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Côte d'Ivoire : Tacle régulier- Dramane Ouattara mis sur la sellette par l'UE pour dérive autoritaire, corruption, inégalités sociales... en Côte d'Ivoire

2018-08-05 14:28:00 - Alors que le pays s'achemine inexorablement vers l'élection présidentielle de 2020 qui pourra déboucher sur  une passation pacifique du pouvoir à la tête de l'Etat à une autre figure politique –fut-elle issue de la coalition hétéroclite actuellement en exercice-, du moins si l'on en croit les dernières déclarations du président Ouattara sur la question, l'Union Européenne vient de faire part de sa vive préoccupation sur la manière cavalière dont le pays est dirigé, et les populations menées en bateau par le locataire depuis avril 2011 du palais du Plateau.

La corruption sur fond d'enrichissement vertigineux et difficilement justifiable de la nomenkatura agglutinée autour de Alassane Ouattara , des inégalités sociales  qui crèvent les yeux, une dérive autoritaire du pouvoir de plus en plus flagrante –et l'on en passe- sont, entre autres les péchés mignons que le rapport commun des ambassadeurs de l'Union Européenne met au passif  du successeur de Laurent Gbagbo.
 
En effet, si les diplomates européens relèvent que « La Côte d'Ivoire affiche l'image rassurante d'une stabilité retrouvée, portée par des taux de croissance élevés » (d'aucuns évoquent une moyenne de 8% par an depuis 2011, ndlr), ils n'en notent pas moins des" indicateurs sociaux" qui  « stagnent », avec un taux de pauvreté estimé à 46% depuis 2015. Selon eux, et « la population s'interroge de plus en plus ouvertement sur cette croissance qui ne lui semble pas ou peu bénéfique ». Une situation d'autant plus inacceptable au regard des « largesses financières dont bénéficient les cercles du pouvoir… dont l'enrichissement ces dernières années est parfois spectaculaire », et qui aurait pour corollaire l'échec du processus de reconstruction du pays dont les diplomates européens relèvent "les failles politiques importantes", et concluent aux "fragilités non résorbées d'un pays peut-être moins solide et démocratique que sa bonne image pourrait le laisser penser".
 
Ils enfoncent  le clou avec une plus grande inquiétude sur la situation politique dans des termes peu glorieux pour la clique au pouvoir à Abidjan. Et à raison d'ailleurs quand on sait que la gestion politique draine et oriente la situation socio-économique et culturelle d'un pays : "Face à ces difficultés, les autorités se montrent hermétiques aux critiques internes et externes, et semblent désireuses de ne laisser aucun lieu de pouvoir leur échapper".
 
Gare à « l'ingérence étrangère dans les affaires d'un pays souverain » !!!
Toujours à les en croire, on assiste en Côte d'Ivoire à "La confrontation entre un pouvoir qui restreint progressivement les espaces d'expression, et une contestation sociale grandissante, n'augurerait rien de bon pour l'échéance de 2020".
 
A titre d'illustration de leur perception de la situation délétère  en RCI, les ambassadeurs de l'UE qui vont immanquablement de se ramasser une volée de bois vert de la part du pouvoir ivoirien, qui ne manquera pas de les accuser de s'ingérer dans ses affaires intérieures, relèvent que la création à l'initiative du président Alassane Ouattara d'un "parti unifié" interprété depuis le début « comme une manière pour la coalition au pouvoir de s'assurer une réélection systématique, en reléguant les éventuels mouvements d'opposition à la périphérie du jeu politique ». Ce qui induit donc le peu de disposition du régime à un véritable dialogue, tant avec les autres forces politiques du pays qu'avec les partenaires européens de la Côte d'Ivoire qui ont toujours entretenu avec le pays une relation forte matérialisée par des appuis  politiques et financiers de l'Union européenne qualifié de soutien de soutien de "haut niveau". Officiellement on situe 273 millions d'euros (hormis les aides bilatérales apportés individuellement par la France et la République Fédérale d'Allemagne) l'aide apportée à la Côte d'Ivoire par l'UE en tant qu'organisation, pour la période allant de 2014  à 2020. 
 

Conscient donc de ce que leurs pays respectifs leur organisation communautaire seraient en train d'investir en pure perte, le pays de Ouattara étant devenu le mythique tonneau des Danaïdes, un gouffre sans fond, les ambassadeurs invitent à une reconsidération de la coopération européenne avec la Côte d'Ivoire : « Au vu de ce constat, les Chefs de Mission de l'UE incitent (...) à une réflexion sur le soutien de l'UE à la Côte d'Ivoire », concluent-ils, visiblement déçus d'avoir jusqu'ici ménagé injustement la "Ouattarie" rampante. 

A l'appui de ce rapport commun rédigé début juillet  par les chefs de missions diplomatiques des pays de l'UE en RCI, un autre rapport rédigé, un autre rapport sur la situation des prisonniers politiques a été publié le 26 juillet dernier par le Secrétariat National à l'Administration Pénitentiaire chargé des Prisonniers politiques du principal parti de l'opposition ivoirien, le Front Populaire Ivoirien (FPI), qui met en exergue l'augmentation du nombre de personnes détenues dans le pays pour leurs divergences politiques avec le régime en place. On est ainsi passé de 197 prisonniers politiques en fin 2017 à 228 au premier semestre 2018.
 
Chaud devant !  
 
Ndam Njoya Nzoméné

: Afrique Monde