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Palestine : Le profond silence arabe face au « deal du siècle »

2020-01-30 03:39:13 - Donald Trump dévoilait mardi son plan pour résoudre le conflit israélo-palestinien. Mais en face, dans les pays arabes, cette annonce n’a été que peu commentée. En fin de journée, Mahmoud Abbas annonçait toutefois la tenue de réunions extraordinaires des partis palestiniens et de la Ligue arabe.

Un silence arabe assourdissant continuait de régner à l’annonce à Washington du « deal du siècle » pour un règlement du conflit du Proche-Orient. Un silence de mort de « la cause arabe centrale », telle qu’est désignée la question palestinienne depuis des décennies dans les discours officiels arabes. Un silence même pas remarqué par la majorité des médias arabes, qui réservaient mardi leurs grands titres au coronavirus. Un des rares quotidiens à évoquer « le silence des régimes arabes », Al-Quds al-Araby, financé par le Qatar, l’a fait paradoxalement en s’appuyant sur « l’étonnement d’un analyste israélien ».
 
Dans un éditorial du quotidien Israel Hayom, le commentateur politique Oded Granot considère que « l’événement le plus remarquable au Moyen Orient à propos du plan du président américain est le calme arabe qui l’entoure ». Le « deal du siècle », qui « fait tomber la revendication arabe traditionnelle d’un Etat palestinien avec Jérusalem pour capitale, aurait dû provoquer condamnations et protestations en jetant les manifestants dans les rues des pays arabes », poursuit l’analyste israélien.

Des conflits récents devenus prioritaires
 
Le changement des priorités arabes, avec la multiplication des crises et des conflits de la Syrie à la Libye, en passant par l’Irak ou le Soudan, explique dans une large mesure la relégation de la question palestinienne dans l’agenda arabe. Pour les pays du Golfe en particulier, l’Iran a clairement remplacé Israël comme l’ennemi principal dans la région. Une réalité qui a présidé à une alliance resserrée entre les pétromonarchies, Arabie Saoudite en tête, et l’administration Trump.
 
Principal acteur du rapprochement, Jared Kushner, gendre et premier conseiller du président américain, est à la fois l’un des meilleurs amis de Benyamin Nétanyahou et de certains responsables arabes du Golfe. Le « deal du siècle », dont il est l’artisan, s’appuie sur une nouvelle collaboration possible entre Israël et les riches pays pétroliers qui devraient financer sa mise en œuvre éventuelle. Les commentateurs arabes qui ont souvent dénoncé le projet ces dernières années, fondé sur une nouvelle alliance indirecte entre Israël et les pays arabes, sont restés sans voix aujourd’hui sur le silence complice des pays du Golfe. La présence des ambassadeurs d’Oman, de Bahreïn et des Emirats arabes unis à la Maison Blanche pendant la présentation du plan a été chaleureusement saluée par Donald Trump comme par Benyamin Nétanyahou.
 
Sursaut tardif de Mahmoud Abbas
 
La passivité des Palestiniens dans leur désespoir face à la catastrophe annoncée contribue à alourdir le silence arabe. Ayant rompu tout dialogue avec l’administration américaine depuis décembre 2017, après la décision de Trump de transférer l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem, reconnaissant ainsi la ville sainte comme capitale d’Israël, ils ont logiquement signifié à l’avance leur rejet du plan.
 
Dans un sursaut tardif, mardi, le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a lancé des initiatives tous azimuts. D’abord en invitant à une réunion exceptionnelle à Ramallah l’ensemble des représentants des partis palestiniens, y compris le Hamas et le Jihad islamique, mouvements avec lesquels il est en rupture. Il a appelé dans le même temps à une réunion extraordinaire des ministres de la Ligue arabe, samedi, pour examiner les conséquences et voir comment faire face au « plan Trump ». Il s’agit de « mettre les pays arabes face à leurs responsabilités », selon un porte-parole du comité exécutif de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). Le représentant de la Palestine auprès de la Ligue arabe a indiqué que la situation urgente exigeait « une position arabe commune » pour faire face à tous les plans « ignorant la cause nationale palestinienne en supprimant la solution des deux Etats, en violation de tous les principes, les résolutions de la légalité internationale ». Il y a de fortes chances en effet qu’une telle déclaration soit adoptée, ou plutôt réaffirmée par l’organisation panarabe. Mais toujours en silence.
 
 

: Afrique Monde