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« A refaire. Sans condition ! » : Les Etats-Unis exigent un autre dialogue politique au Cameroun

2019-10-13 15:49:20 - Après s’être félicité un temps de la tenue au Cameroun du Grand Dialogue National convoqué par le chef de l’Etat pour trouver une solution à la crise sociopolitique et sécuritaire dans les régions anglophones, les États-Unis ont affirmé dans un communiqué de presse publié vendredi 10 octobre, que le GDN n’a résolu aucun problème au Cameroun.

Le 5 octobre, l’ambassade des États-Unis s’est félicité « de la décision  d’abandonner les poursuites contre Maurice Kamto et les autres membres et soutiens du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) arrêtés en début d’année suite à des manifestations électorales » et constaté que leur libération de prison était « une étape constructive vers la réduction des tensions politiques et l’affirmation de l’engagement du gouvernement en faveur des libertés fondamentales. ». 

Le communiqué s’achevait sur une note d’espoir : « Nous espérons que des mesures supplémentaires seront prises à la suite du dialogue national récemment conclu, en vue de la restauration de la paix dans les régions du Nord-ouest et du Sud-ouest. »

Mais moins d’une semaine après confrontés à la triste et douleoureuse réalité de la persistance des atrocités dans le NOSO, les USA, comme ceertaines organisations internationales, se sont ravisés et ont exprimé leur insatisfaction par rapport au Grand dialogue national dont le déroulement et la suite ont généré sinon plus, du moins autant de violence qu’avant.

Illustration de ce regain de violence tant pendant les assises qu’après, et malgré ce que d’aucuns ont appelé le « succès du Grand dialogue National », l’exécution sauvage et injustifiée par de présumés activistes séparatistes, d’une fonctionnaire de l’administration pénitentiaire, la gardienne de prison Ayafor Florence.

Un assassinat d’une indicible barbarie qui met hors d’elle la mission diplomatique états-unienne au Cameroun. Aussi a-t-elle condamné de toutes ses forces ce crime et adressé ses condoléances à sa famille et aux autres  familles endeuillées par la guerre d’Ambazonie, et en appelle-t-elle au retour à la raison des parties engagées dans la guerre sans merci dont l’enjeu est la territorialité des régions anglophones.

L’”US Embassy” qui a recommandé aux autorités camerounaises d’ouvrir une enquête sur le meurtre brutal d’Ayafor Florence et d’engager les procédures conséquentes, demande à Yaoundé et à ses “sparing partners” des groupes armés anglophones, de mettre fin à ce chaos, pour éviter que se reproduisent de tels actes de barbarie, d’une part, et d’autre part, elle urge les autorités camerounaises, seules habilités à prendre de telles initiatives, à initier un nouveau dialogue sans conditions préalables.

Une demande  pour dire de manière diplomatique  que le Grand Dialogue National  organisé du 30 septembre au 4 octobre n’a pas produit les résultats  escomptés.

Ces choses qui ont faussé le GDN dès la source

C’est le lieu de relever pour le rappeler, que nonobstant le caractère louable de l’initiative –tardive certes- du président Paul Biya de faire asseoir les camerounais pour discuter de la crise anglophone dont son ministre de l’Administration persiste à nier l’existence, les actes de violence étaient constamment recensés pendant même que les délégués étaient en train de débattre, et ont cru en intensité après la clôture des assises soldées par l’abandon des poursuites contre 333 anglophones détenus jusque là.

Selon de nombreux observateurs, il fallait être un optimiste fou pour ne pas voir que « cette réunion du régime et associés à la dénomination  loufoque de  “Grand Dialogue National” n’avait pas échoué avant même d’avoir commencé », ne serait-ce que compte tenu de la présence ultra majoritaire des délégués du parti au pouvoir dont le chef mène la guerre contre les anglophones aussi bien en plénière que dans les huit commissions de travail mises sur pied.

Bien plus le fédéralisme, principale exigence des anglophones modérés et des partis politiques de l’opposition véritable, et jouissant des faveurs de nombreux observateurs de la communauté internationale, avait été carrément exclu des débats, ne laissant la possibilités aux “congressistes » que de discuter de la décentralisation et de la… décentralisation, qui est justement cette forme de l’Etat dont la pratique n’a accouché jusqu’ici que des frustrations.Il faut ajouter à cela le fait qu’il n’y avait aucune garantie que les sécessionnistes invités au dialogue ne seraient pas arrêtés, ce qui aurait motivé leur boycott de ces assises, outre le fait qu’ils ont exigé en vain la libération de leurs camarades et dirigeants, comme préalable à leur participation.

 

Par Ndam Njoya Nzoméné

: Afrique Monde