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Cameroun : Paul Biya Je refuse de répondre à votre appel, comme la majorité des Camerounais.

2019-04-27 15:41:41 - Depuis quelques jours, le président de la République du Cameroun inonde les réseaux sociaux de tweets demandant aux citoyens de défendre le pays supposément menacé de déstabilisation par des institutions étrangères.

Je ne veux pas manquer de respect au chef de l'État mais qu'il me pardonne, je voudrais bien lui poser une question : que savez-vous de la défense de la Patrie ?
 
Voici un monsieur qui, jeune étudiant à l'époque de l'occupation du Cameroun par la France, n'a jamais milité dans les diverses organisations patriotiques que ses congénères animaient
 
Voici un compatriote qui, à la fin des études universitaires, ne choisit pas d'être avocat – pour défendre les droits humains, par exemple – ou enseignant pour éduquer ses jeunes compatriotes à la meilleure connaissance des enjeux de notre monde, mais se fait copter par les colons français à « l'institut des dite des hautes études d'outre-mer », une école chargée de former des administrateurs coloniaux, des citoyens d'Afrique commis à l'administration des territoires africains pour le compte de la France, territoires qu'ils transforment très vite en satrapies
 
Voici donc un «patriote» qui, ayant terminé son formatage à l'école impérialiste, est allé solliciter le parrainage du pire ennemi du nationalisme camerounais, Louis-Paul Aujoulat, qui le recommanda auprès du président d'alors, Ahmadou Ahidjo. C'est une lettre de recommandation coloniale qui permit à Paul Biya, son entrée facile et son ascension fulgurante au sein de la haute administration camerounaise.
 
Voici un président de la République qui, tout au long de ses 37 ans de carrière, a toujours appuyé, au niveau international, les résolutions et les démarches du camp impérialiste, comme le bombardement et la destruction de l'Irak sous George Bush
 
Voici un leader africain qui n'a pas hésité, envers et contre ses pairs de signer les accords déséquilibrés avec l'Union européenne, malgré les mises en garde de ses compatriotes
 
C'est ce président-là qui nous demande de défendre la patrie attaquée ?
 
Quelle autorité morale a-t-il pour nous demander de défendre la Patrie ? Où était-il quand Ahidjo a fait assassiner Moumié (1960) et Ouandié (1971), deux personnalités que sonrégime reconnaît comme défenseurs de la Patrie ? Que fait Paul Biya de leur mémoire, depuis que les pressions de l'opposition l'ont obligé à les reconnaître comme héros nationaux ?
 
Cher Monsieur Paul Biya, si défense de la patrie il y a nécessité, c'est nous qui devons vous interpeller: s'il vous plaît, convoquez un dialogue national pour que les Camerounais arrêtent de s'entretuer en zones anglophones et de se livrer à la guéguerre tribale.
Pour qu'un peuple combatte un ennemi commun, il lui faut une unité solide, basée sur les relations de confiance entre ses différentes composantes. Vous, Monsieur le président, même vos partisans ne vous font guère confiance, le savez-vous ?
 
S'il vous plaît, cher président, organisez une transition systémique afin que votre génération, celle des colonisés qui n'ont jamais osé combattre la colonisation, libère le reste des citoyens de la subornation et que le pays se donne une nouvelle chance pour un changement historique, générationnel et systémique
 
Ça sera alors cela, défendre la Patrie !
 
Je refuse de répondre à votre appel parce que les gens que vous traitez d'ennemis aujourd'hui sont exactement ceux qui vous aident à squatter le pouvoir depuis 37 ans, étouffant toute révolte dans le sang, empêchant toute opportunité d'alternance par la fraude électorale, bouchant toutes les libertés avec votre machine administrative répressive, etc.
 
Mon cher président, si demain, vous décidez de convoquer un dialogue national, dans le but d'engager notre pays vers la modernité politique, je deviendrai un de vos fervents supporters, plus zélé et plus nerveux que Momo Jean de Dieu, Issa Tchiroma et Paul Atanga Nji !
 
Je battrai campagne pour que votre initiative aboutisse, que vous entriez dans l'Histoire comme ce leader qui, après 37 ans d'indolence, a finalement réussi à conduire son peuple vers la vraie unité et la vraie souveraineté
 
Pour le moment, je considère les étrangers qui vous appellent à dialoguer avec vos compatriotes, à libérer les prisonniers politiques, à cesser de faire tuer vos concitoyens par vos forces de sécurité, etc., comme des alliés objectifs du combat des patriotes pour la liberté et la souveraineté du Cameroun
 
Je ne peux m'associer à votre appel parce que ces gens qui vous parlent aujourd'hui, sont capables de pires mesquineries ; quand ils seront fatigués de parler, ils vont certainement agir et vous le savez, s'ils se mettent à agir, vous et moi n'y pourront rien. Il nous restera seulement la désolation pour notre pays détruit, des vies des nôtres – ou nos propres vies – enlevées. Vous nous invitez à faciliter la destruction du Cameroun pour protéger votre pouvoir que vous pensez menacer par vos propres amis.
 
Vous avez toujours accusé l'opposition de vouloir jeter les enfants des autres dans la rue maintenant c'est vous qui voulez nous utiliser comme bouclier humain face à la colère de vos anciens complices? Est-ce cela, la défense de la Patrie?
 
Tous ceux qui s'associeront à votre manœuvre se rendront coupables de trahison, tant que vous n'aurez pas fait preuve de votre repentir par des actes sincères et concrets.
 
par Venant Mboua - titre: AM

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