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Cameroun : Insolites scènes de liesse après la mort du maire de Buea. Si le maire Ekema était très apprécié du pouvoir, il l'était beaucoup moins par les populations de sa commune

2019-10-28 14:51:59 - Des faits à classer dans la rubrique des faits divers, mais dont l’incidence politique n’est pas à démontrer.

Au moment où nous mettons en ligne, on dirait que l’événement, malheureux s’il en est, suscite un sentiment unanime de joie. Comme pour dire qu’à quelque chose, malheur est bon.
 
S’il ne fait aucun doute que la famille et les amis du désormais défunt maire de Buea sont en larmes, plongés dans la douleur muette de la perte d’un être cher, certains n’y croyant toujours pas, puisque le magistrat municipal qui a procédé à une remise de dons à l’hôpital de sa ville, trois jours avant son décès, transpirait la bonne santé, loin de l’état dans lequel il y a deux mois à la suite d’un accident vasculaire cérébral (Avc), les autres, les détracteurs du défunt, plus nombreux et plus visibles, ne se gênent pas pour célébrer la disparition de celui en qui ils ne voient que le partisan et serviteur très zélé d’un régime honni par de nombreux Camerounais. Pis encore, un ennemi de ses “frères” anglophones
 
Témoignages
 
L’avocat et homme politique camerounais Agbor Ashu, leader d’un parti d’opposition qui reconnait cependant en le défunt un personnage qui avait aussi quelque chose de bien, affirme avoir été témoin dimanche des scènes de liesse populaire des Camerounais à Douala, où, dans un restaurant, un inconnu a payé sa facture à lui, Me Agbor, juste pour remercier la nature d’avoir rappelé le maire de Buea. Douala, principale ville de la région francophone du Littoral, est pourtant située à plus de 70 kilomètres de Buea, principale ville de la région anglophone du Sud-ouest, et seuls les échos des relations tumultueuses, presque sulfureuses, que Patrick Ekema Esunge entretenait avec ses populations parvenaient à Douala où l’on a vu hier, des personnes offrir à boire dans des ventes à emporter pour célébrer le malheur qui s’abat sur la famille Ekema en emportant sa figure la plus connue.
 
Joie indécente
 
A Buea, même, des scènes de joie similaires ont été observées, suscitant même la désapprobation du magistrat à la retraite Paul Ayah Abine, qui n’est pourtant pas en odeur de sainteté avec le régime dont le défunt Ekema était l’un des bras séculiers dans leur ville commune.
 
Des personnes créditées d’une certaine autorité morale que nous avons contactées n’ont pas hésité à justifier la joie éprouvée ouvertement par certains suite au décès de ce maire : « Hormis le fait que son amour pour Biya qui est le principal ennemi mortel des anglophones le poussait à ne plus respecter personne, même pas les aînés, dès lors qu’il se rendait compte que ceux-ci n’étaient pas sur la même longueur d’onde que lui, il faut se rappeler que lors des manifestations pacifiques du 22 septembre 2017 au cours desquelles les anglophones exigeaient que leurs parents arrêtés soient libérés ou jugés ou même physiquement présentés pour qu’ils sachent que le régime ne les avait pas exécutés, Patrick Ekema en avait abattu au moins un, et avait nié l’avoir fait. D’ailleurs, il semble qu’il était la seule personne du côté du pouvoir à avoir tué un manifestant ce jour-là».
 
Une affaire de justice… immanente (provoquée) ?
 
le rapport entre ces lointains événements et la satisfaction éprouvée par des personnes comme si le décès d’Ekema était synonyme pour elles d’être débarrassées d’un cancer? Une dame tente de l’établir en un mot comme en mille : « Les parents des jeunes morts le 22 septembre avaient procédé à des rites pour que l’auteur des décès soit puni de mort par les forces mystiques… », affirme l’une de nos sources à Buea avec force détails que nous ne pouvons tous restituer ici.
 
Difficile de ne pas voir dans ce comportement discutable, du moins au regard de sa publicité qui dénote l’indécence, la traduction du proverbe « le malheur des uns fait le bonheur des autres ». Un coup dur à l’humanité des Camerounais.
 
Cameroonvoice
 

: Afrique Monde