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Cameroun : Un rebelle coronaviral à la tête de l’Assemblée Nationale ?

2020-03-18 23:33:33 - Heureux qui comme Cavaye Yeguié  Djibril s’est arraché d’un lit d’hôpital en France pour venir se faire offrir avec un incroyable succès la présidence de l’Assemblée Nationale du Cameroun. Fonction éminente s’il en est tant il est vrai que l’homme est à la tête de l’institution qui, aux termes de la loi fondamentale du Cameroun, peut décider du sort du président de la République, en plus de décider –comme elle le fait d’ordinaire- de la vie des citoyens et de la nation. 

Arrivé au Cameroun lundi, après que des supputations eurent, des semaines durant, pronostiqué son éjection du perchoir de la chambre basse du parlement  qu’il occupe depuis 28 années déjà,  le président (perpétuel) de l’Assemblée Nationale du Cameroun, s’est vu reconduire à son trône, faisant ainsi un monumental pied de nez à la jeunesse aux aguets, désireuse de prendre la relève.

Les mauvaises langues sont formelles sur le sujet, le très Honorable Cavaye Yeguié, député depuis bientôt une cinquantaine d’années, aurait décrété personnellement sa guérison précoce, et ce contre l’avis des spécialistes et du personnel soignant de l’hôpital français où il avait été recueilli il y a un peu plus d’un mois, après un grave malaise auquel ne pouvaient faire face les antichambres de la mort aux plateaux techniques ridicules  que les indigents du Cameroun  appellent “hôpitaux”.   

La raison, courir dare-dare au pays, quitte à perdre la vie dans les airs, pour rattraper un siège du perchoir de l’Assemblée Nationale qui lui filait entre les mains, et pour lequel  des camarades du parti pour qui le malheur des uns fait le bonheur des autres, nourrissaient déjà des appétits gargantuesques.

C’est donc dire combien Cavaye était disposé au sacrifice suprême pour que se réalise l’idéal patriotique de préservation de son strapontin. Et c’est dire aussi combien il est compréhensible qu’arrivé au Cameroun sur les rotules, juste au moment où le ministre de la Santé, Malachie Manaouda, prenait une mesure d’urgence  de salubrité et de santé publiques consistant à astreindre au confinement… (« volontaire ») toute personne arrivée récemment de l’étranger, l’homme officiellement âgé de 80 ans qui se sacrifie sans cesse depuis 47 ans pour bouffer ses colossales, lourdes et impitoyables   indemnités  parlementaires et de sujétion, n’a rien trouvé de mieux comme réponse au membre du gouvernement  qu’un acte de défi…ance ! En se précipitant patriotiquement à l’Assemblée nationale où semble-t-il, les Théophile Baoro (*) et autres Zondol Herssese (**) lorgnaient son poste ou étaient possiblement en voie de le lui souffler.

L’Honorable patriote qui s’est rebellé contre la mesure du ministre de la Santé, et face à qui le terroriste Calibri Calibro et tous les “hostiles à la patrie” (Kamto, Ndoki, Dzongang, Djamen, Penda Ekoka…) apparaissent désormais comme de pieux chérubins, s’est donc lancé, peu lui important alors ce qu’il pouvait advenir des vies des centaines des personnes venues vivre en direct la remise des attributs à la première cuvée (***) des députés issus du scrutin législatif largement boycotté du 9 février dernier. Des centaines personnes parmi lesquels tous les députés nouvellement élus ou réélus, les suppléants venus assister les titulaires, les amis et les parents…

Bien sûr, il est écrit « demandez, on vous donnera ; frappez, on vous ouvrira. ». Les députés à l’Assemblée Nationale l’ont si bien compris, ce message de rébellion  de l’ancien- futur et finalement actuel président de l’Assemblée National qu’ils ont évalué le risque quasi “boko-haramique” qu’il y avait à ne pas reconduire Cavaye Yeguié au perchoir.

Du coup, c’est reparti !   Cavaye est re-président !

(*) Originaire  de l’Admaoua, une des trois régions du septentrion avec qui selon une loi politicienne non écrite voudrait que le président de l’Assemblée Nationale du Cameroun depuis 1992 soit un ressortissant de l’une des régions septentrionales, du pays, Théophile baoro, un des vice-présidents de l’institution lors de la dernière législature était annoncé au perchoir en cas d’incapacité de Cavaye Yeguié d’assumer de nouveau cette responsabilité avec laquelle il fait presque corps depuis 1992.

(**) Président de la Commission des lois constitutionnelles, des droits de l’homme et des libertés, de la justice, de la législation et du règlement, de l’administration, le nom de  Zondol Hersesse a été également cité par une certaine opinion, et de manière récurrente, comme celui de l’un des potentiels successeurs de Cavaye à la tête de l’Assemblée.

(***) L’annulation partielle par le Conseil Constitutionnel des législatives dans les régions anglophones en guerre du Nord-ouest et du Sud-ouest a entrainé le recommencement prévu pour le 22 mars prochain des élections législatives dans certaines circonscriptions.  13 sièges de députés sont en jeu, pour compléter à 180 le nombre de députés à l’Assemblée Nationale, seuls l’élection des 167 premiers ayant été validé à la suite du scrutin de février 2020.

Par Ndam Njoya Nzoméné

 

: Afrique Monde