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L'abracadabrantesque réaction du ministre français Le Drian à la victoire de F. Tshisekedi.

2019-01-10 16:04:08 - Quelques heures après la proclamation de la victoire de Félix Tshisekedi qui consacre l'apothéose de la longue lutte pour le changement entamée depuis les années 1980 par le père défunt de la démocratie congolaise, Etienne Tshisekedi Wa Mulumba,  le chef de la diplomatie française,  Jean Yves Le Drian, a joint sa voix au concert des hululements de hiboux qui tentent depuis de ternir une un événement qui, pour ne pas être aussi éclatant que beaucoup le prédisaient, n'en est pas moins historique ! 

« Il semble que les résultats proclamés, Monsieur Tshisekedi déclaré vainqueur, ne soient pas conformes aux résultats qu'on a pu constater ici ou là », a affirmé sur la chaîne CNews, le ministre français des Affaires Etrangères français pour qui les résultats publiés par la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) proclamant Félix Tshisekedi vainqueur de la présidentielle ne sont pas conformes à la vérité des urnes.  
 
Feignant d'ignorer toutes les manipulations de ces derniers jours dans l'optique de pousser les Congolais à la révolte et en profiter pour annuler les résultats qui donnaient perdant le candidat du pouvoir Ramazani Shadary, le ministre français qui n'avance aucun argument pour soutenir ses dires, prend pour référence la déclaration du  le Secrétaire Général de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO), l'abbé Donatien Nshole, qui avait affirmé le 3 janvier « que les données à sa disposition issues des procès-verbaux des bureaux de vote consacre le choix d'un candidat comme président de la République. ».
 
Aussi, monsieur Le Drian affirme-t-il que « La CENCO a fait des vérifications et a annoncé des résultats qui étaient totalement différents » (de ceux proclamés jeudi par la CENI, ndlr).
 
Là où le ministre français pèche volontairement par excès de tartuferie, c'est qu'il ne dit pas le nom du vainqueur communiqué par la CENCO, alors qu'il a désormais le droit de le dire maintenant que les résultats sont proclamés, fussent-ils provisoirement. 
 
La réalité est pourtant que le nom de Martin Fayulu n'a filtré qu'après l'entretien du  président sortant Joseph Kabila et d'une délégation de la CENCO conduite par l'abbé Nshole. Au cours de cet entretien, les évêques congolais avaient remis au président le nom du candidat arrivé en tête du scrutin. C'est un proche de Joseph Kabila qui a d'ailleurs confié  au journal américain New-York Times que c'est Martin Fayulu qui était le candidat dont parlait la CENCO. Quel était le dessein de ce collaborateur indiscret du président sortant ? On ne peut le dire avec exactitude, mais il n'est pas exclu que pour le cas d'espèce, il se fût agi d'une tentative de manipulation visant à entrainer dans une confrontation physique dans  la rue, les partisans des deux principaux de l'opposition, étant entendu que jusque là les tendances crédibles qui étaient portées à la connaissance du public étaient ceux donnant Tshisekedi vainqueur, tandis que Fayulu faisait profil bas. Ce n'est pas une surprise si ce n'est qu'après la révélation du New-york Times que le candidat de la coalition Lamuka (entendez "Réveillez-vous") s'est réveillé pour reprendre du poil de la bête et commencer à tambouriner sur les médias et les réseaux sociaux au sujet de son éventuelle victoire, alors qu'il était intimement  convaincu que même avant la tenue du scrutin, cela était impossible. Impossible aussi bien au regard des sondages sérieux que du comportement  adopté  par certains militants des partis membres de sa coalition, qui avaient, pendant la campagne électorale,  annoncé qu'ils ralliaient la coalition CACH de Tshisekedi et Kamerhe. L'inverse n'a été observé nulle part.
 
N'empêche que malgré toutes ces données factuelles qui auraient dû pousser à plus de précaution de la part d'un ministre étranger, monsieur Le Drian, dans une de ces postures colonialistes comme les Français savent l'adopter quand ils veulent poster au pouvoir en Afrique un individu qui correspond au profil du pantin idéal pour préserver leurs intérêts, a choisi de déverser sa mauvaise foi dans le but de semer la zizanie là où les Congolais ont besoin de déclarations plus avisées. A cet effet, c'est tout sentencieux que et mal intentionné que le politique français conseille : « Je pense qu'il faut qu'on garde d'abord son calme, qu'on évite les résultats et qu'ensuite la clarté soit faite sur ces résultats ».
 
« Eviter les résultats » ? Mais quelle mesquinerie venant de cet impayable Le Drian qui, il y a quelques mois, au plus fort de la contestation des résultats de l'élection présidentielle dans un autre pays d'Afrique Centrale, le Cameroun dont le président, impopulaire, a la réputation de mettre la France en confiance, déclarait que la France prenait acte des résultats proclamant Paul Biya vainqueur : « Je constate qu'un président a été déclaré élu, Paul Biya. Il a été déclaré élu donc je le constate par les institutions républicaines camerounaises, je le constate », avait déclaré le chef de la diplomatie française dans une de ces tournures phrastiques alambiquées qui lui sont coutumières.
 
Ainsi est, et ainsi restera la France. Championne des tours de passe-passe à deux sous et des appréciations à deux vitesses des situations, la France peut débarquer furieusement en Côte d'Ivoire pour renverser un président proclamé élu par la Cour Constitutionnelle, et la minute d'après, prendre sournoisement acte de l'élection « par les institutions républicaines » d'un président au Cameroun alors que les urnes crient le contraire. Puis le jour d'après, demander aux citoyens d'un autre pays qui festoient pour leur libération du joug d'un tyran sanguinaire venu à résipiscence de "garder son calme" et "d'éviter les résultats".
Que c'est triste !
 
Ndam Njoya Nzoméné
 

: Afrique Monde