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France : Macron, décidément Sarkozy en pire

2019-03-30 14:40:17 - Déjà, sous Hollande, pour qui prenait un peu de recul, il était piquant de se demander comment aurait réagi le PS si les politiques qu’il menait l’avaient été par Sarkozy. Mais avec Macron, l’exercice devient d’autant plus vertigineux que le président actuel bénéficie d’une mansuétude, pour ne pas dire d’un soutien, de bien des média, quand son prédécesseur, et inspirateur, était bien moins épargné.

Pire sur le fond, pire sur la forme
 
Travail du dimanche, double démantèlement du droit du travail, baisse des taxes pour les entreprises et les plus riches, suppression des cotisations sociales sur les heures supplémentaires, propositions de supprimer les allocations des familles de délinquants, contre-parties au RSA, lois sécuritaires de circonstances, ou restriction au droit de manifester : décidément Macron met ses pas dans ceux de celui qu’il avait conseillé avec le rapport Attali sur la libération de la croissance, guère libérée dix ans après. Mais le plus incroyable est le revirement d’une partie de la gauche intellectuelle et médiatique, virulente contre ces mesures quand elle venait de Sarkozy et qui ne dit plus rien aujourd’hui.
 
Il ne me semble pas que France Inter faisait partie des soutiens indéfectibles de Sarkozy de 2007 à 2012. Pourtant, aujourd’hui, le pseudo service public de l’information se fait bien souvent la Pravda du pouvoir en place, sur le fond des mesures s’entend. Sur le fond, tout ceci pose un problème démocratique : les alternances ne sont que des alternances de personnes et d’ego, la direction politique reste trop largement la même, à quelques nuances près. Pire, comme lors du rachat par General Electric, Macron va plus loin encore que ses prédécesseurs dans bien des domaines, abandonnant notre industrie avec moins de regret qu’un Sarkozy, qui, au moins, s’était battu pour Alstom.
 
Avec le recul, ce qui est extravagant, c’est que Sarkozy apparaît comme bien plus modéré que Macron dans des domaines où son prédécesseur apparaissait comme ayant dépassé toutes les limites antérieures. En effet, déjà, Sarkozy était vu comme le président des riches, avec son paquet fiscal plutôt favorable aux classes supérieures, mais aussi comme le président des excès de langage, entre « karcher  » et « casse-toi, pauvre con  ». Dix ans après, nous sommes passés du président des riches au président des ultra-riches, qui a donné 6% de pouvoir d’achat en plus aux 1% les plus riches, comme un article du Monde, peu suspect d’anti-macronisme primaire, doit bien le reconnaître.
 
Jamais avant Macron un président avait autant assumé une politique favorisant les « premiers de cordée  », ne cessant par ses outrances verbales de dévaloriser tous les autres Français, « gaulois réfractaires  », « gens qui ne sont rien  ». Ainsi, il donne des milliards aux plus riches et aux entreprises, alors que les riches n’ont jamais été aussi riches depuis longtemps, et que les entreprises n’ont jamais gagné autant, tout en trouvant le moyen de dénoncer le « pognon de dingue  » que coûtent les aides sociales. Mais qu’auraient dit tous ces média et ces éditorialistes qui soutiennent de facto Macron si Sarkozy avait fait il y a dix ans ce que Macron fait aujourd’hui ? Quel deux poids, deux mesures !
 
Y-a-t-il un domaine où Macron est moins mauvais que Sarkozy ? Même sur les affaires, avec Benalla, ou le niveau des ministres, il est difficile de dire que cela est le cas. Ce n’est pas pour rien qu’il est encore plus impopulaire que celui qu’il avait conseillé, ce qui rend la complaisance, pour ne pas dire la défense, de tant de média à son égard, encore plus insupportable.
 
par Laurent Herblay

: Afrique Monde