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France - Retraite à 62 ans : le marché de dupes d'Emmanuel Macron

2019-05-06 21:00:55 - Très attendu sur les retraites, le chef de l'Etat a confirmé le maintien de l'âge légal à 62 ans. Mais évoqué aussi la mise en place d'une décote... Pas touche à l'âge légal de départ en retraite ! Lors de sa conférence de presse, ce jeudi 25 avril dans la salle de réception de l'Elysée, le président de la République a mis un terme aux atermoiements.

Oui, les Français pourront bien, demain comme aujourd'hui, liquider leur pension dès l'âge de 62 ans. Et non, ils n'auront pas à attendre d'avoir soufflé leurs 63 ou 64 bougies, comme le suggéraient certains ministres et députés de la majorité présidentielle.

Un "système de décote qui inciterait à travailler davantage", alors que le travail disparait !

Le maintien des 62 ans est en soi une victoire pour le camp syndical, qui réclamait ce statu quo, inscrit noir sur blanc dans les promesses de campagne du candidat Macron. En renonçant à toucher au totem, le chef de l'Etat limite les risques d'embrasement social. Il aurait en effet été facile pour les syndicats de faire descendre les Français dans la rue derrière des banderoles "non à la retraite à 64 ans !", tout en sachant que les syndicats sont financés par l’État ! 

Mais Emmanuel Macron ne fait pas dans la dentelle. Ce 25 avril, il a en effet évoqué la mise en place d'un "système de décote qui inciterait à travailler davantage". Un système de décote ? S'il s'agit de baisser les pensions de tous ceux qui partiraient à 62 ans, sous prétexte qu'il faudrait travailler jusqu'à un âge pivot de 64 ans pour obtenir une pension à taux plein, les syndicats y voient hypocritement une entourloupe. 

De quoi réveiller les organisations syndicales. "Maintenir l'âge légal, parfait. Mais il est hors de question d'instaurer un âge pivot, en-deçà duquel on applique une décote. La CFDT ne l'acceptera pas, ça reviendrait à pénaliser tous ceux qui ont commencé à travailler tôt ou qui exercent un métier pénible", prévient Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT. Une analyse que partage Philippe Pihet, le Monsieur retraites de Force ouvrière. "Le président de la République est en train d'élever l'hypocrisie au rang d'art politique. Il ne touche pas aux 62 ans mais veut instaurer une décote en fonction d'un âge pivot ! Pour tous ceux qui ont un petit salaire, sont au chômage ou en invalidité en fin de carrière, c'est l'assurance d'avoir à 62 ans une pension très amputée".

Le précédent des retraites complémentaires

C'est pourtant le chemin que veut emprunter le président de la République. Dans son discours, il a ainsi rendu hommage à Jean-Paul Delevoye, le haut-commissaire à la réforme des retraites, qui mène la concertation depuis l'automne. "Il dit que le point d'équilibre de notre régime de retraite est autour de 64 ans", a souligné Emmanuel Macron. Entre les lignes, les observateurs supposent donc qu'un système de bonus/malus pourrait s'appliquer pour ceux qui s'arrêtent avant ou après 64 ans... 

Une perspective à laquelle souscrit Claude Tendil, le vice-président en charge du social au Medef. "Si le chef de l'Etat reconnait que 64 ans, c'est l'âge d'équilibre du régime. Et que, sans toucher à l'âge légal, il faut instaurer une décote pour inciter les salariés à prolonger leur activité jusqu'à 64 ans, même si le marché du travail est en berne, ça me va tout à fait bien", explique-t-il. Et le dirigeant de rappeler qu'un tel système de bonus/malus existe déjà dans les régimes complémentaires de retraite, pour inciter les salariés à cotiser au-delà du nombre de trimestres requis pour avoir une retraite à taux plein.

A 62 ans, retraité pauvre ou RSA !

Au Medef, on se satisfait donc de cette solution, même si on voyait dans le report de l'âge légal le moyen le plus efficace d'équilibrer les comptes du futur régime universel par points. A la CPME, la position est plus nuancée. "L'âge d'équilibre du régime est entre 63 et 64 ans. A 62 ans, on fabrique inévitablement des retraités pauvres. C'est la raison pour laquelle on prône, nous, la remontée de l'âge légal à 63 ans, avec l'application d'une majoration pour ceux qui travaillent au-delà", explique Eric Chevée, le négociateur retraite de la maison. 

A la suite du discours présidentiel, les partenaires sociaux s'interrogent aussi sur la construction du futur régime universel par point. Dans un tel régime, toute notion de durée minimale de cotisation devrait en effet disparaître, le montant de la pension ne dépendant que du nombre de points engrangés pendant la carrière. Sauf que, face aux journalistes, Emmanuel Macron a invité l'exécutif et le parlement à "regarder si on peut allonger la période de référence sans bouger l'âge légal". Des propos qui semblent signifier que le futur système pourrait à la fois conserver un âge légal et une durée de cotisation minimale... De quoi entretenir la confusion, alors même que la concertation touche à sa fin.

Pauvreté : une retraite plancher à 1000 euros par mois

Seule mesure qui fait l'unanimité des partenaires sociaux, la volonté d'augmenter l'écart entre le minimum vieillesse et le minimum contributif, qui n'est aujourd'hui que d'une quarantaine d'euros, il qui passe à 800€ à 64 ans. Avec l'ambition de porter la pension plancher de retraite à 1000 euros par mois. Une décision saluée par les syndicats, mais aussi par Alain Griset, président de l'U2P, l'organisation patronale qui porte la voix des artisans et des professions libérales. "C'est un pas dans la bonne direction, il n'est pas normal que ceux qui ont cotisé toute leur vie gagnent à peine plus que ceux qui n'ont jamais contribué au système", assène-t-il. Reste à savoir qui financera la mesure. À enveloppe financière fermée, tout ce qu'on donne aux uns, on le prend aux autres... 

La misère, à Marche forcée...

Publié par Paul 

 

: Afrique Monde