Nombre total de visites : 3795980
Aujourd'hui : 749
En ligne actuellement : 4

Boutez Flika…?

2019-03-05 00:11:58 - Certains Algériens, sans doute frappés par la Grâce mahométane, ont entendu des voix, un peu comme Jeanne en son temps se sentit appelée par Monsieur Saint Michel et Mesdames Saintes Marguerite et Catherine, lesquels l’engageaient grave à "bouter les Anglais hors de France". Chacun peut en penser ce qu’il veut, en tout cas la pauvre petite s’est débrouillée pour remplir la mission, si regrettables qu’en puissent résulter aujourd’hui les conséquences, le Brexit n’en constituant à peine que le petit bout de la partie émergée.

Alors évidemment, pour ce qui concerne nos amis d’Outre-Méditerranée, l’identification des héleurs présumés apparaît bien plus difficile, et d’ailleurs on s’en fout comme de l’an quarante avant le Prophète; cependant le fait est là et le message clair: il faut "bouter Flika hors du pouvoir". Plus vulgairement exprimé: dégage vieux débris ! Voilà qui, une fois encore, soulève le problème crucial de la démocratie confrontée aux sinistres réalités socio-politiques.
 
On se souvient, bien sûr, enfin pour ceux qui étaient déjà là et qui ont de la mémoire, des élections législatives de 1991, lesquelles se traduisirent par l’écrasante majorité obtenue par le Front Islamique du Salut raflant 82% des voix au premier tour…il n’y eut donc jamais de second tour! L’armée, bien obligée d’entreprendre à ce moment-là quelque chose pour sauver les meubles, fit le nécessaire en vue d’éviter la prise de pouvoir par les musulmans fanatiques. Un pareil déni de démocratie aurait dû, en principe, provoquer un tsunami de protestations bien-pensantes, une prise de position ferme et implacable des Démocraties Occidentales, une déferlante de protestations médiatiques sans précédent, bref tout ce qu’une ignominie aussi évidente aurait dû entraîner. Une telle spoliation du suffrage universel, une abomination innommable au regard des Doidlom et tout ce qui s’ensuit, semblait à l’évidence de nature à faire trembler la planète entière et ses environs immédiats. Or il n’en fut rien.
 
Tout le monde, sur ce coup-là, ferma sa gueule, seul l’Ayatollah émit une fatwah pro forma, tout en rigolant dans sa barbouze du mauvais coup porté à ces saloperies de Sunnites de malheur. Le soulagement l’emporta partout, en tout premier lieu en Répupu Franchouille Mitterrandienne, étant entendu que la démocratie c’est sacré, sauf quand ça se menace tout seul! Là, évidemment, l’instauration de la Charia comme principe de gouvernement et la reconnaissance d’Allah comme le seul vrai patron du bizness politique, entraient directement en conflit avec l’intangible laïcité qui seule autorise, dans l’esprit des maçonno-gauchiards de chez nous, la Liberté, l’Égalité et la Fraternité, en un mot la Démocratie bien comme il faut. Sans compter le bordel que pouvaient apporter les Islamistes de là bas (dis) dans cette France, déversoir privilégié des trop-pleins démographico-politiques du Maghreb.
 
Le viol caractérisé des droits les plus élémentaires du bon peuple Algérien, tout le monde s’est, à l’époque, assis dessus. Tant mieux, sauf que de toute façon, pour nous la suite ne se révéla guère différente de ce qu’elle eût été avec des Mollah au pouvoir à Alger.
 
Mais depuis lors cet étrange pays connaît une absolue stabilité. Surtout depuis l’arrivée du fameux Bouteflika, voilà vingt ans déjà. Ce brave Abdelaziz, serviteur zélé du Prophète, s’est arrangé pour mettre plein d’huile dans les rouages, à coup d’amnisties et surtout grâce à la paix civile et à l’ordre qui règnent partout, l’armée ayant à cœur de s’y employer. Le revers de la jolie médaille laisserait apparaître une appropriation du pays par la coterie détentrice du pouvoir, ainsi qu’une corruption fabuleusement institutionnalisée…mais nul n’est autorisé à la retourner, la médaille, alors finalement tout baigne. Juste un petit problème lié à l’état de santé du Président qui, depuis des années, fait montre d’une vigueur physique et intellectuelle à mi-chemin entre le poireau et le chou de bruxelles. Sa dernière élection, en 2014, se déroula sans lui, vu qu’il se révélait déjà manifestement incapable d’en décoincer une, ce qui n’empêcha pas un succès triomphal, tel que seules les démocraties dûment pilotées se révèlent capables d’en produire.
 
Et ce coup-ci, alors que ce pauvre Flika se trouverait, selon certains milieux plus ou moins bien informés, en état de mort cérébrale, l’Algérie, toujours pour des raisons de démocratie bien organisée, s’apprête à reconduire ce qui reste dudit vieillard pour une nouvelle période de cinq ans. Vu de l’extérieur, vous en conviendrez, c’est extrêmement rigolo, ça présente incontestablement un côté théâtre de boulevard à faire tordre les salles, sans occulter complètement les aspects shakespeariens d’une tragi-comédie dont le maître de Stratford upon Avon eût sûrement fait un éclatant chef d’œuvre. En revanche, vu de l’intérieur, c’est une autre paire de quenouilles!
 
Relativisons, tout de même. Certes les jeunes intellos d’Alger soutiennent mordicus, grosses manifs à l’appui, qu’il faut absolument bouter Flika. Primo parce qu’un président, selon eux, se doit d’être vivant, secundo parce qu’ils souhaitent, comme tous ceux qui ne comprennent rien à la vie, une accession pleine et entière à la démocratie. Le premier point apparaît tout à fait contestable, je puis vous en administrer illico une preuve absolument irréfragable: prenez nos six derniers hôtes de l’Élysée, il me semble tout à fait évident que morts ils eussent fait beaucoup moins de tort à la France. Celui qui soutiendrait le contraire ferait preuve d’une mauvaise foi proche de la haute-trahison! Quant à la seconde assertion, tout le monde pourra constater que les pays bien sous tout rapport sont ceux qui maîtrisent leur démocratie, cela va de la Chine, qui l’a parfaitement en main, jusqu’aux États-Unis dont on sait qu’ils tiennent encore le truc, vu leur expérience pluriséculaire et leurs spécificités capitalistiques, mais pour combien de temps, nul ne saurait se prononcer là dessus.
 
Toutefois, en dehors des élites de la pensée algéroise sus-mentionnées, le reste du pays s’en balance. Et je vous fous mon billet que le quasi-cadavre Abdelaziz, fera l’objet d’une réélection tout aussi sympathique que les fois précédentes. En effet, seuls les peuples repus aspirent au changement, ceux qui crèvent un peu la dalle hésitent toujours à se lancer dans des aventures susceptibles de leur vider encore plus la gamelle. Sans compter que le FLN ça reste une valeur sûre dans le bled… et puis on sait qu’il y a intérêt à voter comme il faut, ceux qui l’avaient négligé se sont parfois retrouvés sans oreilles ni pénis, cela incite à privilégier la stabilité…et la stabilité c’est Bouteflika, même empaillé! 
 
Et vous, que feriez vous à leur place? Ah, d’accord, vous vous en battez les aumônières jusqu’à leur imprimer un mouvement hélicoïdal! Moi je veux bien, vous savez, mais si vous réfléchissiez un tout petit peu, sans doute changeriez vous diamétralement votre vision des choses. Regardez bien: il reste encore plein d’Algériens en Algérie, encore plus que chez nous et ce n’est pas peu dire. La seule différence c’est que, là bas (dis), ils se tiennent bien, vaquent à leurs occupations et, quand ils n’en ont pas, en cherchent histoire de pouvoir se mettre quelque chose sous la dent.
 
Un pays normal, en somme, avec bien entendu des profiteurs du régime… mais à mon humble avis, beaucoup moins que dans notre Répupu hexagonale! Alors, si vous bouleversez tout ce chouette équilibre en boutant Flika, vous savez ce qui vous pend au nez…ben oui, pardi, un surcroît nouveau d’invasion! Et ne comptez par sur Présipède et ses sbires pour mettre le holà, bien au contraire on nous sortira les bonnes vieilles raisons humanitaristes, la France terre d’asile (de fous) et, résultat des courses, nous verrons déferler sur nous la vague immense des cousins et des copains de ceux qui sont déjà là. Si vous trouvez qu’il n’y en a pas encore assez, libre à vous de vociférer comme quoi il conviendrait absolument de bouter Flika. Dans le cas contraire, je recommande a minima une bienveillante neutralité.
 
Et puis, vous savez, s’il fallait pour de vrai bouter quelqu’un hors de quelque chose, en cherchant bien on pourrait facilement trouver, du côté du Faubourg Saint Honoré, ou de la Rue de Varenne, ou bien encore de la Place Beauvau, voire du Palais Bourbon, l’embarras du choix, en somme…le mieux consisterait encore à ne pas faire de jaloux…
 
Alors, longue survie artificielle au camarade Bouteflika! 
 
Abdelaziz dans son cercueil,
Bandait encore comme un chevreuil,
Avec sa bite en arc de cercle,
Il a soulevé le couvercle! 
 
Ah oui, à oui vraiment, Abdelaziz tiendra bien encore cinq ans, il ne risque même plus de trépasser, il a fait le plus gros en tout cas! 
 
Que le souvenir de la Bienheureuse Jeanne vous ait en sa Sainte Garde, nonobstant Fachoda, Mers El Kébir, le plum-pudding et le Hard-Brexit! 
 
Et merde pour qui ne me lira pas. 
 
NOURATIN
Publié par Paul 

: Afrique Monde