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CAMEROUN: JEAN SIMON ONGOLA OMGBA. L’ARTICLE 246 N’A QUE TROP TARDÉ

2019-12-19 22:46:11 - Député sortant de la circonscription électorale du Mfoundi, il défend la disposition qui confère le poste de maire de la ville aux seuls ressortissants de la région de rattachement de la communauté urbaine.

Quel commentaire vous suggère le projet de loi portant code général des collectivités territoriales décentralisées, en examen au Parlement depuis lundi ?

Ce projet de loi qui tombe à point nommé permet de confondre tous ceux qui ont galvaudé l’esprit du grand dialogue national. En réalité, ce texte est la résultante de ces pourparlers ; il vient remettre les pendules à l’heure. Le fait d’avoir mis sur la table ce projet de loi avant les élections du 09 février 2020 est aussi un indicateur de ce que le Président Paul Biya et son gouvernement sont à l’écoute des attentes et aspirations des populations. Les revendications qui sont ainsi satisfaites sont celles qui ont été récurrentes aussi bien pendant le Gdn que pendant les assises générales de la commune.

Je voudrais à même temps vous dire que le Code général de la décentralisation est un vaste et passionnant chantier. Nous devons très rapidement sortir des idées reçues, car même avec un code ambitieux, les transformations ne se feront pas spontanément. Je voudrais vous prendre un exemple : en France, le président Mitterrand a été élu le 10 mai 1981 ; la loi portant sur la décentralisation a été votée en juillet 1983. J’ai encore entendu le président Macron parler, le 19 novembre 2019, des défis de la décentralisation. Le portail des camerounais de Belgique(@camer.be). Donc, c’est un processus qui peut être long. Ce code sera éprouvé dans son opérationnalisation. Quand j’étais maire, j’ai été l’un des précurseurs de la participation citoyenne à la gestion locale. A l’époque, j’avais mis en place les conseils de quartiers qui ont été farouchement combattus. Je pense donc que ce texte est révolutionnaire parce qu’il accorde une grande place à la participation citoyenne. Charge reviendra aux élus de l’implémenter. Je peux vous garantir que sans une pédagogie et une communication appropriées, les difficultés seront nombreuses et pas faciles à surmonter. Car, la tragédie que nous vivons au niveau du Nord-Ouest et du Sud-Ouest a révélé que ce ne sont pas les populations qui sont réfractaires au changement ; c’est certains représentants de l’Etat qui sont incapables d’expliquer et conduire les innovations. Répondre à la fois au rôle d’élus politiques et au pouvoir effectif des citoyens est un gage de succès.

En tant que député de la nation, vous êtes donc pour que ce texte soit adopté tel que produit par le gouvernement…

Mon voeu le plus ardent c’est que ce texte soit adopté tel quel. Toute adjonction réduirait sa force symbolique auprès d’une opinion fatiguée par trois années de violence et de barbarie. Même si notre majorité au Parlement ne nous permet pas de douter, les députés et les sénateurs sont comme des bombardiers de Napoléon. C’est une loi qui engage l’avenir des prochaines générations et qui nous interdit d’aller vers une complaisance coupable.


Il y a une disposition de ce texte, l’article 246 (1) notamment, qui divise profondément. Beaucoup ne comprennent pas que le poste de maire de la ville soit désormais réservé aux seuls ressortissants de la région de rattachement de la communauté urbaine. Un tel plafond de verre mérite-t-il d’être érigé dans un contexte où les autorités publiques disent promouvoir l’intégration nationale ?

L’opinion est effectivement sur cette disposition. Il y en a qui estiment qu’elle est discriminatoire, qu’elle est une mesure d’exclusion de certains membres du corps social. Il y en a aussi qui estiment, et je suis de ceux-là, que cette disposition a tardé à venir. Regardez le nombre de manifeste, notamment le dernier à date, celui des chefs traditionnels Sawa ; ils revendiquent simplement la prise en compte de leur spécificité en tant que minorité. On est dans un débat qui doit être ouvert. On ne peut pas prendre en compte des anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest et penser que mettre un autochtone à la tête d’un exécutif communal est scandaleux. La prise d’une telle loi remet juste les pendules à l’heure.

Elle vient formaliser une pratique en vigueur dans plusieurs régions du Cameroun. Pourquoi lorsqu’il s’agit de Yaoundé, l’on doit passer à une situation à deux vitesses ? Le débat de l’autochtonie est ouvert, je pense qu’il mérite d’être pris à sa juste valeur. Que le maire de la ville soit autochtone, cela n’enlève rien au vivre-ensemble ; cela n’empêche en rien l’ambition que nous avons de construire un pays ensemble. Au contraire, je pense que cette disposition concrétise ce qui existait déjà depuis. Je vais peut-être un peu brutal, il y a des régions entières où vous ne pouvez avoir aucun chef d’un exécutif originaire d’une autre région. On a juste légalisé une pratique qui est courante.

Le contenu du statut spécial accordé par ce texte au Nord-Ouest et au Sud-Ouest est-il de nature à apaiser ces deux régions ?

Ce statut a de réelles avancées et je pense que c’est une mesure qui devrait pouvoir apaiser les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Lors du grand dialogue national, les participants aussi bien de la majorité que de l’opposition et même des fédéralistes, sont tous tombés d’accord sur un certain nombre de recommandations ! Au-delà du contenu, je pense qu’on devrait saluer la capacité d’écoute du gouvernement. Je voudrais dire à propos de ce statut, que la solution institutionnelle ainsi proposée ne pourra fonctionner que si l’Etat joue le jeu. Il doit laisser l’exécutif régional exercer les compétences qui sont les siennes sans les entraver. Dans le même temps, les élus des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest ne devraient pas faire de ce statut spécial un poste avancé de la sécession ou du fédéralisme.

15% du budget de l’Etat affectés aux collectivités territoriales décentralisées. Est-ce suffisant pour l’accélération du processus de décentralisation à partir de 2020 ?

Nous savons tous que le plus grand chantier du Cameroun est celui de la décentralisation financière. La plupart des collectivités territoriales décentralisées restent limitées dans leur capacité à obtenir des financements de manière autonome. La question qu’on peut se poser et de manière tout à fait légitime, c’est sur quels critères la dotation générale de la décentralisation est arrêtée à 15% du budget de l’Etat, alors que la majorité des élus attendaient un peu plus.

Mais lors des assises générales de la commune, les élus n’avaient demandé que 10% !

La vérité c’est que ces attentes avaient été sous-évaluées et ne reposaient sur aucune base d’analyse fiable. Je pense que c’est une mesure qu’il conviendrait de réexaminer.

 

Mutations: Jean De Dieu Bidias

 
 

: Afrique Monde