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CAMEROUN - PANIQUE : VOICI POURQUOI PAUL BIYA DÉCIDE DE S’ADRESSER À LA NATION CE MARDI

2019-09-10 13:05:54 - Samedi dernier , à quelques instants de prononcer une allocution dite historique , car inhabituelle à ce moment – ci de l’année , le roi fainéant à perpétuité a au tout dernier moment , renoncé sous la forte pression et les recommandations de ses conseillers et communicants français .

En bientôt 37 ans , d’une gouvernance omni – absente à distance , sans partage et sans discontinuer , le dictateur camerounais , qui en dehors d’une rare interview, accordée à la télévision d’Etat en 1987 , qui s’appelait encore CTV , et dont le but non avoué , était manifestement de tenter une explication du brusque limogeage , de l’alors ministre des affaires étrangères, William Aurélien Éteki Mboumoua , gratifiant au passage le journaliste Éric Chindje, de l’aimable observation “ Si j’opine de la tête , Monsieur Éric Chindje , vous n’êtes plus rédacteur en chef de la CTV “ , a habitué ses compatriotes a deux allocutions annuelles , aux aspects de rituels bien rodés :

L’une a lieu , vielle de la fête de la jeunesse , que son prédécesseur avait voulue le 11 février , histoire de faire un clin d’œil appuyé à la date du référendum, ou du plébiscite de 1961 , et une autre allocution généralement pré- enregistrée , diffusée le 31 décembre , en guise de vœux de fin d’années .

En apprenant donc , que Jupiter pour une fois daignait descendre de son piédestal, ou de son Olympe , pour dans sa bienveillante magnanimité, bien vouloir se bercer sur leur sort , les compatriotes de Roger Milla s’attendaient naturellement à l’annonce d’un fait historique sans précédent !

Alors que , tout ou presque était bouclé , pour la grande messe , les conseillers français du Nom gui , lui ont déconseillé l’exercice .

1- D’abord , arguaient – ils , sur le strict plan de la stratégie de la communication politique , on tournerait à perte . Samedi , les gens pour ceux qui habitent Yaoundé , et Douala partent généralement en week-end, dans des villages et à la plage , pour des motifs divers, qui peuvent varier entre moments de détente , ou funérailles . Et personne n’y va pour regarder la télévision.

Faire une allocution dans ce contexte , reviendrait donc à prêcher littéralement dans le vide .

2- Ensuite, intervenir le 7 septembre , c’est-à-dire au lendemain même de la comparution au tribunal militaire de Maurice Kamto , et de ses amis , dans le contexte survolté de ses partisans qui ont transformé la salle d’audience , en véritable meeting de campagne électorale, revenait à lui faire un cadeau supplémentaire, en courant le risque , de donner la nette impression de subir les événements, plutôt que de les imprimer .

En marketing politique , comme du reste en marketing tout court , tout est question de perception . Et cette perception là , aurait tout simplement été dévastatrice , pour l’image d’un dictateur aux abois , depuis son humiliation planétaire de Genève .

Comme je l’indiquais l’autre jour , les rôles reviendraient à être inversés , et le tyran selon ses conseils , aurait donné l’impression de courir après Kamto , et de chercher à se justifier .

3 . Une autre raison , et non des moindres qui a définitivement emporté l’adhésion du tyran , aux réticences et recommendations de ses communicants , était la tenue le même jour à Bruxelles , devant le siège de la Commission Européenne , d’une manifestation des activistes de la diaspora .

Son allocution , dans un tel climat et contexte , aurait tout simplement été inaudible , phagocytée , enchevêtrée et pour tout dire brouillée , par les échos de la manifestation de Bruxelles .

Il a donc été convenu , de prendre le pouls des réseaux sociaux , dans l’attente d’une autre date , vraisemblablement mardi ou jeudi , dans un climat serein , afin de faire une allocution à caractère pédagogique , destinée d’abord à créer l’événement dans un jour de semaine , où il ne se passe pas grand chose , et à apaiser les esprits d’une part , et à battre le rappel des troupes de l’autre .

Mais le cœur n’y est plus franchement , et tout cela n’a plus prise sur les camerounais, et ne prend plus . Le disque bien connu des camerounais, depuis 37 ans , est à présent raillé.

Car , le roi fainéant à perpétuité , est au courant des énormes pertes que connaît l’armée , dans les zones de conflit .

Il sait aussi , que non seulement pas mal de soldats , y compris des officiers , n’hésitent plus à franchir le rubicon de la desertion , mais vendent aussi de plus en plus leurs armes et munitions, aux ambazoniens , avant de prendre la poudre d’escampette en direction du Nigeria .

Très au fait , de la défiance dont il est l’objet de la part de la quasi – majorité de ses compatriotes, sous fond de mal – vivre généralisé , comme on l’a vu avec les nombreuses coupures d’électricité à répétition, même retranché en son palais , et coupé du peuple , le tyran qui sent la fin de plus en plus proche , et inexorable, tente de colmater des brèches ici et là .

Mais il est un peu tard , pour cela , car le navire prend de l’eau de toute part , et certains membres de son propre entourage immédiat , et ça ne lui a pas échappé , commencent ouvertement , à donner des signaux de ralliement au camp adverse , histoire de ne pas insulter l’avenir . 

Jean-Pierre Du Pont

: Afrique Monde