Nombre total de visites : 3943944
Aujourd'hui : 818
En ligne actuellement : 1

Gabon- Un tour, puis s'en va ! Ali Bongo retourne chez lui, à l'hôpital… au Maroc !

2019-01-20 02:28:02 - C'est vrai que la presse y avait mis du sien en se demandant si le nouveau gouvernement allait se déplacer pour l'hôpital militaire de Rabat au Maroc afin de prêter serment  devant le président malade depuis trois mois, entérinant de fait l'idée qui s'insinue déjà d'un Gabon vassal du royaume chérifien, ou est-ce le président hémiplégique récemment réchappé d'un coup d'Etat fomenté par des juniors inexpérimentés, qui allait s'emmener pour recevoir les serments compatissants d'un harem dont on lui attribue la constitution. Eh bien, par sursaut d'orgueil, le géant qui s'est effondré le 24 octobre 2018 en Arabie saoudite, a voulu honorer sa réputation de grand bosseur à la vie à la mort.

Un retour officiellement en fanfare, mais en réalité en catimini dans la nuit du 14 au 15 janvier –plus précisément à 1 heure du matin (minuit TU)-,  suivi d'une cérémonie d'allégeance quasiment à huis-clos à un président officiel zézayant et au regard perçant et figé suggérant une perte des facultés visuelles.  
 
Des minutes qui ont paru un siècle de martyre pour un pauvre homme  qui n'en demandait pas tant, et en faveur de qui l'opposition gabonaise réclame depuis une vacance… du pouvoir (!).
 
Aïe ! le groupe de mots infâmes qu'il ne faut pas débiter. Les points de suspension en moins, on aura « vacance du pouvoir ». Or en Afrique centrale (zone Cemac plus précisément), on ne laisse pas le pouvoir vacant de son vivant. On s'y accroche de toutes ses griffes jusqu'à ce que mort s'en suive. Même en cas de maladies très éprouvantes, nada ! On ne lâche rien. Seul Ahidjo, un peu bébête sur les bords, avait consenti ce "sacrifice". Unique en son genre dans cette forêt équatoriale des bêtes sauvages où les présidents sont tantôt des lions, tantôt des panthères…  Son successeur, lui, ne s'en laisse pas conter. Après 36 ans de règne, il en a redemandé la saison dernière. Et il lui en  a été donné. Son principal adversaire a beau dénoncer un hold-up électoral, peu lui en chaut, et à moins d'un coup d'Etat de la nature, il sera encore de la course en 2025, même si pas bon pied, pas bon œil. Question de conduire son pays à… l'immersion totale à l'horizon 2035. 
 
Le consciencieux !
 
En Guinée Equato où un Nguema (Teodoro de son prénom) a dû en… chasser un autre (Francisco Macias du sien) pour réaliser l'alternance ; au Tchad (de Tombalbaye à Deby en passant par Maloum, Goukouny, et Habré), l'alternance au pouvoir s'effectue au rythme des guerres civiles ou presque ;  à peu près idem au Congo-populaire ou Congo-Brazza où,  de Fulbert Youlou à Denis sassou-Nguesso en passant par Massamba Débat, Marien Ngouabi, Yhombi-Opango, Pascal Lissouba et Sassou-Nguesso –encore !-, ça se fait à coups  de pronunciamientos.  En Centrafrique les accessions au pouvoir des suites d'élection de Patassé, puis, il y a quelques temps, de Touadéra, constituent des intermèdes, mieux, des exceptions tendant à infirmer la règle des  renversements renversants  qui a présidé à l'arrivée au pouvoir des Bokassa, Dacko (bis -c'est-à-dire le Dacko qui renversa en 1976 le Bokassa qui l'avait renversé 10 ans plus tôt-), Kolingba, Patasse, Beau-zizi… euh, Bozizé, Djotodia, et même de la douce Samba-Panza. 
 
Dans cette jungle équatoriale, le Gabon semble faire figure d'exception  puisque tous les coups d'Etat –contre Léon Mba et récemment contre Ali Bongo ont échoué à porter leurs auteurs au pouvoir-, mais à la nuance ici que la succession dans cette République banania se fait de manière dynastique, et constitue donc à cet égard un coup d'Etat anti-républicain.
 
Sauf encore qu'ici, le président Bongo, malgré sa constitution physique robuste, n'a pas le cœur suffisamment gros pour assumer longtemps le coup d'Etat que les profiteurs du régime de son paternel lui ont fait faire après le grand saut effectué par son paternel en 2009. Moins de deux ans après qu'il a "hold-upé" électoralement le pouvoir à Jean Ping, le gros costaud est tombé malade pour dire qu'il n'en pouvait plus. Ses marionnettistes ont prétendu qu'il était seulement légèrement fatigué, et qu'il lui suffisait d'un peu de remontant pour qu'il se remette au travail. La caféine dopeuse n'a pas pris, et le costaud a préféré se faire trimbaler de l'Arabie de Mohamed Ben Salmane pour le Maroc de Mohamed 6, un Mohamed pouvant en cacher un autre. Même jusque là, ceux qui l'utilisent comme leur pantin ont tout fait pour le maintenir artificiellement au pouvoir : ont nommé un nouveau Premier ministre pour lui, un nouveau gouvernement pour lui, sont allés le pêcher de force dans un hôpital marocain pour venir lui faire subir le martyre  de présider officiellement une cérémonie de prestation de serment de [son] nouveau gouvernement. Dieu merci, Maman Madeleine était là, prenant les choses en mains,  au regard de la situation délicate du beau-fiston égaré dans la salle des cérémonies  comme un orphelin dans la jungle, cherchant du regard qui viendrait le délivrer des mains de ces gens qui veulent le tuer… à la tâche.
 
Puis vint la fin de la cérémonie.  Le fils de… maman Patience et de papa Omar ne fit ni un, ni deux, et remit les voiles pour des cieux plus cléments où on ne cherche pas à vous faire mourir en prétendant vous aimer. Où l'on ne vous obligera  pas à aller travailler alors que vous faites tout pour que l'on comprenne que vous ne pouvez pas.
 
Maman Patience Dabany avait chanté « On vous connait » ! Ali, en bon enfant réceptif aux conseils parentaux, les connait bien, ceux qui en veulent à sa vie.   
 
Quand il a entendu le Vice-président du Gabon, Pierre Claver Maganga Moussavou, déclarer le 9 décembre 2018, après lui avoir rendu visite à l'hôpital :  « Personne ne peut se réjouir de la mort ou de la maladie de quelqu'un d'autre, celui qui n'a jamais connu un AVC, qu'il prie Dieu pour qu'il n'en connaisse jamais (…). De toute façon, je ne le souhaite pas à qui que ce soit, pas même à mon pire ennemi »,  il a du se rire sous les draps, de ce propos -rebattu-  de simple convenance.  De la bonne blague frisant la figure de prétérition. On dit une chose pour laisser entendre son contraire. Qui se lamenterait sincèrement parce que son ennemi a été victime d'un AVC bien carabiné ? Qui ne le souhaiterait pas a fortiori à son pire ennemi ?
 
Ali l'a compris, avec ces dignitaires du pouvoir gabonais qui le supportaient du temps de son père plus qu'ils ne l'aimaient, et qui dès son arrivée au pouvoir où il a été propulsé par les réseaux  françafricains parce qu'ayant le profil du plus docile serviteur des intérêts (néo)coloniaux, ont fait fuiter dans la presse d'opposition ses origines "biafraises", il ne sera pas libre dans la vie s'il reste à Libreville. Pis, ses jours y seront comptés. De quoi prendre le Marrakech, que dis-je, le marathon.  Pour Rabat. Au Maroc, pays qui a des envies de faire partie intégrante de la Cedeao dont le Nigeria (son pays d'origine ?) est la locomotive.
 
Eh bien, si tout chemin mène à Rome, il y a tout aussi des chemins de traverse qui (ra)mènent au (pays natal) Nigeria. 
 
(Billet)      

: Afrique Monde