé en ce sens.

L’ambiance était lourde mercredi matin lors du conseil d’administration d’Air France-KLM qui s'est tenu en visioconférence autour de la présidente du groupe Anne-Marie Couderc et du directeur générale exécutif Benjamin Smith. Et pour cause : les pertes annoncées par la compagnie aérienne franco-néerlandaise ont atteint un niveau record de 1,8 milliard d’euros au premier trimestre. Seul le mois de mars a été particulièrement affecté par les effets du Covid-19. Autant dire que les résultats financiers sur l'ensemble du premier semestre risquent d'être encore plus catastrophiques.
 
Air France-KLM paie non seulement la chute vertigineuse de ses recettes, puisque la plupart de ses avions sont cloués au sol, mais aussi le faible prix du pétrole. La compagnie aérienne, comme la plupart des transporteurs pratique en effet un système dit «de couverture». Ce qui signifie qu’elle achète, à l’avance, le kérosène dont elle a besoin et à un prix défini. En ce moment, non seulement le prix défini - environ 60 dollars le baril - est largement au-dessus du marché, mais en outre, tout ce carburant ne génère pas de recettes puisqu’il n’est pas consommé. Une sorte de double peine qui pèse pour près de 500 millions d'euros dans les mauvais résultats de l’entreprise.
 
Moins d'Airbus
 
En outre, le trafic ne devrait repartir que très progressivement. Les lignes sur lesquelles Air France-KLM est vraiment rentable sont le continent américain, l’Asie et l’Afrique. Or toutes ces destinations génèrent pour le moment une activité quasiment nulle puisque l’espace Shengen est fermé. Pour faire des économies, le transporteur va donc devoir couper sérieusement dans ses coûts et ses investissements. Ces derniers passeront de 3,6 milliards d’euros à 2,4. D’ores et déjà trois Airbus long courrier ne feront pas leur entrée dans la flotte cette année.
 
C’est cependant sur l’emploi que les mesures les plus violentes sont attendues. Le directeur général d’Air France-KLM a annoncé des discussions avec les organisations syndicales, en vue de suppressions de postes. Et lorsque cette perspective a été annoncée hier, lors du conseil d’administration, les deux représentants de l’Etat actionnaire n’ont pas fait le moindre commentaire selon les informations de Libération. Qui ne dit mot consent. Ceux qui pensaient, dans l’entreprise, que les deux prêts, d’un montant de 7 milliards d’euros, avaient été accordés par l’Etat (actionnaire à hauteur de 15 %) en contrepartie d’une clause de protection sociale, en seront pour leurs frais.
 
6 000 à 10 000 postes menacés
 
Si aucun chiffre n’est encore annoncé, le directeur général de la compagnie, Benjamin Smith, envisage de supprimer des emplois dans les services administratifs et les escales d’Air France en région. Ce qui lui sera facilité avec la suppression des vols dès lors qu’une liaison en train, de moins de 2 h 30, peut se substituer à l’avion comme l’a demandé le gouvernement. La filiale de transport régional Hop devrait voir sa flotte et son réseau réduits de près de la moitié. Au total, de 6 000 à 10 000 postes sont menacés sur un effectif de 80 000 salariés, selon un dirigeant de la compagnie qui a préféré conserver l’anonymat. Pour le moment la méthode évoquée est celle d’un plan de départs volontaires. Mais personne au sein de la compagnie n'imagine qu’un tel nombre de salariés puisse avoir de son propre chef envie de quitter l’entreprise. Dans ces conditions, le recours à des licenciements secs se profile. Un plan d’économies devrait être annoncé en juillet.
 
Les salariés réagiront-ils comme ils l’ont souvent fait en déclenchant une grève ? Cette fois-ci rien n’est moins sûr. D’abord parce que le faible nombre de vols effectués en ce moment réduirait l’impact d’un tel mouvement. Ensuite et surtout parce que les pilotes ne semblent pas prêts à cesser le travail. «Benjamin Smith n’a cessé de nous dire, en français, comme en anglais que nous étions les leaders de l’entreprise. Les pilotes sont séduits par son discours d’autant qu’il connaît bien mieux le transport aérien que ses prédécesseurs à la tête de la compagnie», résume un commandant de bord au long passé syndical.
 
La direction d’Air France devrait en outre justifier ces mesures au regard de ce que préparent ses deux principales concurrentes en Europe. British Airways a annoncé la suppression de 12 000 emplois et Ryanair s’apprête elle à réduire ses effectifs de 3 000 postes.
 

: Afrique Monde