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Conférence de N'Djamena : La Cemac face à l'imminence de la dévaluation du CFA et aux mensonges de ses dictateurs

2018-10-26 19:11:59 - Les populations précarisées à l'extrême de la zone Cemac peuvent-elles se frotter les mains, parce qu'une fois de plus, la dévaluation de moitié du Franc Cfa tant redoutée n'a pas eu lieu ? A priori, on peut répondre par l'affirmative  si l'on s'en tient au communiqué portant « Résolutions de la Conférence des Chefs D'Etat de la Cemac tenue à N'djamena le 25 octobre 2018 », publié par les six plénipotentiaires du Cameroun, de Centrafrique, du Congo, du Gabon, de Guinée Equatoriale et du Tchad qui se sont réunis jeudi à N'Djamena.

Un communiqué dans lequel les signataires n'évoquent d'ailleurs aucunement la question qui préoccupait le plus les citoyens d'Afrique Centrale, à savoir celle de la dévaluation catastrophe qui plane sur leur  tête depuis que le FMI a obligé les gouvernements des six pays de la zone Cemac à rentrer dans un nouveau programme qui ressemble à quelques nuances près à l'amer Plan d'Ajustement Structurel (PAS)  qui fit tant de ravages sur les économies africaines entre la fin des années 1980 et  la fin des années 2010.
 
Reste qu'a posteriori, la non évocation de la dévaluation dans le communiqué, ou le fait que la dévaluation du franc Cfa ne soit pas survenue le 25 octobre,  ne signifient rien, si oui un sursis pour les pays concernés, dont les chefs ne se sont réunis que pour élaborer les stratégies de préparation psychologique des populations à cette mauvaise donne, en même temps qu'il s'agira de travailler à contrer les fuites des capitaux, la plupart des investisseurs étant tentés de transférer leurs fonds dans les pays occidentaux pour, à défaut d'en multiplier la valeur paritaire, la maintenir dans l'état où ils étaient avant la dévaluation.
 
C'était déjà le cas avant la dévaluation de 1994 quand les chefs d'Etats de la zone franc et leurs ministres de l'Economie et/ou des Finances juraient par tous les dieux qu'elle n'aurait pas lieu. Ce sera encore le cas dans les mois à venir, conformément à la feuille de route remise par la France et son bras armé, le FMI, aux chefs d'Etats de  la Cemac lors du sommet de décembre 2016 à Yaoundé, auquel s'étaient invités Christine Lagarde (Directeur général du FMI) et Michel Sapin, alors ministre français de l'Economie et des Finances. Les deux personnalités étaient arrivés à Yaoundé, porteuses d'un plan de dévaluation du franc CFA de la zone Cemac, après avoir rassuré les pays d'Afrique de l'Ouest (Côte d'Ivoire, Sénégal, Mali, Burkina Faso, Bénin, Togo, Niger et Guinée Bissau) ayant en usage cette monnaie coloniale nommée CFA, qu'ils n'avaient pas de raison de s'alarmer outre mesure, parce que leurs économies se portaient… moins mal et le CFA plutôt bien dans la zone monétaire UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).
 
Aux dictateurs sans consistance d'Afrique centrale (zone Cemac)  qui ne savent muscler leurs gueules et leurs bras que quand il faut réduire leurs populations respectives au silence, Madame Lagarde aurait été abondamment claire dans son propos rapporté par nos confrères de Jeune Afrique : « Vos réserves de change ne couvrent plus que deux mois d'importations, ce qui est incompatible avec une zone monétaire à taux de change fixe. Vos perspectives sont mauvaises, la zone Cemac se dirige vers une crise encore plus sérieuse, il faut songer à dévaluer. ». La réponse de ses interlocuteurs fut aussi perceptible que la réponse de la poule aux avances insistantes d'un coq teigneux et fougueux : l'applatissement complet devant la longiligne Christine. Qui finit cependant, grâce à l'intercession du magnanime Michel sapin, par leur accorder un petit sursis, compte tenu du désastre qu'une dévaluation aurait causé sur la stabilité des régimes partenaires de la France encette période de fêtes de fin d'année 2016.
 
Maintenant que le dernier chef d'Etat qui attendait une réélection a réussi à conserver de force le pouvoir au Cameroun lors d'un exercice qui relève plus de la reconduiction tacite que de l'élection présidentielle, et que la perspective des exercices similaires parait lointaine dans les autres pays de la Cemac, laissant suffisamment de marge de manœuvre à leurs roitelets de contenir la colère de leurs peuples par tous les moyens, il était temps que messieurs les présidents se retrouvent pour planifier l'exécution deleurs peuples.
 
C'est pourquoi dans le communiqué, on ne parle nulle part de la dévaluation, question d'endormir le monde. 
 
A contrario, le  président Deby du Tchad dont on a souvent salué les rodomontades sans effet sur l'abandon du franc Cfa, et qui en 2018 a poussé son homologue camerounais Paul Biya à opposer ne serait-ce que pour la forme une fin de non recevoir à la dévaluation immédiate du CFA, a apposé sa signature sans sourciller, à une résolution qui réaffirmant « l'urgence de mettre en œuvre toutes les mesures contenues dans les programmes économiques conclus avec le Fonds Monétaire International (FMI). Attitude identique et tout aussi questionnable de l' Equato-guinéen Teodoro Obiang Nguema Mbazogo, qui exigeait à la France l'état des avoirs du compte d'opération logée dans les caisses du trésor français depuis la création en 1947 de cette monnaie de singe aujourd'hui objet du gage des ressources naturelles des pays francophones auprès de l'union européenne, mais qui n'en a plus touché un seul mot, se  contentant juste de parapher le document sédatif qui endormira pour de bon les populations maudites de l'ex-Afrique équatoriale française.    
 
Elles peuvent se réjouir aujourd'hui, en croyant l'avoir échappé bel, mais quand elles se réveilleront, elles seront assises sur la chaise électrique de la dévaluation, la tête dans le casque, avec en face d'eux, leurs bourreaux de chefs d'Etats attendant le signal pour appuyer sur le bouton de l'enfoncement dans la misère la plus profonde.  Il eut pourtant été préférable que toutes les forces se joignent pour abandonner cette monnaie de sous-développement qui installe ses utilisateurs dans l'assistanat sans fin.
 
Ci-dessous, les Résolutions de la Conférence des Chefs D'Etat de la Cemac tenue à N'djamena le 25 octobre 2018

: Afrique Monde