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AHMADOU AHIDJO EXPLIQUE LES DESSOUS DE SA DÉMISSION AU PROFIT DE PAUL BIYA LE 4 NOVEMBRE 1982

2019-11-04 17:19:24 - Coup de tonnerre : le Président du Cameroun Ahmadou AHIDJO annonce sa démission le 4 novembre 1982, à 20 heures 20 et désigne Paul Biya comme son successeur. On en a fait toujours  des tonnes jusqu’à ce jour pour dire que c’est la France qui lui aurait imposé de démissionner, et qu’il aurait voulu revenir au pouvoir en organisant un coup d’État . Comment le premier président du Cameroun  en est-il arrivé  à cette démission et à la désignation de Paul Biya? Rappel de l’histoire.

En décembre 1967, Ahmadou Ahidjo  nomme Paul Biya directeur du cabinet civil de la présidence, alors qu’il n’a que 29 ans, et sans la moindre expérience dans la fonction publique. Il revient de France avec dans ses valises, une lettre de recommandation de Louis Paul Aujoulat. En août 1968, Ahmadou Ahidjo  propulse Paul Biya  ministre Secrétaire général à la présidence, puis ministre d’ État Secrétaire général à la présidence. En juin 1975 , il fait de Paul Biya son Premier ministre. Et pour lui offrir un tapis royal, Ahidjo promulgue la loi No 79/02/ du 29 juin 1979, qui fait du Premier ministre Paul Biya son successeur constitutionnel. Tout avait donc longtemps été planifié.

De retour d’une visite médicale à Paris, le Président Ahmadou Ahidjo  convoque les membres du Bureau politique et du comité central  de son parti UNC , de sa décision de démissionner de ses fonctions de président de la république Unie du Cameroun . Ahmadou Ahidjo reçoit  en secret quelques fidèles, dont Sadou Daoudou, alors secrétaire général adjoint de la présidence de la République, Maikano Abdoulaye, ministre d’Etat chargé des Forces armées, Bello Bouba Maïgari, ministre de l’Economie et du plan, et Ahmadou Hayatou, Secrétaire général de l’Assemblée nationale.  Sadou Daoudou et Ahmadou Hayatou se retrouvent en fin d’après-midi, ce même jour. Joseph-Charles Doumba, ministre chargé des missions à la présidence de la République, est reçu deux fois dans la journée par Ahmadou Ahidjo, et le dernier, avant que celui-ci n’annonce la désignation de son successeur.

Le président Ahidjo convoque Paul Biya dans sa résidence le 3 novembre 1982 et lui informe à 10 h 15 qu’il sera son successeur dans 24 heures. Il convoque également Samuel Eboua d’informer tous les membres du gouvernement. Tous sont en larmes et reviennent avec en tête Delphine Tsanga et Paul Biya, supplier le président Ahidjo  de ne pas démissionner, quitte à prendre des congés pendant un an. Furieux, il leur répond :  Nul n’est indispensable. C’est ma mort que vous voulez? Ou vous voulez que je m'écroule en public en faisant un discours ? Le lendemain, Ahidjo annonce sa démission après 24 ans et 8 mois de pouvoir. Il n’avait que 58 ans et n’était pas couché sur un lit d’hôpital.

Lors d’une conférence de presse donnée à Paris deux années plus tard, Ahidjo s’explique : j’ai pris moi-même et tout seul la décision de démissionner, parce que je crois que le pouvoir n’est pas un apanage personnel, mais un service de l’ État et que l’on ne doit pas s’y accrocher envers et contre tout , alors qu’on éprouve les difficultés de santé durables ou passagères. Aucun médecin français ou étranger ne m’a proposé ni recommandé de démissionner. Il m’a été prescrit de modifier mon rythme de travail (…) une délégation du comité central de l’UNC dont Biya  faisait partie, est venue me supplier de revenir à ma décision alors qu’elle n’était pas encore publique. J’ai pris ma décision, comme le dictait ma conception du service de l’État. 25 ans à la tête du Cameroun m’ autorisaient à croire et à dire que j’avais suffisamment servi mon pays, pour aspirer au repos.

37ans après, Paul BIYA , grabataire de 87 ans, veut mourir étant au pouvoir. En même temps, il tue le Cameroun. En moins de 3 ans de pouvoir, il avait vidé les 1500 milliards de francs CFA de recettes pétrolières déposées par son prédécesseur dans les banques américaines. Les recettes gérées par la BNP en France et la BICIC au Cameroun ont été pillées.

Les sociétés florissantes telles que FONADER, SOCAME, MIDEVIV,FOGAPE, CAMSHIP ont été liquidées. CAMEROON AIRLINES qui était la première compagnie nationale de transport aérien en Afrique avec 11 avions ,a été mise en faillite. La Société Nationale d’ Électricité dont la centrale hydroélectrique de 388 mégawatts a été l’une des oeuvres phares d’ Ahidjo , a été bradée par Biya . La compagnie des eaux SNEC a déjà aussi été clandestinement bradée aux Britanniques. Le tronçon de chemin de fer de 622 km reliant Yaoundé à Ngaoundéré construit par Ahidjo entre 1964 et 1974, a été offert cadeau par Biya  au Français Bolloré, tout comme le port autonome de Douala-Bonabéri .

Sous Ahidjo , le Cameroun était un pays en voie de développement qui réalisait des projets à travers les plans quinquennaux . Mais sous Biya, il est devenu un pays pauvre et très endetté avec un déficit public estimé par le FMI à 41% du PIB en 2021.

Sous Ahidjo , le Cameroun avait atteint l’autosuffisance alimentaire. Sous Biya, le Cameroun connaît les émeutes de la faim et importe un milliard cinq cent millions de tonnes de denrées alimentaires par an; d’où un déficit de 700 milliards de FCFA de sa balance commerciale.

Sous Ahidjo , le Cameroun était respecté par à l’étranger. Le président américain John Kennedy venait accueillir le président camerounais au pied de l’avion et lui ouvrait la portière de la voiture après sa visite aux États-Unis   Sous Biya, le Cameroun a été par Donald Trump de l’AGOA quelques mois après que Paul Biya soit viré de l’hôtel Intercontinental de Genève.

Sous Ahidjo,  le Cameroun,  modèle de gestion des affaires publiques,  a été couronné double champion du monde de la corruption sous Biya . Près de 2000 milliards de francs CFA destinés à l’organisation de la CAN 2019 ont été détournés en toute impunité. Tous les projets des infrastructures financés par le FMI, la Banque mondiale et autres, sont abandonnés après le détournement des fonds alloués.

Sous Ahidjo  le Cameroun était gouverné et le chef de l’État tenait chaque semaine un conseil ministériel. Sous Biya, il y a eu environ une dizaine de conseils ministériels en 37 ans! Paul Biya est même incapable de faire une tournée dans les dix régions de son pays, ou tout simplement  se rendre au chevet des victimes des catastrophes de Wum, Eseka, Boko Haram et la guerre de sécession que lui-même a provoqué.

Le seul projet où le président Ahidjo a échoué est d'avoir construit un beau pays, un merveilleux palais présidentiel à 200 milliards de francs CFA, pour les offrir à un simple roi fainéant qui s’autoproclame meilleur élève de la France.Comme le confessait Ahidjo  en 1984: je reconnais humblement m’être trompé sur la personne Biya que j’avais estimée, protégée, comblée et portée tout seul à la tête de l’ État.

J. REMY NGONO

 
 
 

 

 

: Afrique Monde