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Journée Internationale de la Presse : La triple peine des journalistes camerounais.

2019-05-08 14:00:05 - Le mois de Mai est un mois particulièrement éprouvant pour les journalistes Camerounais car tous les 3 Mai la célébration de la liberté de la presse dans le Monde vient leur rappeler qu'ils sont complètement exclus du monde du journalisme. Et ce mois de Mai 2019 a été particulièrement très dur pour les journalistes Camerounais car ils ont pris dans la figure une triple gifle sous forme de peine qui leur a non seulement rappelé leur degré de clochardisation mais leur nouvelle mission de neutralisateur que leurs a confiée le régime.

D'après les grands canons du journalisme, un journaliste est une personne dont la profession est de rassembler des informations, de rédiger un article ou mettre en forme un reportage afin de présenter des faits qui contribuent à l'actualité et l'information du public. Selon cette définition, il n'y a pas de journalisme au Cameroun puisqu'il est interdit aux journalistes Camerounais de poser la première étape de son travail qui est de rassembler des informations.  Nous n'allons pas insister sur la clochardisation de ce corps de métier au Cameroun mais souligner la triple peine que les journalistes Camerounais subissent tous les mois de Mai :
 
1-    Un salaire a 36 000 Fcfa 
 
Le 3 Mai est une date malheureusement très proche du 1er Mai qui symbolise la journée internationale du travail. Et le journaliste Camerounais, qui est avant tout est un travailleur, s'est retrouvé pris entre les deux étaux des deux ministères de tutelle. D'une part, le Ministre du travail a expliqué aux journalistes qu'on pouvait vivre avec 36000 Fcfa, alors que le ministre  de la communication leur a expliqué, à travers leurs patrons, que les journalistes peuvent vivre sans salaires pendant près de 40 mois. Pour rappel, ces ministres ont un salaire officiel et régulier de près de 1. 000.000 Fcfa/mois sans compter les potentiels milliards détournés.
 
2-    Le bâillonnement des journalistes
 
Le CNC a un rôle de coiffeur qui lui permet non seulement de maintenir courbé la tête des journalistes et des entrepreneurs de la presse, mais de tailler tout cheveu qui pousse au-delà de la limite imposée par le régime. Quand cette censure musclée ne suffit pas, le ministre de la communication descend lui-même dans l'arène pour annoncer à tous les Camerounais que tout journaliste ou tout organe de presse qui fera bien son travail sera non seulement suspendu mais sera considéré comme hostile à la nation. D'où le  droit  de molester et d' emprisonner fréquemment des journalistes. C'est vraiment une gifle.
 
3-    Leur nouvelle fonction d'anesthésiste
 
Non seulement les journalistes Camerounais n'ont plus le droit de faire leur travail et d'avoir un salaire,  ils sont présentement chargés de neutraliser les Camerounais, les partis d'opposition et la société civile par une violence et une brutalité confiscatoire de la parole. Ainsi, les seuls journalistes qui peuvent prétendre à un salaire de 50 000 Fcfa au Cameroun sont ceux qui doivent être capables d'évoquer tous les sujets brulants dans leurs reportages, leurs articles et dans les débats, sans se permettre d'argumenter ou de relever la responsabilité du régime. Mieux ils doivent s'assurer d'incriminer l'opposition. Ainsi, par rapport à l'actualité au Cameroun, le bon journaliste est celui qui dit que :
-    Kamto est en prison parce qu'il l'a cherché et que le régime l'a arrêté dans les règles de l'art.
-    Le RDPC a gagné les élections et a apporté toutes les preuves, contrairement au MRC.
-    La puissance (nuisance ?) de Maurice Kamto et le MRC ont détruit en une seule élection, le solide vivre ensemble que le RDPC a enraciné au Cameroun en 37 ans. Quelle cuite !
-    La situation est normale et sous contrôle dans le NOSO où il n'y a pas eu école depuis 3 ans.
-    Le président Camerounais, qui vit et se soigne à Genève, est un souverain et toute critique de cette prévarication est une attaque anti patriotique contre la souveraineté du Cameroun et de la Suisse.
-    Etc…
 
La situation des journalistes Camerounais n'est vraiment pas enviable car, voyez-vous, il est une chose d'être en souffrance mais il est une toute autre chose d'être conscient de l'étendue et de la profondeur de cette souffrance comme l'est le journaliste Camerounais. Ce début de mois de Mai vient vraiment retourner le couteau dans cette plaie ouverte que constitue le traitement réservé aux journalistes dans ce pays. Et le mois de Mai n'est pas encore terminé car le 20 Mai prochain, ces journalistes auront encore l'obligation d'ignorer les personnes enlevées dans le Nord et le NOSO, de marcher sur les corps des civils et militaires dans le NOSO et de narguer le peuple Camerounais embourbé dans un chaos, pour brandir, à la une, dans un article ou dans un débat, l'unité nationale, chèrement construite par le régime pendant près de 40 ans. Il est même envisagé que les journalistes défilent ce jour-là, pour marquer cette belle harmonie. Quel cauchemar ce mois de Mai !
 
Par Douala Ngando

: Afrique Monde