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Cameroun : Les camerounais sont indignés et révoltés

2019-04-30 16:29:40 - Ce 27 avril, tous les regards sont donc tournés vers le Cameroun avec autant d’espoirs que d’inquiétude. Ni john Fru Ndi, l’opposant charismatique, et leader du SDF (Social Democratic Front) ; l’un des rares leaders qui vit encore en pleine zone de conflit, a été enlevé par une bande armée de sécessionnistes anglophones. Et pourtant, le pire ne s’est pas produit. Quelques heures plus tard, il a été libéré. Par ailleurs, l’impasse dans laquelle se trouve notre pays, la victoire relative des négociateurs de cette libération, est néanmoins un cadeau inespéré pour le parti au pouvoir, qui est le grand responsable de la situation actuelle du Cameroun.

Le Cameroun est un pays qui crie famine, un État vivant en dictature. Les massacres et la barbarie observés en zone anglophone, n’inspirent rien d’autre que de l’indignation, de la révolte et de la honte. Aucune excuse ne saurait justifier cette guerre, aussi gratuite que stupide. Le gouvernement qui pense que la répression est la seule façon pour lui de se faire entendre, ne fait qu’alimenter la cause de ceux qui ont de vraies raisons d’exprimer leur mécontentement, d’ailleurs soutenus par une partie de la population.
 
Trente-sept ans plus tard hélas, après l’accession de Paul Biya au pouvoir, alors que le pays se prépare à entrer dans l’émergence 2035, le souvenir de cette euphorie laisse un goût amer. Biya n’est resté au pouvoir que pour son clan, ses partisans et courtisans. C’est à cela qu’ont servi ses mandats. Ni ses successifs gouvernements, encore moins les technocrates qui forment ses cabinets, n’ont réussi à rompre de manière significative avec l’héritage de la gabegie et de la corruption.
 
Malgré l’émergence d’une petite classe moyenne d’hommes d’affaires, une politique de discrimination sélective est pratiquée, pour avoir accès, aux subventions, aux aides et aux crédits. Malgré son potentiel humain et géographie favorable, le Cameroun demeure l’un des pays les plus inégalitaires au monde. Et l’apparition d’une génération spontanée de riches, qui sont pour la plupart des prête-noms, démontre cette injustice structurelle : 70% des foyers vivent encore dans une extrême pauvreté contre 2,5% de potentats affiliés à l’Etat.
 
 Le parti au pouvoir déversé sur le pays un cocktail de responsables, honnis et vomis par les populations. Un poison mortifère pour la survie de cette jeune nation. Le Cameroun a une économie fragile. Il est écartelé entre différentes factions qui veulent contrôler le pouvoir exécutif. Comme la plupart des pays francophones d’Afrique subsaharienne, sa population a un rapport ambivalent avec l’intérêt général. Or le gouvernement et le parti au pouvoir ont affaibli l’économie par la corruption et le système de rente. L’augmentation importante du nombre d’anciens ministres emprisonnés pour détournement de deniers publics, peut témoigner la nature de ce système.
 
La situation ne s’améliore pas : Le chômage touche 66% de la population active, deux points de plus qu’en 2014. La croissance économique, qui atteignait plus de 5% par an jusqu’en 2008, n’a ensuite cessé de ralentir, limitée à 0,2% en 2017. Dans le pays le plus industrialisé d’Afrique centrale, les coupures de courant sont désormais récurrentes, notamment dans toutes les grandes villes, et des pénuries d’eau affectent régulièrement l’ensemble du pays. L’exode rural, les campagnes restant les zones les plus démunies, a fait exploser la population urbaine, limitant les effets des programmes de construction massive de logements.
 
Depuis des semaines, l’impatience monte, en dépit des effets d’annonce. L’élection présidentielle et l’arrestation du Président élu Maurice Kamto, sont des signes avant-coureurs du despotisme d’Etat. Dans un tweet abject, Paul Biya demandait au Camerounais de s’unir. Rions ! Peut-on s’unir sans se rencontrer ? Et pour que les Camerounais se rencontrent, les lieux citoyens indiqués sont les réunions publiques. Elles sont interdites. Dans tout le pays, le désenchantement et une colère sourde marque la dernière élection présidentielle. La pression de la communauté internationale saura-t-il changer la donne ?
 
AIME MATHURIN MOUSSY

: Afrique Monde