Nombre total de visites : 3678124
Aujourd'hui : 230
En ligne actuellement : 1

Cameroun/présidentielle 2018 : ENEO,compagnie d'obscurité, met à nu l'incurie de la politique énergétique de Paul Biya

2018-09-29 22:57:53 - Au nombre des « Grandes Réalisations » annoncées lors de l'élection présidentielle de 2011 par le président sortant et candidat à sa succession, Paul Biya, figurait en bonne place celle des projets énergétiques. Pas grand monde n'y croyait un traitre mot, même si incapables d'imposer leur souveraineté aux prétendants à sa direction, et à cause d'une opposition dont les leaders égocentriques  préfèrent chacun être considérée comme le moindre des cancres plutôt  que d'être logé à l'enseigne des meilleurs, les Camerounais se résolurent en prenant sur eux, à  accepter comme cela leur avait été dicté –comme de coutume- la réélection d'un président qui tient difficilement ses engagements, non forcément par mauvaise foi, mais davantage en raison de l'absence presque totale d'un personnel politico-technico-administratif consciencieux, donc soucieux de l'impératif d'implémenter le programme politique  du président, au risque de le faire apparaitre la besace vide à l'heure du bilan.

Au Cameroun, même dans les grandes villes industrielles, il est plus courant de voir des enfants étudiant à la lumière de la bougie ou de la lampe à pétrole. C'est cela l'émergence!
 
Sept ans après 2011, les Camerounais, de nouveau invités au rendez-vous électoral  pour élire un chef sont appelés par le parti "majoritaire" et ses alliés du ventre à réélire un président qui leur a vendu du vent la fois précédente constatent qu'ils ont été floués sur toute la ligne, et plus particulièrement  dans le domaine de l'énergie électrique.
 
Toutes ces 7 dernières années, en effet, les Camerounais ont eu toutes les raisons de se plaindre des coupures quotidiennes d'électricité dans le pays dont les compagnies successives (AES-Sonel et sa remplaçante, ENEO), les gavent tous les jours, parfois au rythme de trois, voire dix délestages par jour. A se demander si les chantiers structurants à propos dont les bruits résonnent plus abondamment qu'à leur tour  quotidiennement sur les ondes des radios et les plateaux de télévision, ou meublent les colonnes des journaux acquis au régime en termes de construction de mini-barrage hydroélectrique par-ci , de méga-giga-téra barrage hydroélectrique par-là, sont destinés aux extraterrestres ou aux Camerounais, finalement réduits, sans lumière, au rang de terriens moyenâgeux.   
 
Ils avaient cependant espéré qu'à la faveur de la campagne électorale précédant l'élection présidentielle du 7 octobre, ENEO leur permettrait  de souffler un peu avec ses coupures quasi-horaires d'électricité, et  de jouir ainsi pleinement de l'énergie électrique, question de ne pas mettre en porte à faux avec l'électorat potentiel, le candidat président sortant dont toutes les administrations et services au Cameroun –privés inclus- sont des obligés.
 
Hélas, que non ! Pendant que les équipes de campagne électorale du président Biya s'égosillent dans tous les quatre points du pays au sujet de ses réalisations imaginaires dont l'approvisionnement en électricité n'est pas la moindre,   ENEO, très pressé d'en découdre avec le régime, prend son contrepied en augmentant  le rythme des délestages.
 
Exemples à foison
 
Dimanche, 23 septembre, la campagne électorale débutée la veille bat son plein. A Douala, capitale économique, des milliers de personnes reviennent ce soir-là  du meeting du candidat de l'opposition Cabral Libii, qui a mobilisé énormément du monde au lieu dit "Stade Cité-Cicam" dans le 5ème arrondissement. Les minces pistes que l'on appelle "routes"  au Cameroun fourmillent de milliers de personnes et de centaines de véhicules qui ont du mal à se frayer le plus petit passage, qui s'engueulent et se huent à tue-tête. Soudain, Tchak ! Une gigantesque coupure de lumière sur plusieurs kilomètres linéaires et à la ronde. Enervement, engueulades, heurts, bagarres  et quelques  accidents aux conséquences heureusement légères  vont devoir rythmer la circulation des milliers d'usagers de la route qui regagnent leurs domiciles après un meeting époustouflant et éreintant de Cabral Libii auquel ont assisté environ deux dizaines de milliers d'âmes. « C'est pour nous punir d'avoir participé massivement au meeting ? », s'interrogent des passants qui s'entendent répondre par une affirmative agrémentée de moult autres commentaires désobligeants qui mettent la société de fournitures d'électricité dans le même sac que le Rdpc, parti au pouvoir.  Mais à ce moment-là, nul n'imagine que le pire est à venir. Car si par la suite la lumière est  de temps à autre rétablie dans certains quartiers avant de repartir se balader pour une longue durée, dans l'ensemble, la coupure de dimanche soir durera jusqu'à mardi soir dans les 1er et 5ème arrondissements de l a ville, à la grande indifférence de ENEO  dont les services répondent invariablement au téléphone, : « Comment vous pouvez dire qu'il n'y a pas de lumière dans votre quartier quand nous disons qu'il y en a ? ». 
 
On pousse un ouf de soulagement cette nuit. Après tout, il y a des localités au Cameroun qui ont été privées d'électricité, deux semaines, un mois d'affilée, voire plus. Le lendemain, mercredi, ça recommence ! A peine sorti d'un blackout  total de 48 heures, l'arrondissement de Douala 1er qui abrite le siège même de ENEO va connaitre 8 (huit)  coupures d'électricité -que nous avons pris soin de compter-  ce mercredi. Idem le lendemain, jeudi. Vendredi, la situation s'aggrave : 20 minutes d'électricité, une heure entière de coupure, puis 10 minutes avec l'électricité et deux ou trois heures sans. Et ainsi de suite. Un cycle infernal, on vous dit, qui durera jusqu'à ce samedi à 9 heures.  L'auteur de ces lignes n'en revient d'ailleurs pas  d'avoir pu conserver sauf son ordinateur en marche à chaque fois que la lumière est allée faire un tour du côté du noir profond, alors que dans le proche voisinage, beaucoup se plaignent d'avoir perdu qui un réfrigérateur, qui un mixeur, qui d'autre un quelconque autre appareil électronique.
 
Et nul ne sait de quoi les prochaines heures seront faites. Car on dirait qu'à ENEO, on a placé par mégarde un bambin qui a séché sa maternelle et qui s'amuse à pianoter simultanément sur les boutons "éteins" et  "allume" du serveur central de la compagnie d'électricité. 
 
Et dire qu'ENEO ne s'y serait pas prise autrement  si elle avait l'intention de mettre à nu la mauvaise qualité du  travail "herculéen" que prétend abattre le président sortant en campagne "réélectorale", pour que les Camerounais soient pourvus en électricité éblouissante jusque dans leurs chaussettes.  Mais tant qu'à faire, autant le dire en de mots ayant le mérite d'être abondamment   clairs : «  Monsieur le président, tout ce que vos partisans et vous racontez sur votre politique énergétique, c'est du pipeau, ce sont des sornettes ! ». 
 
On serait fixé à moins, bien sûr, mais la vérité aurait le don de libérer pour de bon le fournisseur d'obscurité, ENEO, et de désespérer définitivement les Camerounais assoiffés de lumière.   Ce serait déjà ça de… perdu !   
 
Ndam Njoya Nzoméné

: Afrique Monde