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LA JUSTICE FRANÇAISE CONDAMNE LOURDEMENT LE VICE-PRÉSIDENT DE LA GUINÉE ÉQUATORIALE

2020-02-11 00:03:18 - La justice française condamne en appel ce lundi 10 février Teodorin Obiang, vice-président de Guinée équatoriale, à trois ans de prison avec sursis et 30 millions d’euros d’amende pour s’être frauduleusement bâti un patrimoine considérable en France. La cour d’appel de Paris aggrave ainsi la condamnation prononcée en première instance.

Le jugement en première instance, du 27 octobre 2017, avait condamné le Vice-président Teodorin à trois ans de prison avec sursis, 30000 euros d’amende et la confiscation des biens. La Cour internationale de justice a toutefois jugé que l’immeuble de l’avenue Foch, estimé 150 millions d’euros, possédait l’immunité diplomatique.
 
En appel, le procureur a requis des peines beaucoup plus sévères. Le gouvernement français ne sait que faire pour éviter une détérioration des relations avec cet Etat, membre de la zone Franc d’Afrique centrale, où la francophonie est en progression et qui fait les fins de mois de plusieurs régimes de l’ancien pré carré. Les intérêts français y sont également très présents dans les domaines pétrolier et gazier.
 
Les 27 et 28 juillet 2019,  le Secrétaire d’État Jean-Baptiste Lemoyne avait fait le déplacement en Guinée équatoriale, plusieurs mois avant de se rendre au Gabon. Certes, l’inauguration d’une base navale était à son programme, mais ce sont probablement les entretiens politiques qui avaient motivé ce voyage ministériel.
L’ambassadeur de la Guinée Équatoriale à Paris s’est rendu récemment à l’Élysée pour évoquer  » l’affaire Teodorin » et le risque de fâcheuses conséquences dans la coopération bilatérale.
 
Quels seront les répercussions diplomatiques et économiques d’une condamnation plus sévère de Teodorin ? La diplomatie peut-elle surmonter ces difficultés qui touchent la souveraineté des deux pays ? Rien n’est moins sûr.
 
Le très catholique doyen des chefs Etat africains, qui fit exécuter son oncle dictateur en 1979, ne recule pas devant les atteintes aux droits de l’homme. Le quart du million des Equatoguineens vivent en exil, plusieurs centaines d’opposants politiques sont des disparus, les élections ne sont que des formalités périodiques et nombre de chefs d’État africains font le pèlerinage de Malabo pour recueillir conseils et soutiens. On y a vu avant leur disgrâce Lula da Silva, Eduardo dos Santos, Mohamed ould Abdel Aziz, Boni Yayi. Le Gambien Yaya Jammeh y vit désormais en exil.
 
Les grandes puissances ne veulent évidemment pas s’impliquer dans ces considérations concernant des situations humanaire et démocratique. Il y a tellement d’autres pays similaires…et cet Eldorado est si pardonnable…
Le président Obiang a le soutien indéfectible de l’Espagne et le pardon du Vatican.
 
Le président Obiang s’était rendu au Forum de la paix de Paris, les 12 et 13 novembre 2019. Evidemment, l’affaire des « biens mal acquis » était à l’ordre du jour des entretiens présidentiels. Quelques jours plus tard, toujours à Paris au siége de l’UNESCO, Agapito Mba Mokuy, ancien ministre des Affaires étrangères du président Obiang, était élu, par acclamations, président du conseil exécutif de l’UNESCO. Ce triomphe vient après l’élection au Conseil de sécurité de l’ONU, comme membre non-permanent.
 
Pure coïncidence ou pas, également le 10 février 2020, le prix annuel UNESCO-Obiang pour la recherche dans les sciences de la vie, richement doté, sera remis lors du Sommet ordinaire des chefs d’État de l’Union africaine, à Addis Abeba. Le jugement de Paris y sera probablement commenté.
 
Fin janvier 2020, le Vice-président Teodorin avait entrepris une très importante visite officielle en Russie. Porteur d’un message personnel du président Obiang, le prévenu de la Cour d’appel de Paris a fait part aux autorités russes des belles perspectives de coopération bilatérale dans les domaines des hydrocarbures, des gisements gaziers et de l’exploitation des métaux rares. En sa qualité de ministre de la Défense, Teodorin serait également intéressé par des instructeurs russes et la fourniture de matériels. La condamnation du vice-président de la Guinée équatoriale tombe bien pour la Russie.
 
Par CF

: Afrique Monde