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EXCLUSIF : LAURENT GBAGBO RACONTE COMMENT IL A ÉTÉ LIVRÉ PAR GUILLAUME SORO ET SES REBELLES

2020-05-05 18:14:59 - Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes . “ Jacques – Bénigne Bossuet .

Laurent Gbagbo à propos de Guillaume Soro : Soro Guillaume, c’est mon fils Michel qui me l’a emmené un jour à la maison à déjeuner . C’est aux armes que Guillaume Soro doit sa place . Il devra s’inquiéter si un jour il ne les a plus avec plus .
 
Message visiblement reçu 5/5 , par Alassane Ouattara qui de façon méthodique, a systèmatiquement démantelé les unes après les autres , toutes les caches d’armes de l’ancien chef – rebelle , dont l’arsenal a été réduit comme peau de chagrin et les réseaux en Côte d’Ivoire pulvérisés .
 
Tous les Africains , du moins ceux de la tendance panafricaine ou souverainiste, qu’ils aiment ou qu’ils détestent Laurent Gbagbo pour ses orientations politiques de gauche , ont été heurtés en plein dans leurs égos et susceptibilités, par la façon dont la France de Sarkozy à livré l’ancien couple presidential à ses adversaires , devenus ennemis .
 
Sous le choc des images , leur rappelant de souvenirs douloureux et absolument insupportables , certes lointaines mais ô combien soudainement proches , d’un Patrice Emery Lumumba , tout ancien premier ministre qu’il fut , ligoté comme un vulgaire malfrat de droit commun , par ses geôliers le contraignant devant les caméras , à mâcher un papier contenant le discours rédigé par lui devant le roi belge , le jour de l’accession du Congo à l’indépendance.
 
La scène de cette humiliation, aux allures de profanation , du fait du symbole que revêtait la personnalité de la victime , sous le regard indifférent et complice de Mobutu , l’homme qui lui devait pourtant son ascension . Il n’était presque rien , avant sa rencontre avec Lumumba , et grâce à ce dernier il devint presque tout .
 
Sous le choc , disais – je , d’images d’une humiliation planétaire en modo- vision , savamment filmées , orchestrées par les éléments de l’armée française “ qui ont fait le travail “ , beaucoup d’africains se rendirent soudainement à l’évidence , que les innombrables complots que cet homme dont chacun en son intérieur , savait ou percevait à travers la sobriété de son style de vie , la qualité rare au sein du syndicat des chefs d’Etat du pré- carré, faite de courage de ses opinions , de désintéressement matériel , et de dévouement au bien public , dénonçait depuis son élection le 22 octobre 2000, n’étaient donc que réalité !
 
À qui , en dehors des chiens et chats , pouvait – on sérieusement faire avaler que l’option militaire pour déloger le président , d’un État supposé souverain , dont la légitimité venait d’être reconnue et reconduite par la plus haute instance juridique du pays , était préférable au re- comptage de voix voulu et proposé de bonne foi par ce dernier ? La cause était donc depuis entendue .
 
Pour beaucoup , et même au-delà de la seule la Côte d’Ivoire , c’est véritablement ce jour que Laurent Gbagbo est devenu le président de son pays , et légitime pour assumer l’héritage des pères fondateurs du concept des États -Unis d’Afrique .
 
Sous le choc , le peuple de Gbagbo éprouvait un sentiment mêlé d’espoir , mais aussi de grandeur . La grandeur d’un de ses valeureux et dignes fils , sacrifié sur l’autel des intérêts impérialistes et capitalistes, par les suppôts du néocolonialisme, pour de sordides intérêts égoïstes . La grandeur d’un de leurs fils , qui avait face aux renégats ( ayant trouvé leur salut dans la trahison du peuple les ayant engendré ) , qui avait choisi son destin , le désespoir de celui souffre d’injustice à n’en pouvoir se plaindre , et à n’en pouvoir en crier .
 
Impuissant et frustré , le peuple de Gbagbo , en héritier légitime de celui de Patrice Emery Lumumba , de Kwame Nkrumah ou de Sankara , pleurait de son vivant , un homme intègre et bon , pétri de tendresse , de fidélité et de loyauté , préparé dès les premiers instants de son opposition frontale au pouvoir personnel du président Félix Houphouët Boigny , à subir le contingent d’épreuves et humiliations que réserve le combat politique pour ce à quoi l’on croit le plus , quand on se sent investi d’une mission pour la défense du plus grand nombre de ses semblables.
 
Mais quand ce combat , noble par essence en raison de sa vocation , change tout à coup de nature sans crier gare , dérive et que l’adversaire triche , ne joue pas à la régulière, manque d’élégance et de chevalerie en visant au cœur , l’homme le plus stoïque se trouve soudain démuni et vulnérable .
 
Pour emprunter une réthorique chère à François Mitterrand , et mon propos ici est volontairement destiné à tous ceux qui sentant le sol se dérober sous les pieds , car la roue du destin tourne , font aujourd’hui actes de contritions publiques , en se répandant en salamalecs pour faire amende honorable :
 
“ Toutes les explications du monde ne justifieront pas que l’on ait pu livrer aux chiens l’honneur d’un homme et finalement sa vie au prix d’un double manquement de ses accusateurs aux lois fondamentales … celles qui protègent la dignité et la liberté de chacun d’entre nous . “
 
Parole à Laurent Gbagbo: Vers le dimanche 10 avril 2001, les officiers m’ont dit : “ Président, on ne peut plus tenir . Nos équipements sont détruits , nos hommes sont morts . “ Je leur ai dit :” Mettez tous vos vies à l’abri . “ Le patron militaire du Plateau , ainsi que celui qui commandait à la résidence sont allés voir l’ONUCI, pour leur remettre leur mission : la protection des civils et des bâtiments. J’ai compris que c’était fini . “
 
C’est à cette période , donnant une interview à BBC Afrique , Guillaume Soro déclarait : “ Gbagbo is finished! “ .
 
Parole à nouveau à Laurent Gbagbo: “ Le 11 avril au matin , arrive un coup de fil de Port- Bouët , où se trouvent un aéroport et un camp militaire français , pour nous dire que cinquante blindés français sont sortis et font route dans notre direction . Ils sont arrivés peu après , ont pris position autour de la résidence . Les hélicoptères français ont mis le feu à l’intérieur de la résidence en tirant des munitions incendiaires, des murs sont tombés , la bibliothèque a été entièrement détruite . Ma collection de livres classiques est partie en cendres . C’est devenu tout de suite intenable pour les familles et les civils qui étaient regroupés là . Il n’y avait plus aucun militaire . Nous sommes tous descendus en sous- sol dans des abris plus sûrs , même si il y avait partout une fumée qui rendait l’air irrespirable . “
 
Ce que ignore alors Laurent Gbagbo , et les siens dont du ministre de la santé Sangaré , une veille dame âgé de 90 ans , des enfants de 4 , et 7 ans , y compris des nourrissons , c’est qu’à cet instant précis des militaires français , s’activent à perforer de trous , le tunnel obstruant le passage souterrain menant à la résidence de l’ambassadeur de France , pour y introduire des fumigènes et des gaz , dans un but manifeste de causer la mort …
 
Laurent Gbagbo: “ Des militaires français sont venus devant le portail , un de leurs chars l’a défoncé à coups de canon . Il y a eu des coups de feu , des rafales, et dans la fumée , j’ai entendu: “ On veut Gbagbo! On veut Gbagbo ! J’émets suis levé : “ C’est moi Gbagbo . “ Ils m’ont saisi . J’ai reconnu Wattao. Il a dit : “ Il ne faut pas le toucher .” Il y avait aussi Ouattara Morou, Cherif Ousmane , beaucoup de chefs rebelles . Ma chemise étant déchirée, j’ai demandé qu’on m’en donne une autre , c’est Wattao qui me l’a apportée . Pendant que je changeais de chemise , j’ai été filmé . Depuis le début , tout était filmé par les soldats de l’armée française, tout jusqu’à la fin… C’est Ouattara Morou qui m’a mis le gilet pare- balles , le casque . Je savais à partir de ce moment que tout pouvait m’arriver, à moi , à tous les miens … Ouattara Morou m’a poussé dans un véhicule qui a roulé à tombeau ouvert, et on est allés jusqu’à l’hôtel du Golf. Là , on m’a fait attendre dans une pièce , j’ai vu d’autres prisonniers couchés à même le sol , puis on m’a mené au quatrième étage , dans une chambre , je crois la 468 .
 
Les barons du nouveau régime sont venus me voir : Soro , avec une petite casquette , Hamed Bakayoko. Pour faire quoi ! Pour savourer leur victoire. Ils sont restés une quinzaine de minutes , pas plus . J’ai vu arriver Simone et mon fils Michel , en sang . J’avais vu proches se faire tabasser , comme j’ai vu Tagro être assassiné. J’ai vu la ministre de la Santé , mon ami Sangaré … On les a mis dans une autre pièce .
 
Alphonse Djédjé a Mady , le secrétaire général du PDCI [ le parti de Konan Bédié ] m’a réconforté. J’ai vu mon ancien ministre des infrastructures économiques, Patrick Achi , passé dans l’autre camp …
 
J’ai dormi . Pas d’examen médical, pas d’interrogatoire. Le 12, Guillaume Soro est revenu me voir . Il m’a dit que j’allais être transféré à Korogho le jour même . J’ai refusé.
 
“ – Si tu n’acceptes pas , ils vont le faire avec brutalité .
 
– Korogho pour quoi faire ? ai-je dit .
 
– C’est dans une maison qui m’appartient , a t-il répondu . Tu y seras bien .
 
– J’ai une maison à Gagnoa , lui ai-je répondu , et il y a aussi San Pedro . “
 
Il n’a voulu rien voulu rien entendre . Chérif Ousmane est venu , et m’a emmené brutalement. Au passage , ils ont pris mon médecin , Christophe Blé, pour l’emmener avec moi . Sur le chemin du Golf , il s’en est fallu d’un rien qu’un rebelle l’égorge . “
 
Il faut peut – être se souvenir , que des mois plus tard , lorsque des partisans du président Gbagbo injustement détenus et condamnés , dénonçaient la “ justice des vainqueurs “ , Guillaume Soro rétorquait : “ A – t-on déjà vu appliquer la justice des vaincus ? “
 
François Mitterrand , avait coutume de dire : “ Ne laissez jamais le droit de l’arbitraire s’abattre sur un innocent , quelque soit sa localisation sur une carte de géographie. Car , un jour il s’abattrait inéluctablement sur vous ! “
 
Quand j’ai entendu Guillaume Soro et les siens , se plaindre du procédé utilisé par Alassane Ouattara contre eux , je n’ai pas pu m’empêcher de repenser à cette citation de Bossuet :
 
“ Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes.”

Jean-Pierre Du Pont

: Afrique Monde